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Vers un contrôle renforcé du secteur pharmaceutique

May Atta, Mardi, 22 octobre 2019

Pour la première fois, l’Egypte aura une autorité nationale indépendante des médicaments à l’instar de la FDA aux Etats-Unis et de l’EMA en Europe. Sa création devrait permettre de mieux contrôler le marché pharmaceutique.

Vers un contrôle renforcé du secteur pharmaceutique
La création d'un organe régulateur contribuera à une meilleure gestion du marché pharmaceutique.

C’est une première en Egypte. Une autorité égyptienne des médicaments verra le jour prochainement en vertu d’une loi que le président de la République a ratifiée. L’autorité chapeautera toutes les instances chargées du contrôle, de la tarification et de l’achat des matières premières nécessaires à l’industrie pharmaceutique, ce qui devrait assurer une meilleure gestion de ce secteur. La loi ratifiée définit l’autorité des médicaments comme « un organe du service public dépendant directement du premier ministre ». L’autorité disposera d’un budget indépendant, et son président aura un statut équivalent à celui d’un ministre. Le président de la République nommera le président de l’autorité et les membres du conseil d’administration. Ceux-ci sont nommés pour une durée de 4 ans, renouvelables une seule fois. La nouvelle autorité remplacera les organismes de contrôle dépendant du ministère de la Santé et l’Organisme national de contrôle sur les médicaments et de la recherche pharmaceutique. Les employés de ces instances seront intégrés au sein de la nouvelle autorité, vu leur expérience. La nouvelle autorité aura pour mission de garantir la qualité des médicaments destinés à l’homme et aux animaux ainsi que celle des produits cosmétiques. Elle se composera de deux organismes, le premier sera chargé de la qualité des médicaments, de leurs prix et du contrôle du marché pharmaceutique, afin de protéger le consommateur. Le second sera chargé des procédures d’achat des produits médicaux à usage humain et vétérinaire et des matériaux utilisés dans la production des médicaments dans les compagnies publiques, le secteur des affaires, les hôpitaux et les pharmacies publiques. Cet organisme assurera aussi la coordination entre les compagnies pharmaceutiques publiques, privées et étrangères, afin de former une réserve stratégique de médicaments et éviter d’éventuelles pénuries. Elle aura pour rôle d’homologuer les médicaments à usage humain et vétérinaire et d’assurer leur disponibilité.

Contrôle pharmaceutique renforcé

Les acteurs du secteur pharmaceutique se félicitent d’une « étape importante » qui contribuera à régler les multiples problèmes dont souffre le secteur pharmaceutique en Egypte, dont, entre autres, les pénuries de médicaments, la contrebande des médicaments importés et la vente de faux médicaments. Un rôle assumé certes par les instances de contrôle, mais la présence d’une autorité qui regroupe toutes les instances de contrôle, d’importation et de fabrication des produits pharmaceutiques « permettra une meilleure gestion du secteur pharmaceutique », affirme Mohamad Al-Améri, chef de la commission de la santé au parlement. Selon lui, la nouvelle autorité remédiera à la pénurie de médicaments qui frappe le marché de temps en temps et qui est due aux pratiques monopolistes et à l’importation de certains médicaments ou des matières premières entrant dans leur fabrication (voir entretien). La nouvelle autorité sera chargée de contrôler la fabrication, l’importation, le transport, le stockage et la vente des médicaments. « L’importance de la nouvelle autorité est qu’elle renforcera le contrôle sur le marché pharmaceutique, ce qui permettra de faire face au phénomène des faux médicaments qui menace le secteur de la santé en Egypte. Il faut donc s’attaquer à ce phénomène, car ces faux médicaments ne sont pas seulement inefficaces, mais le plus souvent dangereux », affirme Al-Améri, notant que le nombre exact de décès imputables aux médicaments contrefaits n’est pas connu en Egypte. Pour Ahmad Azab, chercheur à l’Initiative égyptienne des droits de l’homme, la mise en place de la nouvelle autorité ne suffit pas à elle seule pour contrôler le marché pharmaceutique. Selon lui, il existe 3 000 dépôts de médicaments, dont 1 000 seulement sont enregistrés et contrôlés par le ministère de la Santé, et ce, alors que les médicaments contrefaits représentent 3 % du marché. « Le grand nombre de pharmacies (environ 72 000) complique la tâche des instances de contrôle qui souffrent d’un manque de superviseurs. C’est pourquoi la nouvelle autorité ne pourra pas s’attaquer à la contrefaçon en l’absence d’une loi durcissant les peines contre ce phénomène », affirme Azab.

Réserves

Sans minimiser le rôle de la nouvelle autorité, des représentants du secteur privé s’opposent notamment à la création du deuxième organisme de l’autorité chargé de la tarification et de la commercialisation des médicaments. Achraf Al-Khouli, conseiller de la compagnie Multi Pharma, possédé par le plus grand distributeur pharmaceutique en Egypte, Ahmad El-Ezaby, estime que l’autorité ne doit pas s’impliquer dans les affaires commerciales. « La FDA, l’EMA et toutes les autorités de médicaments au monde sont chargées uniquement de la tarification, de l’homologation et de la qualité des médicaments. Or, la loi sur la nouvelle autorité lui attribue le rôle de vente et d’achat des médicaments, ce qui fait craindre une concurrence non équilibrée entre le privé et le public dans l’industrie pharmaceutique », affirme Al-Khouli. Il ajoute que l’autorité aura l’occasion d’acheter les produits pharmaceutiques moins cher que le secteur privé, ce qui nuit à l’équité des chances entre les deux secteurs public et privé. « Le marché est libre et il faut donner la liberté au secteur privé d’acheter ses besoins sans pressions, surtout que le gouvernement possède déjà deux grandes compagnies pour le commerce des médicaments et les matériaux qui répondent aux besoins du secteur pharmaceutique publique », insiste-t-il. Mais tout le monde ne voit pas l’affaire du même oeil. Ali Auf, chef de la branche pharmaceutique à la Chambre de commerce, trouve, au contraire, qu’en s’impliquant dans l’achat et la vente des médicaments, l’autorité évitera les pénuries de médicaments. Il note que le second organisme de l’autorité aura pour principal rôle de garantir une réserve stratégique de médicaments pour éviter les pénuries, surtout dans les hôpitaux et les pharmacies publiques. Selon lui, les craintes que cet organisme exerce des pratiques monopolistiques sont infondées. « C’est tout à fait le contraire. Cet organisme pourra aussi soutenir les compagnies publiques, qui ne forment qu’environ 5 % seulement du marché pharmaceutique, à s’élargir et à produire des médicaments à bon prix. Cela ne permettra pas au secteur privé d’exercer des pressions pour hausser les prix des médicaments comme c’était le cas après la dévaluation en 2016, ce qui a entraîné des hausses des prix à hauteur de 60 % », argumente Auf. Au-delà de ce débat, l’expert pharmaceutique Mohamad Raouf Hamed recommande que la nouvelle autorité inclut un conseil suprême ayant pour rôle d’élaborer une stratégie intégrale à long terme pour le développement du secteur pharmaceutique. « En l’absence d’une telle stratégie, il serait difficile que la nouvelle autorité réalise tous ces objectifs. Il faut créer un conseil dépendant de l’autorité et regroupant des professeurs et des experts dans le domaine pharmaceutique, médical, administratif, politique et économique. Ce conseil se chargea d’élaborer une stratégie pour développer les recherches comme c’est le cas en Inde », conclut Hamed.

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