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Le coronavirus se transmet-il par l’air ?

Al-Ahram Hebdo, avec Agences, Mardi, 14 juillet 2020

Des chercheurs mettent en garde contre une possible transmission du coronavirus à travers les gouttelettes microscopiques présentes dans l’air et expirées par les personnes infectées. La question fait l’objet d’un vif débat dans les milieux scientifiques.

Le coronavirus se transmet-il par l’air ?

Un groupe de 239 scienti­fiques internationaux a appelé lundi les autori­tés de santé de la pla­nète, et en particulier l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à reconnaître que le nouveau corona­virus peut se propager dans l’air bien au-delà de deux mètres. Leur lettre vise directement l’organisa­tion onusienne, déjà critiquée pour avoir tardé à recommander les masques, et ici accusée de refuser de voir l’accumulation d’indices d’une propagation par l’air du virus qui a tué plus de 500 000 personnes dans le monde en six mois.

L’OMS et d’autres organismes sanitaires estiment que le coronavi­rus est principalement transmis par des gouttelettes projetées par la toux, l’éternuement et la parole directement sur le visage de per­sonnes à proximité, et possiblement par des surfaces où ces postillons atterrissent et sont ensuite récupérés par les mains de personnes saines. Ces gouttelettes sont lourdes et tombent dans un périmètre d’envi­ron un mètre. D’où la priorité don­née dans les consignes sanitaires à la distanciation physique, au lavage des mains et au port du masque.

Mais des études, sur SARS-CoV-2 et d’autres virus respiratoires, ont mis en évidence que des particules virales étaient aussi présentes dans des gouttelettes microscopiques (moins de 5 microns de diamètre) dans l’air expiré par une personne infectée. Plus légères, elles peuvent rester potentiellement en suspen­sion dans l’air pendant des heures, et être inspirées par d’autres per­sonnes. Il n’a jamais été prouvé que ces particules de coronavirus étaient viables et pouvaient provoquer des infections, mais les indices s’accu­mulent.

« Nous appelons la communauté médicale et les organismes natio­naux et internationaux compétents à reconnaître le potentiel de trans­mission aérienne du Covid-19 », écrivent dans la revue Clinical Infectious Diseases d’Oxford deux scientifiques, Lidia Morawska de l’Université de Queensland (Australie) et Donald Milton de l’Université du Maryland, dans un article signé par 237 autres experts.

« Il existe un potentiel important de risque d’inhalation de virus contenus dans des gouttelettes res­piratoires microscopiques (micro­gouttelettes) à des distances courtes et moyennes (jusqu’à plusieurs mètres, de l’ordre de l’échelle d’une pièce), et nous prônons le recours à des mesures préventives pour empê­cher cette voie de transmission aérienne », poursuivent-ils.

Appel à une ventilation vigoureuse

Il n’y a pas de consensus scienti­fique que cette voie aérienne joue un rôle dans les contagions : mais Julian Tang, l’un des signataires, de l’Université de Leicester, répond que l’OMS n’a pas prouvé l’in­verse. « L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence », a-t-il souligné.

A l’heure du déconfinement, il est urgent, plaident les experts, de mieux ventiler lieux de travail, écoles, hôpitaux et maisons de retraite, et d’installer des outils de lutte contre les infections, tels des filtres à air sophistiqués et des rayons ultraviolets spéciaux qui tuent les microbes dans les conduits d’aération. A cet égard, les Etats-Unis et l’Europe sont en avance sur l’OMS. « Augmentez la circulation de l’air extérieur autant que pos­sible », conseillent les centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) américains. Le CDC européen a expliqué, le 22 juin, que la climatisation pouvait diluer le virus dans l’air et l’éva­cuer, mais qu’elle pourrait avoir l’effet inverse si le système de ven­tilation ne renouvelait pas l’air et le faisait recirculer dans les mêmes pièces. « La transmission par l’air de SARS-CoV-2 n’est pas universel­lement acceptée, mais notre opinion collective est qu’il existe bien assez d’éléments probants pour appliquer le principe de précaution », disent les scientifiques.

Une théorie contestée en Egypte

Le Dr Hossam Hosni, président du Comité scientifique de lutte contre le coronavirus, conteste ces propos. « Le virus n’est pas aéroporté », a-t-il insisté.

Dans des déclarations télévisées, samedi soir, Hosni a estimé que « si le virus se transmettait par voie aérienne, des millions de personnes auraient été infectées ».

Il a noté par ailleurs que l’Egypte a réussi à combattre la pandémie, mais n’a pas encore réussi à l’élimi­ner complètement.

Dimanche, le ministère de la Santé a signalé 912 nouveaux cas de coronavirus et 89 nouveaux décès. Le nombre total de cas confirmés dans le pays a atteint 82 070, avec 3 858 décès.

Le Dr Chérif Wadie, conseiller du ministre de la Santé pour les soins d’urgence, a déclaré que l’Egypte figurait parmi les 10 premiers pays du monde avec le taux d’infection de coronavirus le plus faible.

« Cela ne signifie pas que l’Egypte a dépassé le point culmi­nant de l’infection, mais que le faible taux d’infection du pays est un indicateur prometteur pour frei­ner la courbe de l’infection », s’est-il empressé d’ajouter.

« Il est trop tôt pour parler d’une baisse du taux d’infection, à moins que cette baisse ne se poursuive pendant une période d’au moins 15 jours », a-t-il ajouté lors d’une émission télévisée. Le nombre de cas en Egypte est en baisse depuis plus d’une semaine. Il a en outre ajouté que le nombre de lits dans les services d’urgence était passé à 5 500 à travers le pays avec un taux d’occupation de 75 %. Seulement 22 % des patients ont besoin de respirateurs.

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