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Législatives : Place aux nouvelles figures

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 18 novembre 2020

Les résultats du premier tour de la deuxième phase des élections législatives ont vu la victoire de la Liste nationale unifiée, formée par 12 partis politiques. Les anciennes figures du parlement laissent la place aux nouveaux venus. Décryptage.

Législatives : Place aux nouvelles figures
9 289 166 d'électeurs ont pris part à la seconde phase des législatives. (Photo : Mahmoud Madh Al-Nabi)

« Le scrutin s’est déroulé dans la transparence et l’intégrité et sous la surveillance des organisations de la société civile locales et internationales », a déclaré Lachine Ibrahim, président de l’Autorité nationale des élections, avant d’annoncer les résultats du premier tour de la seconde phase des législatives. 9 289 166 d'électeurs sur les 31 millions qui avaient le droit de vote (taux de participation de 29,5 %) ont pris part à cette seconde phase des législatives tenue les 7 et 8 novembre dans 13 gouvernorats. Ils étaient appelés à choisir 142 députés parmi les 284 candidats du scrutin de liste, et 142 parmi les 2 083 candidats du scrutin individuel. Selon les résultats, 41 sièges ont été décidés dans ce premier tour dont le scrutin de liste a vu la victoire de la Liste nationale unifiée. 200 candidats sont encore en lice pour le second tour, prévu du 5 au 7 décembre, pour les 100 sièges individuels restants. La campagne électorale du second tour a commencé le lendemain de l’annonce des résultats et se poursuivra jusqu’au 2 décembre, date du silence électoral.

Au lendemain de l’annonce des résultats, 68 recours ont été déposés devant la Haute Cour administrative, relevant du Conseil d’Etat, contestant la validité des résultats de cette seconde phase. La cour doit se prononcer sur ces recours dans un délai de 10 jours. Si les recours sont acceptés, les candidats contestataires seront autorisés à participer au second tour des élections.

Les nouveaux venus

Même si les résultats définitifs n’ont pas encore été annoncés, les contours du nouveau parlement, qui tiendra sa première session le 10 janvier 2021, commencent à se dessiner. C’est ce qu’explique le politologue Ayman Abdel-Wahab, vice-président du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon le spécialiste, la principale caractéristique de ces élections c’est l’entrée au parlement d’un grand nombre de nouveaux venus et la sortie des anciennes figures célèbres du marathon électoral. Abdel-Wahab précise : « Des personnalités qu’on était habitués à voir sous la coupole sont sorties du marathon électoral après de lourdes pertes. Cette situation est due à un vote punitif des électeurs qui ont manifesté leur mécontentement contre ces figures qui ont, soit profité de leurs postes pour réaliser des intérêts, ou n’ont présenté aucun service aux électeurs » (voir encadré).

Ainsi, d’après les résultats, 85 députés du parlement de 2015, qui participaient au marathon électoral, n’auront plus de place dans le nouveau parlement. Alors que 43 autres sont encore en compétition pour le second tour des élections. En revanche, de nouvelles figures ont réussi à remporter des sièges avec un succès retentissant dès le premier tour, notamment les hommes d’affaires Mohamad Aboul-Einein, député de Guiza, et Mohamad Moustapha Al-Sallab, député de Madinet Nasr.

Mostaqbal Watan, le grand gagnant

Sans surprise, la Liste nationale unifiée du parti Mostaqbal Watan est le grand vainqueur de la première et la seconde phases des législatives. La liste a gagné dans la première et la troisième circonscriptions lors de la seconde phase. La liste, jugée plus forte que ses trois concurrentes, a mené la bataille dans les 4 circonscriptions électorales réparties sur le territoire national, et a remporté tous les sièges consacrés au scrutin de liste absolu, soit 284 sièges (50 % du total des sièges du parlement). Composée de 12 partis de différentes idéologies, cette coalition avait également remporté 70 % des sièges lors des élections sénatoriales tenues en août et en septembre derniers. Elle inclut les partis Avenir d’une nation, les Protecteurs de la patrie, l’Egypte moderne, le Parti égyptien démocratique, le Parti républicain du peuple, le Parti de la réforme et du développement, le Parti du rassemblement, la Volonté d’une génération, le Parti égyptien de la liberté, le Parti de la justice, le Parti du congrès, en plus de la Commission de coordination des jeunes des partis politiques.

Pour Chadi Mohsen, chercheur spécialiste des affaires parlementaires, on peut considérer que la Liste nationale unifiée a réussi à s’imposer sur la scène politique comme le grand gagnant des législatives 2021. « Il y a de grandes chances qu’elle forme le parti majoritaire dans le prochain parlement. Cette coalition de partis de différentes tendances politiques a présenté aux électeurs une recette qui répond à leurs attentes. Ils ont choisi des figures très influentes bénéficiant d’un fort soutien au sein des grandes familles, surtout à la campagne. La liste comprend aussi de jeunes figures (hommes et femmes) médiatiquement célèbres, et qui ont un rôle sur la scène publique. On note aussi la présence de grandes figures politiques. Ces ingrédients ont attiré une bonne partie des électeurs. On peut dire donc que la Liste unifiée avait une stratégie électorale bien étudiée, d’où le grand succès qu’elle a eu », explique le chercheur. Et d’ajouter : « Le parti Mostaqbal Watan, qui a formé cette liste, a réussi à se créer une base solide d’électeurs et a gagné leur confiance à travers les services sociaux présentés dans les villages et les quartiers pauvres. Bref, il a joué le rôle qui revient en principe aux partis politiques mais qu’ils ont négligé ».

