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Sur la voie de l’intelligence artificielle

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 10 septembre 2019

La première Conférence internationale sur l'intelligence artificielle s'est tenue les 8 et 9 septembre au Caire. L'occasion de revenir sur les grandes lignes de la stratégie de l'Egypte dans ce domaine.

Sur la voie de l’intelligence artificielle

Accordant un grand intérêt à la quatrième révolution industrielle, la révolution numérique, l’Egypte a développé une stratégie nationale dans le domaine de l’Intelligence Artificielle (IA). Une stratégie que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a jugée indispensable pour suivre les développements technologiques dans le monde. Lors du Forum mondial de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, tenu en avril dernier, le président avait insisté sur la nécessité de réformer de fond en comble l’enseignement universitaire afin de former des personnes capables de réaliser un véritable développement en Egypte. « Nous avons besoin de révolutionner l’enseignement et la recherche scientifique pour suivre les grandes avancées scientifiques et technologiques que connaît le monde », avait souligné le président.

Dans ce cadre, l’Egypte a accueilli cette semaine, les 8 et 9 septembre, la première Conférence internationale sur l’intelligence artificielle et les technologies de l’information. Cette conférence, qui a vu la participation des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, des Télécommunications et de la Technologie de l’information, de la Production militaire ainsi que d’un grand nombre de présidents d’université, d’experts et de scientifiques dans le domaine de l’intelligence artificielle, a été l’occasion d’exposer les grandes lignes de la stratégie de l'Egypte dans le domaine de l’intelligence artificielle, d’évoquer le développement de l’enseignement universitaire et de la recherche scientifique ainsi que l’influence de l’intelligence artificielle sur les métiers futurs. La conférence s’inscrit dans le cadre d’une volonté d’échanger les connaissances et les expériences pour répondre à la stratégie de développement durable Egypte 2030.

Les deux ministères concernés, à savoir celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et celui des Télécommunications, coopèrent depuis janvier 2019 pour mettre en place cette stratégie nationale sur l’intelligence artificielle. Selon Amr Talaat, ministre des Télécommunications, cette stratégie témoigne de l’importance que le gouvernement accorde à l’innovation comme levier de transition vers la société numérique. Elle est basée sur deux axes principaux. D’abord, le développement des capacités humaines en améliorant l’efficacité de l’éducation dans le domaine de l’IA, et l’identification des compétences requises pour ce domaine de manière à répondre aux développements rapides dans ce domaine. Quant au second axe, il porte sur la recherche scientifique. Il vise à trouver des solutions technologiques novatrices aux problèmes de l’Egypte dans différents domaines et à créer une base solide de jeunes entreprises capables de contribuer au développement de l’économie égyptienne. Il s’agit aussi d’orienter les études sur l’IA vers des domaines prioritaires comme l’éducation, la santé et le diagnostic des maladies, les transports, l’industrie, l’agriculture, les ressources en eau, l’énergie et l’environnement.

Soulignant l’importance de l’Intelligence artificielle, le président du secteur de l’informatique au Conseil suprême des universités, Gamal Darwich, explique: « Le recours à l’intelligence artificielle n’est plus un choix, c’est devenu une nécessité pour répondre aux besoins du marché du travail ». Et d’ajouter: « Tous les domaines prioritaires vers lesquels l’Egypte oriente ses recherches aujourd’hui ne sont qu’un premier pas dont on a absolument besoin pour servir le processus de développement. Mais les chercheurs égyptiens ne vont pas se limiter à ces domaines et s’ouvriront avec le temps sur des domaines plus larges ».

Comme l’a affirmé le Forum économique mondial, l’IA entraîne des changements importants dans les métiers du futur. En 2020, près de 5 millions d’emplois disparaîtront dans le monde et en parallèle, quelque 133 millions de nouveaux emplois vont émerger dans les domaines de l’intelligence artificielle, des technologies de l’information, de l’analyse des données, des nouvelles technologies, etc. Cela nécessite donc, selon les experts, une bonne préparation et une bonne éducation des jeunes afin de leur fournir les outils leur permettant de faire face à cette évolution rapide.

D’après les estimations du ministère de l’Enseignement supérieur, l’intelligence artificielle contribuera à 7,7% du PIB de l’Egypte en 2030. Et la croissance annuelle moyenne de l’IA devrait atteindre 25,5%, entre 2018 et 2030.

Du concret

L’Egypte a déjà franchi des pas importants en termes de l’intelligence artificielle. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, l’Egypte occupe actuellement le 40e rang mondial en matière de recherche scientifique dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Deux nouvelles facultés spécialisées dans les études de l’intelligence artificielle ont été inaugurées à Kafr Al-Cheikh et à Ménoufiya. Celles-ci commenceront à accueillir les étudiants à partir de la nouvelle année universitaire en cours 2019-2020. De nouveaux départements spécialisés en intelligence artificielle ont également été ouverts au sein des facultés d’informatique et de technologies de l’information dans les différentes universités du pays.

De plus, il est prévu de créer une académie d’intelligence artificielle en coopération avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à la Nouvelle Capitale administrative. Elle développera les capacités humaines en améliorant l’efficacité de l’enseignement et stimulera l’innovation dans le domaine.

En outre, quelque 115 étudiants profiteront des bourses dans le domaine des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle avec un coût total de 300 millions de livres par an dans divers pays du monde, notamment aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, en Angleterre, au Japon, en France, en Russie et d’autres.

Multiples partenariats

Sur un autre plan, l’Egypte a multiplié ses contacts avec divers pays européens et asiatiques afin de renforcer son expertise dans l’intelligence artificielle et faire réussir son entrée dans ce domaine. Parmi ces pays figurent notamment la Russie, la Finlande, la Chine et l’Arabie saoudite.

Les échanges entre l’Egypte et la Chine dans ce domaine s’inscrivent dans le cadre d’un mémorandum d’accord signé en avril dernier entre les deux pays, à l’occasion de la participation du ministre des Télécommunications et de la Technologie de l’information au deuxième Forum de coopération internationale « La Ceinture et la Route » à Pékin. Les deux parties ont convenu d’un renforcement des capacités en matière de technologie de stockage et de transmissionde l’information. Des programmes éducatifs sont prévus pour les jeunes Egyptiens dans sept universités chinoises spécialisées proposant des cursus sur l’intelligence artificielle et les technologies de stockage. Avec la Finlande, l’Egypte s’est accordée à coopérer dans le domaine du développement et du renforcement des capacités humaines et celui des applications de l’intelligence artificielle. De nouveaux horizons de coopération entre les entreprises égyptiennes et finlandaises seront ouverts dans ce domaine. L’Egypte s’apprête également à coopérer avec la Russie dans le domaine de la sécurité des réseaux d’information et des technologies de l’information, ainsi que les villes intelligentes. Le ministre des Télécommunications s’est également accordé à lancer avec l’Arabie saoudite un certain nombre de projets dans le secteur de la transformation numérique, d’une valeur de 1 milliard de dollars. Pour Darwich, l’Egypte a réussi à franchir des pas importants et rapides dans le secteur de l’intelligence artificielle, que ce soit dans le domaine de l’enseignement, de la recherche scientifique ou même de l’échange d’expertises. « Mais ce travail ne peut être accompli qu’en présence d’une législation qui protège les données. Cette législation sera l’une des priorités du parlement au cours de sa prochaine session », affirme-t-il .

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