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Développement du Sinaï : L’autre victoire

Racha Darwich , Nada Al-Hagrassy , Jeudi, 27 avril 2023

L’Egypte a célébré le 25 avril la Fête de libération du Sinaï. L’occasion de revenir sur les plus grands projets menés dans la péninsule

Expansion des zones industrielles

Expansion des zones industrielles

 Le développement industriel représente l’un des principaux piliers du développement du Sinaï, raison pour laquelle l’Etat égyptien a installé de nombreuses zones industrielles et présenté une panoplie de facilités aux investisseurs. Développer le Sinaï via l’industrie se présente comme une nécessité depuis 2014 après de longues années de négligence de la péninsule. Pour encourager l’investissement sur ces terres, l’Etat a créé 3 centres d’un coût de 215,5 millions de livres pour servir les investisseurs. Ces centres présentent leurs services à plus de 8 800 entreprises, vu que le Sinaï bénéficie de 143 opportunités d’investissement industriel parmi 482 opportunités sur la carte d’investissement de la péninsule.

Dans ce contexte, 5 zones industrielles ont été créées dans le Sinaï. Elles s’étendent sur une superficie de 83 000 feddans dont celle de Bir Al-Abd dans le nord du Sinaï. La zone est divisée en 96 parcelles de terre munies de toutes les infrastructures et tous les services. Conformément à la décision du président de la République, ces parcelles sont accordées gratuitement aux industriels afin d’encourager les investissements dans cette région, de créer des emplois et de réduire le chômage parmi les habitants de la péninsule. Située à 3,5 km à l’est de la ville de Bir Al-Abd, au sud de la route internationale Qantara Charq- Al-Arich et à 85 km du Canal de Suez sur une superficie de 1 km2, la zone doit abriter différentes industries (chimie, métallurgie, filature, tissage, bois, nourriture, cuir, outils électriques). Au Nord-Sinaï, plus précisément dans le quartier d’Al-Massaïd de la ville d’Al-Arich, se trouve aussi un complexe industriel et artisanal. D’un coût de 50 millions de L.E., il comprend 48 ateliers équipés de divers outils et équipements pour travailler dans diverses activités artisanales comme la menuiserie, l’aluminium, le fer forgé, ainsi que l’emballage alimentaire, les industries plastiques, les presses à tuyaux et autres.

D’autre part, d’un coût de 4 milliards de L.E., la zone industrielle d’Abou-Zneima, située à 10 km de la ville, s’inscrit dans le cadre du plan de développement et de reconstruction du Sinaï et représente un grand espoir pour les habitants de la ville pour réduire le chômage. En effet, elle devrait attirer des investissements de plus de 5 milliards de L.E. et fournir 7 835 emplois directs et 23 000 emplois indirects vu sa proximité avec les carrières minières.

Une autre zone industrielle a été créée dans le centre du Sinaï pour les industries moyennes, moyennes supérieures et complémentaires aux industries lourdes, comme les briques de sable et de chaux, les usines de tuyaux hydrauliques, les tours de réparation d’équipements, ainsi que la production du carbonate de soude, du sable de verre, du broyage, le remplissage de la chaux et du gypse et les industries d’engrais. Elle comprend aussi des usines de marbre et de granite à travers 76 carrières et 2 usines de ciment, vu que le Nord- Sinaï possède 82 minéraux et 50 % des matériaux de carrières au niveau du pays.

La zone industrielle de Qantara Charq a été construite sur une superficie de 15 feddans au profit du Programme national de développement industriel pour les petites entreprises du ministère de l’Industrie. 10 feddans jouissent d’infrastructures et sont divisés en 69 parcelles de 400 m2. 51 investisseurs ont obtenu des parcelles en contrepartie de 2,5 livres/m2 par an pendant 25 ans, alors que les 17 autres seront distribuées aux jeunes d’Ismaïliya. En effet, les moyennes, petites et micro-entreprises avaient une part importante dans le cadre des plans de développement industriel du Sinaï. C’est ainsi que 47 000 projets ont été financés par l’Autorité de développement des entreprises avec des prêts de 2 milliards de L.E. qui ont fourni 84 600 emplois, et 5 614 projets ont été financés par le projet national de développement « Mashrouak » avec des prêts de 804,4 millions de L.E. et ont fourni 56 900 opportunités d’emploi jusqu’en août 2022.