Le politologue Amr Hachem Rabie voit les choses autrement. Selon lui, la présence de cette liste et le système de liste absolu a réduit la présence des partis politiques dans ce marathon électoral. « La situation des partis politiques va de mal en pis. Ces listes absolues ont imposé aux électeurs certains candidats qu’ils ne connaissent peut-être pas, mais surtout, elles ne garantissent pas une représentation équilibrée des partis, laissant toute la domination au parti qui a formé la liste », regrette Rabie qui insiste sur l’influence de l’argent politique sur les élections.

Si la Liste nationale unifiée a été le grand gagnant de ces élections, les femmes dans le scrutin individuel en ont été les grandes perdantes. Bien que 201 candidates (environ 9,6 % du total des candidats) aient participé au marathon électoral dans le scrutin individuel, aucun siège ne leur a été attribué durant le premier tour de la deuxième phase. Uniquement cinq femmes participeront au second tour. Des résultats qui ne sont pas différents de ceux de la première phase où une seule candidate sur les 318, qui se sont présentées au scrutin individuel, a remporté un siège, tandis que seulement 6 autres ont participé au second tour. Un taux très faible selon Chadi Mohsen. « Bien que la participation des femmes ait été cette année beaucoup plus importante que celle des hommes au niveau de l’électorat, les mentalités en Egypte sont toujours dominées par les facteurs socioculturels. Elles rejettent l’idée d’une participation de la femme à la vie politique et favorisent le candidat homme par rapport à la femme », déplore le chercheur.

Il ajoute que les faibles résultats des femmes dans le scrutin individuel sont compensés par le quota des 25 % donné aux femmes dans le scrutin de liste. « Consciente de cette faiblesse, la grande majorité des candidates ont eu recours au scrutin de liste pour accéder à une place sous la coupole. C’est un défi important pour les femmes qui doivent, par leur travail parlementaire, gagner la confiance des citoyens », affirme Chadi Mohsen.

Une concurrence animée par l’opposition

La course électorale n’est pas terminée. Elle se poursuit entre les 200 candidats qui se disputent les 100 sièges dans 9 gouvernorats au second tour de cette deuxième phase. La compétition se resserre et devient de plus en plus chaude entre les concurrents. « L’une des plus importantes caractéristiques du second tour sera la présence de plusieurs figures de l’opposition », explique Chadi Mohsen. En effet, 5 grandes figures du bloc parlementaire d’opposition 25/30 disputent avec force le second tour de la deuxième phase, notamment le député Ahmad Tantawi dans la circonscription de Kafr Al-Cheikh, le député Diaa Daoud à Damiette, Ahmad Al-Charqawi, le porte-parole du bloc à Mansoura, le député Mohamad Abdel-Ghani au Caire, et Haitham Hariri à Alexandrie. Pour Ayman Abdel- Wahab : « La présence et la victoire de ces figures de l’opposition, qui ont décidé de participer par scrutin individuel aux élections, sont un signe très important de la transparence des élections », estime le chercheur, qui conclut : « Quelle que soit leur affiliation politique, de grands défis attendent les nouveaux députés qui doivent en peu de temps promulguer des lois importantes ».

Les grands perdants des élections

Mortada Mansour :

Considéré comme l’un des candidats les plus populaires, Mortada Mansour a, pour la première fois, subi une lourde perte dans sa circonscription de Mit Ghamr, appelée autrefois la circonscription de Mortada Mansour. Arrivé en 6e place, Mansour n’a obtenu que 21 721 voix, ne lui permettant pas de passer au second tour.

Salah Hassaballah :

Porte-parole de l’actuel parlement, Hassaballah était considéré comme l’une des personnalités-clés du parlement. Il n’a pas gagné la confiance des électeurs dans la circonscription de Choubra Al-Kheima où il n’a obtenu que 12 691 voix.

Mohamad Abou-Hamed :

Député au parlement de 2015, dont le mandat expire le 9 janvier prochain, Abou-Hamed, qui n’a obtenu que 1 900 voix, a perdu les élections dans la circonscription de Abdine, accusé par les électeurs d’avoir négligé leurs demandes pendant 5 ans. Abou-Hamed avait été élu député en 2012 et 2015.

Abdel-Rahim Ali :

Candidat dans la circonscription de Guiza, où les élections étaient très disputées, Ali a perdu après la fuite, la veille des élections, d’un enregistrement audio dans lequel il se dit être « au-dessus de la loi ». Ali n’a obtenu que 19 756 voix.

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