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Egypte-Golfe  : Partenariat stratégique

Mohamed Ezz Al Arab*, Samedi, 25 février 2023

L’Egypte et les pays du Golfe sont liés par des relations stratégiques fondées sur des intérêts communs. Si des différends sont inévitables, ils sont loin de dérégler leur partenariat.

Egypte-Golfe  : Partenariat stratégique

Ces dernières semaines, des voix se sont élevées dans des articles de presse, à travers des tweets, des médias sociaux ou encore dans des interventions sur des chaînes satellites pour faire part de l’existence de tensions latentes dans les relations entre l’Egypte et les pays du Golfe. Des tensions qui ont pris de l’ampleur à cause des médias qui les a mises en évidence. L’Etat ne soutient cependant pas cette manière de penser, d’autant plus que l’espace d’entente avec les pays du Golfe est bien plus grand que les différends qui peuvent exister. Dans ce contexte, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a tenu à souligner, lors de sa participation au Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, aux Emirats arabes unis, le 13 février, que sans les efforts de nos frères en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Koweït, l’Egypte n’aurait jamais pu surmonter les défis qu’elle rencontre depuis 2011. Cela dit, il faut prendre en considération que les moments de dangers exigent que les partenaires soient prêts à fournir une aide immédiate, comme l’Egypte l’a fait lors de l’invasion iraqienne du Koweït, le 2 août 1990, et comme l’ont fait les pays du Golfe avec l’Egypte au lendemain de la Révolution du 30 Juin 2013.

Ainsi, les relations avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) constituent une priorité pour les décideurs égyptiens, en raison de la vision commune existant avec un nombre d’entre eux sur les questions politiques et stratégiques régionales. Les deux parties, Egypte-Golfe, s’attachent primordialement à la stabilité politique et sécuritaire face aux menaces auxquelles elles sont exposées, que ce soit des forces non arabes, comme la Turquie et l’Iran, ou d’autres acteurs non étatiques comme les milices armées à l’intérieur des Etats, les organisations terroristes, ou encore les courants politiques organisés tels que les Frères musulmans qui se sont infiltrés dans les structures étatiques et sociétales dans certains Etats du Golfe.

Sur le volet économique, l’Egypte a également un intérêt vital dans la région du Golfe. Cette coopération concerne notamment le flux d’investissements du Golfe en Egypte et la présence d’une importante main-d’oeuvre égyptienne dans cette région qui envoie des fonds considérables dans son pays. Le célèbre géographe égyptien Gamal Hamdane considérait ces relations comme « une transfusion sanguine vers les artères de l’économie égyptienne dans les années 1970 et 80 du siècle dernier ». Dans ce contexte, on ne peut pas dire qu’il existe une seule voie régissant les relations entre l’Egypte et le Golfe. A l’heure où l’Egypte détient un point de vue précis et adopte une politique claire, les Etats du Golfe, qui sont au nombre de six, sont disparates en ce qui concerne leurs positions et leurs visions. Il est donc normal de temps à autre que des divergences émergent entre l’Egypte et les pays du CCG, que ce soit au niveau des dossiers bilatéraux ou au niveau des crises régionales. Cela reflète les défis existants et potentiels dans les relations entre Le Caire et le Golfe, les effets qui en découlent et les moyens d’y faire face.

Ces divergences sont normales entre Etats, même alliés. Elles sont, pour ainsi dire, des passages obligés vers une voie sûre qui protège ces relations aux dimensions stratégiques, de façon à nourrir les intérêts mutuels, d’une part, et à établir la coexistence entre intérêts différents, d’autre part. Ceci est d’autant plus vrai qu’il est impossible de parvenir à une harmonie totale entre les positions de puissances régionales telles que l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes, comme dans toute relation bilatérale dans le monde.

La stabilité régionale: Un objectif commun

Les relations Egypte-Golfe s’inscrivent dans des contextes régional et international extrêmement complexes en raison de leur enchevêtrement et leur évolution rapide. Les développements au Moyen-Orient à la suite de la guerre russo-ukrainienne, ainsi que la pandémie du Covid-19 et les révolutions du « Printemps arabe » ont créé des situations dangereuses qui menacent la paix mondiale, ainsi que les relations entre les superpuissances. A cette configuration s’ajoutent les crises politiques et économiques qui ont frappé fort les peuples de la région. En plus de la présence de groupes radicaux islamistes à l’exemple de Daech et d’Al-Qaëda.

Les relations égypto-saoudiennes en particulier sont une pierre angulaire dans le rétablissement de la stabilité régionale. Elles sont basées sur une longue histoire qui remonte à la période post-Seconde Guerre mondiale. Les relations entre Le Caire et Riyad sont devenues le pilier de la stabilité dans la région, que ce soit contre l’expansion israélienne, les ambitions de Saddam Hussein en Iraq, de Hafez Al-Assad en Syrie, ou encore la Révolution iranienne et l’expansion de ses agents dans les conflits armés arabes.

A l’exception de quelques périodes où Le Caire avait signé l’accord de paix avec Israël et où les Frères musulmans avaient pris le pouvoir en Egypte, les relations entre les deux pays se sont renforcées en matière de coopération stratégique, économique et même démographique, qui se manifeste par l’existence de plus de 2 millions d’Egyptiens en Arabie saoudite, et de 600000 Saoudiens résidant en Egypte, pour des fins d’études ou de tourisme. Le contexte régional exige également de renforcer le partenariat stratégique à la lumière de la menace persistante des Houthis au Yémen, de l’expansion de Téhéran et des milices armées dans la région, ainsi que des dangers du terrorisme.

En résumé, il est nécessaire d’établir un partenariat stratégique permanent entre Le Caire et les Etats du Golfe, en particulier avec Riyad, pour pouvoir affronter des défis régionaux et des situations internationales changeantes. Cette complémentarité ne signifie pas nécessairement une harmonisation complète au niveau des intérêts, des objectifs et des rôles, mais elle est bien suffisante pour garantir la solidité des partenariats entre les deux parties.

*Chef de l’unité des études arabes et régionales au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram

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