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Abbas Sharaky : Nous avons affaire à l’une des phases les plus sérieuses du remplissage

Chaïmaa Abdel-Hamid, Dimanche, 09 avril 2023

Abbas Sharaky, chef du département des ressources hydriques au Centre des recherches et des études africaines de l’Université du Caire, revient sur la quatrième phase de remplissage du barrage de la Renaissance.

Abbas Sharaky

Al-Ahram Hebdo : L’Ethiopie a annoncé avoir achevé 90 % de la construction du barrage de la Renaissance. Quelle est la portée de cette annonce ?

Abbas Sharaky : L’Ethiopie se prépare au 4e remplissage. Les récentes images satellites ont révélé que l’Ethiopie se prépare pour le 4e remplissage du barrage de la Renaissance, en ouvrant la vanne ouest du barrage, afin de drainer environ 50 millions de m3 d’eau. L’Ethiopie se prépare donc à vider son réservoir pour accueillir la nouvelle saison des pluies qui commence en juillet, pour stocker les 17 milliards de m3 d’eau. Ce remplissage, qui se fera comme les précédents, sans concertation avec les pays en aval, relance à nouveau les craintes de l’Egypte et du Soudan qui sont exposés à un énorme impact négatif en raison des agissements unilatéraux auxquels l’Ethiopie ne veut pas renoncer.

— Quel impact ce remplissage aura-t-il sur les pays en aval ?

— Les dommages du 4e remplissage sont innombrables, surtout qu’il s’agit du plus grand remplissage depuis le début du stockage de l’eau. Le premier impact est hydrique. Nous parlons de 17 milliards de m3 d’eau, soit une quantité égale à celle des trois précédents remplissages réunis et qui équivaut à la moitié de la quantité totale d’eau provenant du Nil bleu et allant en direction de l’Egypte. Par conséquent, l’Egypte se trouvera obligée de compenser ces pertes à partir du réservoir du Haut-Barrage, ce qui entraînera une diminution de la production d’électricité du Haut-Barrage en raison de la baisse du niveau du lac Nasser. Sur le plan politique, les agissements unilatéraux de l’Ethiopie encourageront d’autres pays en amont à faire la même chose et à adopter la politique du fait accompli sans prendre en considération les intérêts des pays en aval. Ce qui peut alimenter les troubles et les conflits dans la région.

— Comment le secteur agricole en Egypte sera-t-il influencé ?

— En effet, l’impact le plus flagrant concerne les terrains agricoles. Le stockage sans accord va perturber la politique agricole égyptienne, car l’Egypte ne connaît pas la quantité d’eau stockée dans le barrage. Un fait qui obligera l’Egypte à réduire notamment la culture du riz, des cannes à sucre et des bananes. Résultat : un déséquilibre sur le marché de la consommation, qui peut difficilement être compensé par l’importation, surtout en pleine crise économique mondiale. Aussi, la retenue de grandes quantités d’eau par l’Ethiopie causera, avec le temps, un rétrécissement des terres agricoles sur les deux rives du Nil bleu.

— Quelle importance aurait la reprise des négociations sur le barrage si sa construction était quasi achevée ?

— La reprise des négociations est d’une grande importance. Raison pour laquelle l’Egypte y tient et poursuit ses efforts pour internationaliser l’affaire. Il n’est jamais trop tard puisqu’il reste encore deux mois avant le prochain remplissage, et un an avant le remplissage suivant. Les trois pays peuvent, via les négociations, parvenir à un consensus, notamment sur les quantités d’eau stockées sans nuire ni aux intérêts éthiopiens, ni à ceux des pays en aval. Par exemple, l’Ethiopie peut stocker lors de chacun des prochains remplissages 10 milliards au lieu des 17 milliards de m3 prévus, ce qui réalisera les objectifs de l’Ethiopie et réduira les dommages pour les pays en aval. L’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan doivent parvenir conjointement à un accord sur le fonctionnement du barrage qui détermine également les quantités d’eau. Plus important encore, il faut parvenir à un accord qui permet le respect des conventions et des normes internationales liées au partage des eaux des fleuves. Mais pour parvenir à cette formule d’entente, il faut que toutes les parties aient la volonté de résoudre les différends, ce qui ne semble pas être le cas de l’Ethiopie.

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