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Le Caire-Doha : Le temps est à la coopération

May Al-Maghrabi , Mercredi, 21 septembre 2022

Dans une première visite depuis 2014, le président Abdel-Fattah Al-Sissi s’est rendu les 13 et 14 septembre au Qatar, pour un sommet avec l’émir Tamim qui scelle la réconciliation entre les deux pays.

Le Caire-Doha : Le temps est à la coopération
Dans sa première visite à Doha, le président Sissi a été chaleureusement accueilli par le prince Tamim.

C’est la première fois que le président Abdel-Fattah Al-Sissi se rende au Qatar depuis son investiture en 2014. Cette visite fait suite à une série de mesures réciproques, dans le but de renforcer la coopération bilatérale à tous les niveaux. L’émir du Qatar, Tamim bin Hamad, s’est rendu en Egypte fin juin pour la première fois depuis la réconciliation annoncée, en janvier 2021, entre Doha et quatre pays arabes, l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn. Ces derniers reprochaient à l’émirat de soutenir les Frères musulmans et de s’être rapproché de l’Iran. Des accusations toujours démenties par le Qatar.

La visite du président Sissi à Doha instaure une « nouvelle ère des relations » bilatérales, a affirmé le prince qatari, alors que le président Sissi a souligné qu’elle « incarne l’évolution des relations entre les deux pays et le désir sincère d’approfondir la coopération bilatérale ». Une séance de négociations à huis clos a été tenue entre les deux dirigeants, suivie d’une autre élargie en présence des délégations des deux pays. Lors de la rencontre, le prince Tamim a exprimé la volonté de son pays de renforcer la coopération bilatérale dans divers domaines en augmentant les investissements qataris en Egypte. De son côté, le président Sissi a souligné l’ouverture de l’Egypte à l’approfondissement des relations bilatérales à tous les niveaux dans divers domaines politiques, sécuritaires, économiques et commerciaux. Les deux dirigeants ont également échangé leurs points de vue sur l’évolution des questions arabes, régionales et internationales d’intérêt mutuel, où ils sont convenus de l’importance de dépasser leurs différends et développer les horizons de coopération entre leurs pays de façon à promouvoir une action arabe commune en ce moment de crises régionales et internationales pesantes, comme a affirmé le président Sissi dans des déclarations à l’agence de presse qatarie.

Augmenter les investissements qataris

C’est dans ce contexte positif que le président Sissi et le prince Tamim ont assisté mercredi à la signature d’un protocole d’accord entre l’Autorité d’investissement du Qatar et le Fonds souverain égyptien pour l’investissement et le développement, d’un protocole d’accord sur la coopération dans le domaine des ports et d’un autre protocole d’accord sur la coopération dans les domaines des affaires sociales. Le président Sissi a de même rencontré des représentants de la Chambre de commerce, ainsi que de l’Association des hommes d’affaires du Qatar pour étudier le développement des relations économiques entre les deux pays. Les hommes d’affaires qataris ont souligné leur aspiration à maximiser la coopération avec l’Egypte, en particulier dans les secteurs des énergies renouvelables, du tourisme, de la construction, du développement immobilier, de l’agriculture, de l’industrie et des soins de santé. A noter que fin mars, le Qatar a annoncé investir 4,5 milliards d’euros en Egypte, tandis que le géant qatari des hydrocarbures QatarEnergy a signé un accord avec l’américain ExxonMobil pour acquérir une participation de 40 % dans un bloc d’exploration au large de l’Egypte.

Selon les chiffres de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), le taux des investissements qataris en Egypte a atteint 121,8 millions de dollars au cours du premier quart de l’année 2022, contre 116,9 dans la même période en 2021, alors que le taux d’échange commercial a augmenté de 76,4%, passant à 44,8 millions de dollars contre 25,4 millions de dollars au cours de la même période en 2021. Des chiffres qui, selon l’expert économique Abdel-Moneim Al-Sayed, « témoignent de l’impact positif du rétablissement des relations entre les deux pays sur l’économie ». Les perspectives de coopération économique entre Le Caire et Doha sont prometteurs, surtout dans le domaine de l’énergie et du gaz, pour faire face aux répercussions de la guerre russo-ukrainienne. Il n’est pas aussi exclu que le Qatar injecte des investissements dans la Nouvelle Capitale administrative, la zone économique du Canal de Suez et d’autres mégaprojets nationaux, prévoit Al-Sayed.

