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Un pas de plus vers l’intégration régionale

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 01 juin 2022

L’Egypte, les Emirats arabes unis et la Jordanie ont lancé cette semaine à Abu-Dhabi un partenariat pour le développement économique durable. Objectif: promouvoir la croissance et réaliser l’intégration industrielle.

Un pas de plus vers l’intégration régionale
Le nouveau partenariat vise l’intégration économique entre l’Egypte, les Emirats et la Jordanie.

C’est une nouvelle phase des relations entre l’Egypte, les Emirats arabes unis et la Jordanie qui s’annonce. Les trois pays ont lancé le 28 mai, à Abu-Dhabi, un partenariat industriel pour une croissance économique durable. Le partenariat, conclu en présence du premier ministre, Moustapha Madbouli, du vice-premier ministre et ministre des Affaires présidentielles émirati, cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, et du premier ministre jordanien, Bisher Al-Khasawneh, vise à investir dans des domaines vitaux d’intérêt stratégique commun.

Dans son allocution durant la cérémonie de signature, Madbouli a souligné que «  la situation actuelle dans la région et dans le monde fait qu’il est impératif pour les pays arabes de maximiser les opportunités d’intégration, d’autant plus que chaque pays a son avantage compétitif et ses capacités». Et d’ajouter: « La pandémie et la crise ukrainienne ont rendu nécessaire l’intégration entre les pays arabes. Ce partenariat peut devenir le germe d’une coopération plus forte et plus large ». Le premier ministre a affirmé que les projets convenus dans le cadre de ce partenariat créeront une valeur ajoutée pour les trois pays et auront un impact positif sur les industries locales et les chaînes d’approvisionnement.

Cinq secteurs

Le partenariat porte sur l’investissement dans 5 secteurs industriels, à savoir l’agriculture, l’alimentation, les engrais, les produits pharmaceutiques, les textiles, les minéraux et la pétrochimie. Objectif: réaliser l’intégration industrielle entre les trois pays. Un fonds d’investissement de 10 milliards de dollars a été créé et sera géré par l’ADQ Holding de l’Emirat. Il s’agit d’une plateforme de coopération future pour l’échange des avantages économiques et des expériences, et le lancement de grands projets industriels communs, ce qui permettra de créer des emplois, de promouvoir la croissance du produit intérieur, de diversifier l’économie et de booster les exportations.

Les trois pays disposent chacun d’avantages concurrentiels. Ils jouissent notamment de solides capacités dans les industries pharmaceutiques. Le Caire, Amman et Abu-Dhabi souhaitent aussi renforcer leurs capacités de production dans les secteurs de l’acier, de l’aluminium, de la pétrochimie et des produits dérivés. La capacité industrielle combinée des trois pays représente environ 26 % de la capacité industrielle totale de la région du Moyen-Orient et leur Produit Intérieur Brut (PIB) représente environ 22 % du PIB du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, soit environ 765 milliards de dollars, selon les statistiques de la Banque mondiale en 2019. Ils bénéficient également d’une infrastructure logistique très développée, notamment des aéroports, des ports et des couloirs de transport comme le Canal de Suez, ainsi que d’entreprises dotées de grandes capacités et d’un accès aux capitaux et à des solutions de financement intelligentes. De plus, près de la moitié de la population totale des pays partenaires, soit 122 millions d’habitants, sont des jeunes, qui représentent à la fois un marché important et une main-d’oeuvre émergente.

Intérêts mutuels

Soulignant l’importance de ce partenariat, Mona Salmane, spécialiste des affaires internationales à l’Université du Caire, estime que ce partenariat stratégique représente le noyau de l’intégration arabe tant espérée. « L’une des caractéristiques les plus importantes de cet accord est qu’il empêchera les répercussions directes des crises internationales sur les investissements et les économies des pays arabes. Cette alliance permettra de faire face aux défis non seulement au niveau économique, mais également au niveau de la sécurité nationale des pays partenaires », explique Salmane. Et d’ajouter qu’il est probable que cette alliance s’étende pour inclure un plus grand nombre de pays, comme l’Arabie saoudite ou autres.

Un avis partagé par Hassan Salama, professeur des sciences politiques à l’Université américaine du Caire, qui souligne que ce partenariat réalise les intérêts de toutes les parties. « L’Egypte, les Emirats et la Jordanie profiteront de cet accord. Les cinq secteurs d’investissement que sont l’agriculture, l’alimentation, les engrais, les produits pharmaceutiques, les textiles, les minéraux et la pétrochimie ont été choisis en fonction des besoins prioritaires des trois pays, de leurs moyens et de leurs ressources », explique Salama. Et d’ajouter que ce partenariat compte en premier lieu sur l’intégration entre les trois pays. « Les Emirats sont une source importante de financement, tandis que l’Egypte est un marché ouvert dans divers domaines et représente une porte d’entrée vers l’Afrique et l’Afrique du Nord. Le marché égyptien et jordanien bénéficie d’une main-d’oeuvre importante et peu coûteuse, ainsi que de ressources humaines hautement qualifiées. On peut ainsi espérer une intégration qui conduit à l’autosuffisance », conclut Salama.

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