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Dr Manal Omar : Il faut être vigilant au cours des dix-huit premiers mois

Chérif Albert, Samedi, 29 février 2020

Différents plutôt que « malades », les enfants autistes doivent être pris en charge dès leur plus jeune âge afin de leur assurer une vie normale. Dr Manal Omar, professeure de psychologie à l’Université de Aïn-Chams, nous apporte son éclairage. Interview.

Dr Manal Omar

Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce que l’autisme et comment se manifestent ses symptômes ?

Dr Manal Omar : L’autisme est un trouble neurologique qui toucherait d’une façon plus ou moins sévère près de 1 % des enfants. Normal à la naissance, l’enfant commence à régresser sur le plan du langage et de la communication sociale vers l’âge de 3 ans. Ainsi, son discours se réduit à quelques mots, puis à quelques syllabes, avant d’arrêter toute communication verbale. Parallèlement, l’enfant arrête de répondre lorsqu’on l’appelle, il perd contact avec son entourage et se replie sur lui-même. Il peut passer des heures à jouer seul, souvent usant de gestes routiniers et répétitifs, à observer quelque chose, à aligner des objets, et peut choisir de passer son temps caché sous un lit, ou enroulé dans un drap ou un rideau. Parmi les signes caractéristiques figure également son incapacité à regarder les autres dans les yeux et à apprécier les caresses et le contact physique. Pour résumer, les symptômes peuvent être regroupés sous trois grandes catégories, à savoir les troubles de communication, la régression linguistique et le comportement stéréotypé.

— Quels sont les causes de l’autisme ?

— Les causes sont d’ordre génétique, quoiqu’on n’ait pas encore réussi à définir les gènes qui en sont responsables. Ceci dit, rien ne nous permet de déconseiller à un couple qui a eu un enfant autiste de faire d’autres enfants.

— Comment se fait le diagnostic ?

— C’est l’examen clinique de l’enfant qui permet au médecin de faire le diagnostic. Ensuite, des tests supplémentaires permettent d’en évaluer la sévérité.

— On entend souvent parler de plusieurs formes d’autisme, notamment l’autisme dit Asperger …

— Selon la classification ancienne, l’autisme Asperger, également appelé l’autisme à haut niveau de fonctionnement, référait à des cas ayant un bon niveau de QI, parfois même supérieur à la moyenne, ainsi qu’un bon niveau de communication verbale et sociale. Mais il existait aussi d’autres formes comme l’autisme atypique, désintégratif, Rett, etc. Ces classifications ne sont presque plus utilisées ; aujourd’hui, la tendance étant de considérer que l’autisme est un spectre sur lequel chaque individu est placé selon le degré des troubles qu’il présente.

— Cela signifie qu’un enfant autiste n’est pas forcément dépourvu d’intelligence ou de compétences ?

— Il ne s’agit pas là d’une théorie mais de constats. J’ai vu moi-même des enfants capables de reconstituer des puzzles très compliqués en un laps de temps très court. Je me souviens d’un enfant qui, lorsqu’il entendait un verset du coran, pouvait en préciser le numéro ainsi que la sourate à laquelle ce verset appartient. Il y en a également ceux qui ont un don spécial en musique qui sont très habiles avec les chiffres …

— Vers quel âge les parents peuvent-ils repérer la manifestation de l’autisme chez leur enfant ?

— Il faut être vigilant au cours des dix-huit premiers mois après la naissance de l’enfant, et ne pas attendre un retard du langage. La réaction de l’enfant aux contacts visuels et tactiles offre un indice important. Entre 18 et 24 mois, il faut observer la capacité « d’identification au genre » chez l’enfant. Par exemple, le garçon commence à imiter son père et à vouloir utiliser ses affaires personnelles, et la fille à vouloir se maquiller. De même, si l’enfant ne réserve pas un accueil spécial à ses parents lorsqu’ils rentrent du travail, ou s’il les traite comme des étrangers, il ne faut pas hésiter à consulter un pédopsychiatre.

— Et en termes de traitement ?

— Vu la difficulté financière et logistique qui empêche la plupart des parents à recourir à des garderies pour enfants autistes, le mieux c’est d’apprendre à la maman à entraîner son enfant à communiquer, à l’imiter et à jouer avec elle. Parce que c’est avec elle que celui-ci passe le plus de temps. Ainsi l’idéal serait que l’orthophoniste et le thérapeute comportementale évaluent l’état de l’enfant, élaborent un programme de rééducation sur mesure et accompagnent la maman dans sa mise en application. Ceci permettrait une rééducation plus efficace dans le cadre de la vie de tous les jours.

— Comment se fait l’insertion sociale de l’enfant autiste ?

— Dans une étape ultérieure, l’enfant peut être encouragé à jouer avec un ou deux autres enfants, avant d’essayer de l’intégrer dans une école. Une fois à l’école, il aura besoin d’être accompagné par un enseignant de soutien pour le rassurer et encourager les autres enfants à jouer avec lui. Mais c’est surtout le niveau de langage de l’enfant qui décidera de son intégration scolaire plutôt que son niveau d’intelligence.

— Qu’en est-il de leur intégration professionnelle à l’âge adulte ?

— La plupart du temps, les personnes autistes peuvent réussir dans un travail qui ne nécessite pas beaucoup d’interactions sociales. Ils peuvent exceller dans un travail sur machine ou sur ordinateur. Mais que ce soit dans le milieu des études ou du travail, le problème appartient plutôt à la société et à sa capacité d’accueillir les personnes autistes.

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