Une page est tournée

Sur le volet politique, le politologue Hassan Salama souligne l’importance d’une visite qui vient sceller le rétablissement des relations égypto-qataries après des années de brouille politique. Il explique qu’entre Le Caire et Doha, c’était surtout le dossier du soutien du Qatar aux Frères musulmans qui pesait sur les relations bilatérales. Sur ce dossier épineux, le prince Tamim a déclaré à la presse que son pays traitait avec les Etats et leurs gouvernements légitimes et non avec des organisations. « Il n’existe pas de membres actifs des Frères musulmans sur le sol qatari. Nous sommes un pays ouvert où se trouvent des personnes de différentes opinions. Or, le Qatar, en tant que pays et non pas un parti, travaille uniquement avec les pays et leurs gouvernements », a-t-il affirmé. « Des déclarations rassurantes pour Le Caire, déterminé à tourner la page des différends, et c’est le principal message qu’a envoyé la visite du président Abdel-Fattah Al-Sissi au Qatar », affirme Salama. Une visite qui acquiert, selon le politologue, une importance particulière, sachant qu’elle intervient quelques semaines avant la tenue du sommet arabe d’Algérie en novembre qui devrait aborder les crises secouant la région. « D’où l’importance de la coordination entre l’Egypte et le Qatar, deux pays actifs dans maints dossiers régionaux, dont la cause palestinienne, la restructuration de Gaza, ainsi que les dossiers libyen, yéménite et syrien », explique Salama.

Sur un autre volet, il estime que cette visite jette les bases d’une nouvelle approche fondée sur la restauration des relations arabes pour préserver la sécurité nationale arabe et barrer la route à toute intervention étrangère. « La visite du président Sissi est venue couronner une série des démarches en faveur des rétablissements des relations bilatérales sur fond d’intérêts mutuels et de valorisation des intérêts régionaux », indique-t-il.

Les dates-clés de la réconciliation égypto-qatarie

Juin 2022 : Première visite du cheikh Tamim bin Hamad en Egypte depuis la reprise des relations entre les deux pays.

Mars 2022 : Qatar investit 5 milliards de dollars en Egypte.

Août 2021 : Première rencontre entre le président Sissi et l’émir Tamim en marge de leur participation au Sommet de Bagdad.

Juillet 2021 : Qatar désigne un ambassadeur extraordinaire en Egypte.

Juin 2021 : Le président Sissi décrète la nomination d’un ambassadeur extraordinaire à Doha.

15 juin 2021 : Première visite du ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, au Qatar.

Janvier 2021 : La tenue du sommet d’Al-Ola en Arabie saoudite, qui a mis fin à 4 ans de blocus diplomatique et économique imposé au Qatar.

Les déclarations du président Sissi à Doha

Sur fond des crises régionales et internationales frappant le monde, c’est évident de dépasser les différends interarabes, de concentrer les efforts arabes sur la coordination et le partenariat dans le but de réaliser l’intégration politique et économique, et soutenir la sécurité et les intérêts arabes communs.

Il existe un désir mutuel entre les deux pays de soutenir la solidarité arabe et de maintenir la sécurité et la stabilité de la région pendant la phase actuelle.

L’un des domaines de coopération économique et d’investissement les plus prometteurs est celui du gaz naturel et des énergies renouvelables.

Le prochain sommet arabe en Algérie se tient à un moment critique pour la nation arabe. Face aux défis, c’est évident de rejeter toute ingérence étrangère, maintenir les principes de la souveraineté des pays, l’intégrité de ses territoires et ne pas traiter avec des organisations terroristes et des milices armées tout en soutenant les armées nationales.

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