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Egypte-Grèce : Coopération bilatérale et solidarité régionale

May Al-Maghrabi, Mercredi, 18 novembre 2020

Le président Sissi a effectué, cette semaine, une visite de trois jours à la Grèce. Au menu des discussions : la sécurité de la Méditerranée orientale, la coopération énergétique, la lutte contre le terrorisme et la situation en Libye.

Egypte-Grèce : Coopération bilatérale et solidarité régionale
Lors d’une conférence de presse conjointe à Athènes, le président Sissi et le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, ont annoncé avoir convenu de s’attaquer à toute menace à la sécurité de la Méditerranée orientale.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a effectué une importante visite en Grèce, du 10 au 12 novembre, au cours de laquelle il a négocié plusieurs questions bilatérales et régionales d’intérêt commun avec la présidente grecque, le premier ministre et le ministre de l’Energie. C’est en grande pompe que le président a été accueilli à Athènes où la présidente grecque, Katerina Sakellaropoulou, l’a décoré de la plus haute médaille de son pays, alors que le président Sissi lui a offert la médaille du Nil.

Une visite qui a permis de formuler des positions égypto-grecques communes sur la sécurité de la Méditerranée orientale, la lutte contre le terrorisme et les horizons prometteurs de la coopération énergétique entre les pays de la Méditerranée. Des dossiers que le président Sissi a abordés amplement lors d’une séance de négociations tenue avec le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, à laquelle ont assisté les délégations à haut niveau de deux pays. Les deux dirigeants ont discuté des moyens de renforcer leur coopération bilatérale dans maints domaines, notamment économique, commercial et énergétique. « Les relations commerciales avec l’Egypte, qui s’élevaient à 2 milliards d’euros, n’ont pas été affectées par la pandémie de coronavirus et nous envisageons d’augmenter le volume d’échanges commerciaux entre nos deux pays et développer la coopération économique par le biais de la participation des entreprises grecques à l’exécution des mégaprojets nationaux en Egypte », a-t-il déclaré. Une volonté partagée par le président Sissi, qui a jugé important de maximiser le volume des investissements grecs en Egypte.

Sur le volet politique, les deux parties ont déclaré avoir convenu de faire face à toute menace pour la sécurité régionale, au terrorisme ainsi qu’à toute mesure unilatérale à la Méditerranée orientale. « Nos consultations ont porté sur les derniers développements dans la Méditerranée orientale à la lumière de l’escalade causée par la poursuite des provocations et des actes unilatérales qui violent les règles du droit international et à la Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer », a déclaré le président Sissi lors de la conférence de presse conjointe avec le premier ministre grec. Citant en revanche que l’accord de démarcation des frontières maritimes entre l’Egypte et la Grèce a été conclu conformément à ces règles. De son côté, Mitsotakis a déclaré que ses entretiens avec le président Sissi ont abordé les tensions en Méditerranée orientale où la Turquie et la Grèce se disputent sur la délimitation des zones maritimes et a appelé à une intervention efficace à la Méditerranée orientale. « L’Egypte et la Grèce s’attendent à une intervention décisive de la nouvelle Administration américaine du président Biden face à l’escalade à la Méditerranée orientale », a exhorté Mitsotakis. « Dans notre région perturbée, l’Egypte et la Grèce ont déjà donné un exemple de paix et de coopération lors de leur accord du 6 août sur une délimitation partielle des zones maritimes », a précisé Mitsotakis, soulignant l’intention des deux pays « de continuer les discussions sur son extension ».

Le politologue Tarek Fahmy rappelle que cet accord qui avait provoqué la colère d’Ankara « est considéré comme une riposte à l’accord turco-libyen signé fin 2019, qui a autorisé la Turquie à accéder à un large espace maritime. Il est venu protéger les droits des deux pays aux richesses de la Méditerranée orientale et légitimer leurs exploitations.

Maximiser les mécanismes de coopération

C’est dans ce contexte que le président Sissi a souligné l’importance de maximiser les mécanismes de coopération bilatérale, basée sur les intérêts et les positions communes entre les deux pays de la région de la Méditerranée orientale, soulignant que « le Forum du gaz de la Méditerranée orientale représente l’un des outils les plus importants dans ce cadre, qui ouvrira de nouveaux horizons de coopération et des investissements entre les pays de la région dans le domaine de l’énergie et du gaz ». Un thème qui a été aussi au centre des pourparlers tenus jeudi entre le président Sissi et le ministre grec de l’Energie, Kostis Hadzidakis.

Au-delà des tensions en Méditerranée, le terrorisme a été aussi l’un des importants dossiers au menu des discussions. « Le terrorisme est un phénomène mondial qui n’a rien à voir avec la religion, la civilisation ou la situation géographique », a affirmé le président aux côtés du premier ministre grec. « Nous avons convenus de l’urgence d’intensifier les efforts internationaux pour faire face au terrorisme, y compris la lutte contre les Etats qui le soutiennent, en appliquant des politiques fermes à leur égard, en les tenant responsables de violations des résolutions du Conseil de sécurité, en raison du soutien qu’ils offrent à ces groupes par le financement, le trainement et l’armement, la fourniture des plateformes médiatiques incitant au terrorisme », s’est expliqué le président. De son côté, le premier ministre grec a déclaré qu’il a été convenu d’intensifier l’échange d’expériences et d’informations entre les deux pays pour faire face aux défis qu’impose le terrorisme en tant que phénomène transfrontalier.

Sur la situation en Libye, le président Sissi s’est prononcé pour « une solution politique » comme seul moyen d’y réaliser la stabilité. Approche partagée par le premier ministre grec qui a ajouté que toute solution devrait émaner de l’intérieur libyen, sans aucune intervention étrangère.

Sur l’importance de la visite du président Sissi, Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, explique qu’elle avait un enjeu bilatéral d’ordre économique qui consiste à étudier les moyens de stimuler les investissements grecs en Egypte et de maximiser les exportations de gaz. « L’Egypte est devenue un principal producteur de gaz naturel alors que la Grèce est un pays consommateur et les deux pays font partie du Forum de Gaz, ce qui nécessite de renforcer la coopération bilatérale en cette matière », indique Dr Mourad. Or, selon le politologue, le volet régional de la visite, à savoir contrer les politiques de la Turquie en Méditerranée orientale, a été le principal motif de la visite du président Sissi en Grèce, la qualifiant de « sorte de message de solidarité ». D’ailleurs, le président a affiché une position rejetant le soutien apporté par la Turquie à des groupes extrémistes essentiellement dans le conflit en Libye. « Une politique déstabilisatrice de la région de la Méditerranée orientale et de nord de l’Afrique, qui nécessite une coordination régionale intensifiée. Il s’agit d’un dossier prioritaire pour l’Egypte puisqu’il affecte directement sa sécurité nationale ainsi que ses intérêts économiques à la Méditerrané orientale », conclut le politologue, saluant les résultats de cette visite qui a permis de formuler des positions communes sur d’importants dossiers bilatéraux et régionaux.

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