Sécurité alimentaire : Bonification des terres et piscicultures

 Afin d’assurer la sécurité alimentaire, le gouvernement égyptien se tourne vers la bonification des terres en Sinaï, ainsi que la création de piscicultures pour satisfaire les besoins de la consommation locale. L’Egypte a ainsi lancé un ambitieux projet de bonification des terres dans le nord et le centre du Sinaï sur une superficie de 456 000 feddans. Parmi ces projets on peut citer la bonification de 100 000 feddans à Tor Sinaï et la mise en oeuvre de 24 rassemblements productifs et agricoles aux centres d’Al- Hassana, de Nakhl et de Bir Al- Abd. Chaque rassemblement renferme des maisons, des écoles, des unités de santé, des bureaux, des mosquées, des magasins, des routes pavées, des serres et des ruches pour la production de miel.

D’ailleurs, pour résoudre le défi de l’eau qui est l’un des défis les plus importants auxquels est confronté le secteur agricole, l’Etat a mis en place deux gigantesques projets de fourniture d’eau dans le Sinaï.

 Il s’agit de l’installation de la station d’épuration de Bahr Al-Baqar, qui pompe environ 6 millions de m3 d’eau vers le Sinaï pour fournir l’eau d’irrigation. Autre projet : l’installation de la station de recyclage d’eau de drainage d’Al-Mahsama, d’une capacité d’un million de m3, qui a été mise en oeuvre pour cultiver une superficie de 50 000 feddans. Outre l’installation de ce type de station, le gouvernement égyptien a creusé le canal Al-Salam qui contribue à la bonification de 620 000 feddans de la superficie agricole. Les affluents de ce canal s’étendent sur une longueur de 262 km2, dont le plus important est l’embranchement de Cheikh Jaber Al Sabah qui s’étend jusqu’à la région de Wadi Al-Arich. Les autorités creusent également des groupes de canaux secondaires et de distribution qui partent du canal pour irriguer les terres aux alentours. Ces canaux sont bordés de stations de relevage pour remonter un mélange d’eau douce du Nil avec l’eau de drainage agricole nécessaire à l’irrigation. L’achèvement de cet embranchement entraînera la culture de 135 000 acres de terres.

Autre volet : la pisciculture. Réaliser une autosuffisance dans le domaine de la pisciculture figure sur la liste des projets de développement réalisés dans le Sinaï. A la tête de ces fermes piscicoles figurent celles d’Al-Fayrouz pour satisfaire une grande partie de la consommation locale. Dans le cadre de ce projet 5 907 bassins de pisciculture ont été créés. D’autres piscicultures ont été réalisées dans la zone des bassins à l’est du canal avec un coût de 650 millions de L.E. A ceux-ci s’ajoute l’installation des brise-lames dans les piscicultures de l’Est de Port-Saïd. Par ailleurs, l’Université d’Al-Arich a lancé un autre projet qui vise à mettre en place un grand centre de pisciculture basé en grande partie sur l’eau des puits. Ce centre, qui crée de l’emploi aux jeunes diplômés, permet la réalisation d’éclosion et de production de poissons d’eau douce et salée.

Développer les infrastructures touristiques

Dans le cadre de la stratégie de développement du Sinaï lancée en 2014, d’énormes investissements ont été injectés pour exécuter de grands projets touristiques qui profitent à l’économie égyptienne. Dans ce contexte, l’Etat a lancé le Grand Projet de la Transfiguration. Ce mégaprojet vise à développer la région du monastère de Sainte-Catherine, le plus ancien couvent chrétien au monde, et le Mont de Moïse via 14 projets d’un coût total de 4 milliards de L.E. Il s’agit de développer le monastère, de restaurer ses églises secondaires comme celles de Stéphane et de Jean, ainsi que sa bibliothèque et ses manuscrits et de réaménager son jardin historique. Sans oublier l’élargissement et le développement de l’aéroport de la ville pour faciliter la visite de ce site pittoresque.

