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Amr Hassan : La croissance démographique annihile les efforts de développement

May Atta, Mardi, 30 juillet 2019

L’Egypte a célébré, le 11 juillet, la Journée mondiale de la population. Amr Hassan, président du Conseil national de la population, revient sur la stratégie de l’Egypte 2015-2030 pour réduire le taux de natalité.

Amr Hassan

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous la situation démographique en Egypte et quelles sont vos prévisions ?

Amr Hassan : L’Egypte déploie des efforts considérables en matière de planning familial. Il faut cependant avouer que le taux de croissance démographique en Egypte reste le plus élevé du Moyen-Orient. Selon un rapport du centre d’information du Conseil des ministres, publié cette semaine, l’Egypte comptera 153 millions d’habitants en 2052 contre 99 millions actuellement. Avec les efforts déployés par l’Egypte pour réduire le taux de croissance démographique, celui-ci devrait atteindre 0,85 % entre 2047 et 2052 contre 1,99 % actuellement. Conscient de l’ampleur du défi, le gouvernement multiplie les efforts pour freiner le taux de croissance démographique qui dévore les acquis du développement. C’est dans ce contexte que, parallèlement à la stratégie 2015-2030 pour réduire le taux de natalité, le gouvernement envisage de lancer la stratégie du développement urbain « Egypte 2052 », qui prévoit notamment l’établissement de nouvelles agglomérations urbaines pour absorber la croissance démographique.

— Comment expliquer, selon vous, ce taux de croissance élevé ?

— Il existe plusieurs facteurs qui favorisent ce phénomène, dont l’analphabétisme qui est l’une des principales causes de la croissance démographique. C’est pourquoi l’un des axes de notre stratégie est de diminuer le taux d’analphabétisme, surtout en Haute-Egypte où le nombre de naissances représente 40 % de l’ensemble des naissances en Egypte. C’est un exemple sur le lien qui existe entre l’élévation du taux d’analphabétisme, la pauvreté et la hausse des taux de natalité.

— Pourquoi l’explosion démographique est-elle perçue, en Egypte, comme une menace à la sécurité ?

— Parce qu’en Egypte, le fossé entre le taux de croissance démographique et les ressources du pays est difficile à combler. Un quart de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et les terres agricoles sont insuffisantes par rapport au nombre de citoyens. Dans les années 1950, la superficie agricole par habitant était d’un demi-feddan, c’est-à-dire 2 100 m2. En 2014, cette superficie est passée à 77 m2 et sera de 50 m2 en 2030 à cause de la croissance rapide de la population. Une situation qui menace certes la sécurité alimentaire en Egypte, surtout que l’Egypte souffre déjà d’une pénurie d’eau. Nous savons que la hausse du taux de croissance démographique dévore les acquis du développement et crée une multitude de problèmes urbains, sanitaires et éducatifs.

La croissance démographique annihile les efforts de développement

— Face à de tels défis, que prévoit la stratégie nationale de la population 2015-2030 et quels sont ses principaux axes ?

— Il s’agit d’une stratégie intégrale qui repose sur plusieurs axes, dont la sensibilisation, la lutte contre l’analphabétisme, l’autonomisation des femmes ainsi que la mise à disposition des moyens financiers et médicaux. L’enjeu des campagnes de sensibilisation lancées dans le cadre de cette stratégie est d’expliquer aux citoyens les bienfaits d’avoir une petite famille et de leur faire connaître les moyens de contraception, la façon de les utiliser et les lieux où les femmes peuvent les obtenir. Et là, il est important de souligner que les grossesses précoces et très peu espacées entraînent une augmentation importante de la mortalité maternelle. D’ailleurs, le conseil va élaborer des manuels scolaires et universitaires énumérant les avantages d’une petite famille sur le plan de la santé, de l’éducation et de l’économie. Vu que la religion joue un rôle important dans les villages et dans les zones rurales, le gouvernement a donné l’ordre aux imams des mosquées de parler positivement du programme de sensibilisation. Sur un autre volet, la stratégie vise à promouvoir l’usage des contraceptifs qui sont fournis gratuitement aux hôpitaux et aux centres médicaux publics. Notre but c’est que l’usage des contraceptions atteint 64 % en 2021. En parallèle, nous allons augmenter le nombre de médecins femmes pour pouvoir communiquer facilement avec les femmes et nous allons envoyer des convois médicaux dans les zones éloignées.

— Quel rapport y a-t-il, selon vous, entre l’autonomisation de la femme et la baisse de la croissance démographique ?

— L’inclusion de la femme sur le marché du travail contribue à la diminution du taux de croissance démographique. Jusqu’à présent le taux de participation des femmes de 15 ans et plus au marché du travail est de 7 millions, contre 22,5 millions pour les hommes du même âge.

— Pourquoi ne pas limiter le nombre de naissances comme en Chine ?

— L’expérience de la Chine a prouvé que cette stratégie n’est pas bonne. Elle a eu des conséquences négatives, notamment une baisse de la fertilité. Le résultat est que le pourcentage des personnes âgées au sein de la société a dépassé celui des jeunes. Je trouve qu’il serait plus efficace d’offrir des primes pour encourager les gens à avoir de petites familles. C’est ce que nous faisons dans le cadre du programme Takafol wa Karama (solidarité et dignité) en vigueur depuis 2015. Il donne des pensions mensuelles à 1,3 million de mères de familles de moins de 35 ans qui ont 2 à 3 enfants, mais à condition que leurs enfants soient scolarisés.

— La société civile a-t-elle un rôle dans la stratégie 2015-2030 ?

— Les ONG sont des acteurs-clés qui sont appelées à assumer plusieurs rôles comme l’information et la sensibilisation des femmes, notamment dans les zones rurales, aux types de contraceptions, et les lieux où les femmes peuvent les trouver. Le Conseil national de la population envisage d’organiser des stages de formation pour les féministes des ONG afin qu’elles participent à la stratégie en question.

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