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Le FNS cherche une nouvelle raison d’être

May Atta, Dimanche, 21 juillet 2013

Après la chute de Mohamad Morsi, le Front National du Salut (FNS) est à la recherche d'un nouveau rôle dans la phase transitoire. Certains réclament sa dissolution.

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Ex-coordinateur du FNS, ElBaradei a été nommé vice-président de la République.

Les dirigeants du FNS ont annoncé, samedi, leur intention de maintenir cette formation durant la phase de transition. Ils doivent s’entendre pour le choix d’un nouveau coordinateur à la place de Mohamed ElBaradei, lequel a été nommé vice-président de la République la semaine dernière. Parmi les candidats à sa succession figurent le président du parti de l’Alliance populaire socialiste, Abdel-Ghaffar Chokr, et Abdel-Guélil Moustapha, l’ex-coordinateur de l’Alliance nationale pour le changement.

La décision de préserver le FNS intervient en réaction à des appels au gel de ses activités, émanant notamment du parti néo-Wafd. La logique étant d’empêcher d’éventuelles dissensions entre les partis formateurs de cette ombrelle. Toutefois, le néo-Wafd appelle à garder la solidarité entre les divers partis politiques de sorte à pouvoir réactiver le FNS au moment voulu si la situation politique le demande.

Formé d’une vingtaine de partis libéraux et de gauche, ainsi que de plusieurs personnalités publiques proches du régime de Hosni Moubarak, le FNS est né le 22 novembre 2012, suite à la déclaration constitutionnelle promulguée par le président déchu dans laquelle il a immunisé l’assemblée constituante et le Conseil consultatif contre tout recours à la justice en vue de leur dissolution.

Mais les événements politiques qui se sont accélérés depuis la chute du président Mohamad Morsi début juillet, ont amené plusieurs politiciens à s’interroger sur l’avenir du FNS qui a réussi à se poser comme la première force d’opposition au président islamiste. D’autant plus qu’à un moment où les forces politiques doivent commencer à se préparer à des élections législatives et présidentielles, il y a peu de chance de voir ces partis, qui comptent autant de libéraux que des formations de gauche, s’entendre sur des candidats consensuels.

« Aujourd’hui que le président Morsi n’est plus au pouvoir, le FNS est fini avec la fin de sa raison d’être. Il faut reconnaître qu’il s’agit de partis politiques de tous bords qui ne sont unis par aucun programme politique ou économique. Il serait normal que leurs différences deviennent de plus en plus visibles à l’approche des élections », estime Ayman Nour, président du parti libéral Ghad Al-Sawra.

D’autres, au contraire, attribuent plus d’une « mission » au FNS durant la période à venir. « La présence du FNS aujourd’hui est essentielle pour soutenir et accompagner le gouvernement dans l’élaboration d’une nouvelle Constitution », dit le président du Parti Egyptien social-démocrate, Mohamad Aboul-Ghar. « Le FNS a entraîné la chute de Morsi par un travail révolutionnaire. Aujourd’hui, c’est le moment du travail politique, étant donné que la vraie mission du Front est la construction d’un régime démocratique », renchérit Mahmoud Al-Alayli, cadre du parti des Egyptiens libres.

L’évolution du rôle du FNS passant de l’opposition à « l’accompagnement » du gouvernement se justifie par le fait que plusieurs de ses anciens cadres sont actuellement des responsables exécutifs, à commencer par le premier ministre lui-même, Hazem Al-Béblawi.

Mais certains assignent un autre rôle au FNS : celui de devenir un rempart face aux islamistes, mais aussi face à une mainmise de l’armée sur le processus de transition.

« Nous devons être conscients du danger des islamistes qui continuent à avoir une présence dans la rue, notamment en Haute-Egypte et dans certaines zones déshéritées, malgré la destitution du président Morsi », note le chercheur Abdel-Moneim Saïd, ancien PDG de la fondation de presse Al-Ahram.

« Nous avons grand besoin d’un bloc comme le FNS pour défendre la laïcité de l’Etat, et empêcher que celui-ci ne tombe sous l’emprise des islamistes ou même des militaires. Les partis du FNS doivent rester unis pendant les prochaines élections pour pouvoir contrer la base électorale des islamistes », poursuit-il.

Pour lui, le premier test sera la Constitution. « Les pressions exercées par les salafistes, qui ont insisté sur le fait de maintenir dans la dernière déclaration constitutionnelle des clauses donnant lieu à une interprétation archaïque de la religion, montrent bien que la rédaction de la nouvelle Constitution sera une bataille », ajoute encore Saïd.

« Ce qui nous unit c’est une idée, non une idéologie, celle-ci on pourra la mettre en avant une fois que la situation politique se sera stabilisée », affirme Amr Ezzat, du parti du Courant populaire (formation nassérienne). « Notre unité est la seule solution pour éviter le gouffre d’un régime islamiste ou militaire », insiste-t-il .

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