De larges projets de développement sont également exécutés dans la ville de Tor Sinaï, capitale du gouvernorat de la mer Rouge, afin de la placer sur la carte mondiale du tourisme et la transformer en une destination touristique de renom. D’une valeur de 68 millions de L.E., ces projets ont été divisés en deux étapes, dont la première s’est achevée en octobre 2021. C’est ainsi qu’a été créé Mamsha Ahl Misr (la promenade du peuple d’Egypte) similaire à celui du Caire sur les rives du Nil. D’un coût de 25 millions de L.E., la promenade s’étend sur une longueur de 3 km à partir du port de pêche maritime jusqu’à l’hôtel Magdalena. Munie de bancs en marbre incrusté de pierres, la promenade comprend également 10 chalets pour servir les visiteurs qui veulent y passer la journée, ainsi que des kiosques qui présentent des boissons et des repas, une immense pergola et des terrains de football et de volley-ball de plage, en plus de vastes espaces verts. D’autre part, la promenade donne sur une vaste plage où les visiteurs peuvent se baigner ou faire de la planche à voile. La première phase a aussi englobé la construction de la plus grande mosquée de la ville sur une superficie de 5 000 m2, alors que les travaux de développement de la corniche continuent. Un centre commercial, un parc pour les enfants, un espace pour les barbecues et un restaurant pour les poissons sont également installés.

Quant à la ville de Charm Al-Cheikh, avant qu’elle n’accueille en novembre dernier la conférence de la COP27, de nombreux projets ont été lancés pour en faire la première ville touristique verte en Egypte « Green Sharm ». L’aéroport de la ville a aussi subi de larges rénovations pour assimiler les milliers de visiteurs de la conférence. Quant au musée de Charm Al-Cheikh, il a été inauguré en 2020. Construit sur une superficie de 200 000 m2, avec un coût de 812 millions de L.E., le musée comprend 3 grandes salles d’exposition qui regroupent près de 5 200 artefacts soigneusement sélectionnés pour représenter les différentes phases de la civilisation égyptienne depuis l’ère pré-dynastique jusqu’à l’ère contemporaine, en plus du patrimoine culturel des habitants du Sinaï et de ses tribus. Le musée accueille également 10 pièces des trésors de Toutankhamon avant qu’ils ne soient exposés au Grand Musée égyptien.

Par ailleurs, le ministère du Tourisme et des Antiquités tient régulièrement des réunions de coordination avec les investisseurs touristiques pour déterminer les taux d’achèvement des projets touristiques, ainsi que les moyens de faciliter ces projets et de fournir l’assistance nécessaire pour les inaugurer dès que possible. En plus, le ministère a tenu à réévaluer les établissements hôteliers du Nord et du Sud-Sinaï qui ont obtenu un certificat de sécurité sanitaire conformément aux normes de classification HC (critères d’hospitalité), qui ont été élaborées conjointement avec l’Organisation mondiale du tourisme afin que les hôtels égyptiens atteignent la même classification que les hôtels de par le monde.

 Développement des champs gaziers

 18 milliards de L.E. ont été investis par l’Egypte pour développer sa capacité de production en gaz naturel et découvrir de nouveaux champs gaziers. Les fruits de ces investissements n’ont pas tardé à se montrer. La Société égyptienne de gaz naturel (EGAS) a réalisé une nouvelle découverte en janvier 2023 au large de la Méditerranée en collaboration avec la société Chevron dans la zone de concession offshore de Nargues 1. Ce champ a été foré par la plateforme de forage Stena Forth à une profondeur de 309 mètres sous la surface de l’eau. Ses réserves sont estimées à 3,5 milliards de pieds cubes. D’après EGAS, « la part de l’américain Chevron (en charge des opérations) s’élève à 45 %, la société italienne Eni à 45 %, tandis que la société égyptienne Tharwa Petroleum Company, affiliée au gouvernement égyptien, détient une part de 10 % ». D’ailleurs, la société américaine Chevron, co-auteure de la découverte, a déclaré que celle-ci occupe la deuxième place en termes d’importance après le champ Zohr. Sa production représente une augmentation significative de la production de gaz naturel en Egypte et contribue à ce que le pays atteigne son objectif de devenir un centre énergétique régional. En effet, cette découverte constitue une étape importante qui attirera davantage d’investissements dans le secteur, augmentera la production de gaz naturel à des niveaux sans précédent et contribuera à atteindre les objectifs de l’Etat qui prévoit d’augmenter la valeur des exportations de gaz naturel à 12 milliards de dollars d’ici un an. Par ailleurs, outre les nouvelles découvertes, l’Egypte entame un ambitieux projet qui vise à exploiter ses anciens champs. Il s’agit notamment du développement du champ Bachrouch et celui de Nour au nord du Sinaï.

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