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Karam Saïd : Le rapprochement égypto-turc est prometteur sur les plans politique et économique

Chaïmaa Abdel-Hamid, Dimanche, 16 juillet 2023

3 questions à Karam Saïd, spécialiste de la Turquie au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, sur la reprise des relations diplomatiques entre Le Caire et Ankara.

Karam Saïd

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous la reprise des relations diplomatiques entre l’Egypte et la Turquie ?

Karam Saïd : La Turquie et l’Egypte ont annoncé la reprise de leurs relations diplomatiques et ont nommé leurs ambassadeurs respectifs. C’est une décision très importante. La Turquie a annoncé avoir lancé une campagne à grande échelle contre les membres des Frères musulmans résidant dans le pays. Les autorités turques ont annoncé que toute personne ne possédant pas de papiers d’identité, de résidence, ou n’ayant pas la nationalité turque sera arrêtée et extradée. Cela a été le cas pour les deux membres de la confrérie, Musab Al-Samaliji et Islam Ashraf.

— Pensez-vous que ce rapprochement politique puisse améliorer la donne économique dans les deux pays ?

— Malgré le désaccord politique persistant depuis 2013, les relations économiques et commerciales bilatérales n’ont jamais été interrompues. Aujourd’hui, ce rapprochement est prometteur. On prévoit une augmentation importante dans le volume des échanges commerciaux entre les deux pays, puisque l’un de leurs principaux objectifs est de coopérer pour affronter les mauvaises conditions économiques mondiales. La Turquie peut également jouer un rôle important pour la transmission du gaz naturel de l’Egypte vers l’Europe.

— Comment le rétablissement des relations entre l’Egypte et la Turquie peutil se répercuter sur la région ?

— L’Egypte a de bonnes relations avec la Grèce et Chypre. Les trois pays ont réussi en 2021 à signer un accord de transfert d’énergie électrique dans le cadre d’un renforcement de la coopération énergétique entre les pays de la Méditerranée orientale. D’autre part, les trois pays participent aussi au Forum du gaz de la Méditerranée orientale avec six autres pays du pourtour méditerranéen, dont la France, l’Italie, Israël et la Jordanie, pour renforcer leur coopération en matière d’exploration et de transfert du gaz naturel. Cependant, les relations entre la Grèce et la Turquie sont traditionnellement difficiles. Les relations entre Chypre et Ankara sont également tendues, surtout que la Turquie occupe une partie du nord de l’île depuis 1983. L’Egypte peut jouer un rôle de médiateur entre les différentes parties et rapprocher les points de vue. La Turquie est aujourd’hui consciente de l’importance de renforcer ses liens diplomatiques avec les pays de la région. Le Caire et Ankara peuvent jouer un rôle important dans les crises libyenne et syrienne, surtout qu’ils ont une position identique vis-à-vis des deux crises. Tous les deux sont favorables à l’arrêt du conflit en Libye et à la tenue des élections législatives et présidentielle. Ils peuvent travailler ensemble pour résoudre le problème des réfugiés syriens dont le nombre atteint 3,5 millions. Bref, malgré les différends politiques qui ont duré de longues années, les deux pays se rejoignent sur une vision et des intérêts mutuels.

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