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Hossam Abdel-Ghaffar : Nous avons un plan ambitieux pour moderni­ser les centres hospitaliers universitaires

Howaida Salah, Mardi, 14 janvier 2020

Hossam Abdel-Ghaffar, secrétaire général du Conseil suprême des centres hospitaliers universitaires, revient sur les efforts visant à moderniser ces hôpitaux.

Hossam Abdel-Ghaffar

Al-Ahram Hebdo : Le parle­ment a promulgué en 2018 une nouvelle loi pour réglementer le tra­vail des centres hospitaliers uni­versitaires. La charte exécutive de la loi vient d’être adoptée. Quel est l’intérêt de cette loi ?

Hossam Abdel-Ghaffar: Les centres hospitaliers universitaires étaient régis par le décret présidentiel numéro 3300 de 1965. Il ne fait aucun doute que ce décret ne convient plus aujourd’hui. Nous avons 110 centres hospitaliers universitaires en Egypte, ce qui représente 31000 lits, 18 millions de patients par an, 12000 médecins diplômés chaque année et environ 6000 stagiaires. Nous avons un manque au niveau des médecins à plein temps, et il était nécessaire de combler ce manque, ce que la nou­velle loi a fait. Il y avait aussi une nécessité de développer les conseils d’administration. Les directeurs des centres hospitaliers doivent disposer de pouvoirs à la hauteur de leurs res­ponsabilités cliniques, administra­tives et financières.

— Vous dites qu’il y a un manque en personnel médical. Pourquoi ?

— L’Egypte compte 3,3 médecins pour 1000 habitants, mais avec la croissance démographique, nous aurons besoin de 36000 médecins supplémentaires en 2020. Le manque de personnel est l’un des problèmes majeurs du secteur de la santé en Egypte. Nous avons une pénurie croissante de personnel spécialisé. La délocalisation des médecins qualifiés dans les pays arabes et les pays occi­dentaux est endémique. Des milliers de médecins, récemment diplômés, quittent l’Egypte à la recherche de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. L’amélioration des salaires a quelque peu freiné cette tendance. Le nombre d’infirmières par rapport à la population égyptienne est inférieur à la moyenne mondiale. Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’Egypte compte 14,8 infirmières et sages-femmes pour 10000 habitants. C’est la moitié de la moyenne mon­diale qui est de 28,6. Les universités égyptiennes décernent des diplômes, mais les Egyptiens hésitent à cause de la stigmatisation sociale. Résultat: les hôpitaux privés égyptiens emploient de plus en plus d’infirmières étran­gères. Les infirmières se sentent sou­vent sous-évaluées. Les préoccupa­tions sociales et économiques ont créé un manque de personnel qualifié dans le secteur de la santé.

Le syndicat égyptien des Infirmières a beaucoup travaillé pour remédier à ces problèmes, et certaines académies privées et universités, comme l’Uni­versité britannique d’Egypte, ont créé des facultés de sciences infirmières.

— Comment la loi a-t-elle permis de régler le problème du manque de médecins ?

— La loi a assoupli le système de travail dans les hôpitaux universi­taires, afin d’encourager le plus grand nombre de médecins à y travailler. La charte exécutive de la loi donne aux médecins la possibilité de travailler à plein temps, à temps partiel en perce­vant la moitié du salaire, ou encore de faire des heures supplémentaires. Les médecins à temps plein travaillent 40 heures et 5 jours par semaine. Ils tou­chent 200% de leurs salaires à la faculté de médecine. Ils ont l’autori­sation d’ouvrir une clinique privée à l’intérieur de l’hôpital. Ils ont aussi la possibilité de travailler hors des heures de travail officielles et de rece­voir jusqu’à 100% de gains supplé­mentaires.

— Beaucoup de patients se plai­gnent du nombre limité de lits dans les unités des soins intensifs. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons un plan ambitieux pour moderniser les centres hospitaliers universitaires
La nouvelle loi a assoupli le système de travail dans les hôpitaux universitaires.

— Nous avons mis en oeuvre un plan ambitieux pour moderniser les centres hospitaliers universitaires en Egypte. L’Université de Aïn-Chams a récemment inauguré un hôpital pédia­trique et un hôpital universitaire spé­cialisé pour le traitement des per­sonnes âgées au Moyen-Orient. Il faut dire que les anciens hôpitaux ne répondaient plus aux besoins des per­sonnes âgées. Il était urgent de créer ces deux nouveaux hôpitaux dotés des équipements médicaux les plus modernes, et qui sont un modèle en Egypte et dans la région. L’hôpital pour les personnes âgées a coûté plus de 90 millions de L.E. Il s’agit du premier hôpital universitaire en Egypte et au Moyen-Orient spécialisé dans les maladies des personnes âgées.

C’est une avancée en termes de qualité. L’hôpital pédiatrique com­prend de nombreuses spécialités.

— Les patients pauvres ou qui n’ont pas les moyens ont-ils le droit d’être traités dans les centres hospitaliers universitaires ?

— Les articles 31, 32 et 34 du projet de la charte exécutive de la loi stipulent que « les soins doivent être fournis sans remettre en cause le droit du patient à la gratuité des soins. Tout citoyen ne faisant pas partie de l’assurance maladie ou qui ne bénéficie pas d’une assu­rance dans le cadre du lieu de tra­vail est pris en charge aux frais de l’Etat ».

— Quel sera le rôle des hôpitaux universitaires au sein du nouveau système d’assurance maladie ?

— Les centres hospitaliers universi­taires contribueront bien évidemment à l’application du nouveau système d’assurance maladie. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en partenariat avec les forces armées et le ministère du Logement, a lancé plusieurs nou­velles universités, avec des investisse­ments de 48,5 milliards de L.E. Parmi celles-ci, l’Université du roi Salman au Sud du Sinaï, l’Université interna­tionale d’Al-Alamein au Nouveau Alamein et la nouvelle Université de Mansoura. La deuxième phase expé­rimentale du nouveau système d’assu­rance maladie aura lieu à Louqsor et au Sinaï du Sud à partir de mars 2020. Cela coïncide à Louqsor avec l’ouver­ture du premier centre hospitalier universitaire de traitement des mala­dies hépatiques. Ce centre a pour objectif de traiter 12000 patients et peut recevoir 200 patients par jour.

— A propos de la nouvelle loi sur l'assurance maladie, pensez-vous qu’elle améliore le système de santé en Egypte ?

— Bien sûr. En vertu de cette loi, le gouvernement assumera entièrement le coût des soins médicaux fournis aux citoyens qui n’ont pas les moyens. La loi va donc permettre à tous les Egyptiens d’accéder aux soins médi­caux, car l’Etat paiera pour ceux qui n’ont pas les moyens. La loi devrait être mise en oeuvre par étapes d’ici 15 ans et inclure tous les gouvernorats égyptiens.

L’Etat est déterminé à redresser le secteur de la santé. Au cours de la prochaine période, nous allons exami­ner plusieurs projets susceptibles de contribuer au développement du sec­teur de la santé. Nous voulons déve­lopper des hôpitaux dans les diffé­rents gouvernorats égyptiens, moder­niser les centres médicaux dans les campagnes et leur fournir un nombre suffisant de médecins, et il y a bien sûr le problème de manque de places dans les unités des soins intensifs. Ce sont là les questions les plus impor­tantes qui seront discutées au cours de la prochaine période.

Le budget de la santé devrait aug­menter dans les années suivantes, surtout que les problèmes touchent de manière disproportionnée les zones rurales pauvres et risquent d’avoir une incidence plus large sur la prospérité économique du pays à long terme .

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