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Diplomatie : L’Egypte regarde vers l’Europe de l’Est

May Atta, Mardi, 04 décembre 2018

Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, s’est rendu cette semaine en Serbie, après une visite préalable en Bulgarie. Des déplacements qui reflètent la volonté de l'Egypte de renouer des relations solides avec l’Europe de l’Est. Analyse.

Diplomatie : L’Egypte regarde vers l’Europe de l’Est
La visite de Choukri en Serbie a eu lieu à l’occasion de la célébration du 110e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Egypte et la Serbie.

La diplomatie égyptienne s’intensifie en Europe de l’Est dans le but d’ou­vrir de nouveaux horizons de coopé­ration. Après une visite en Bulgarie le 21 novembre, le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a effectué une visite de trois jours en Serbie, du 27 au 29 novembre. Il s’est entretenu avec les respon­sables des deux pays sur les moyens de stimu­ler les relations bilatérales dans tous les domaines. Les discussions ont aussi traité de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, de la criminalité transnationale et de la migration clandestine.

La visite de Choukri en Serbie a eu lieu à l’occasion de la célébration du 110e anniver­saire de l’établissement des relations diplo­matiques entre l’Egypte et la Serbie. Il a été décidé de renforcer la coopération bilatérale, notamment dans le domaine du tourisme et de l’agriculture, et d’élever le niveau de repré­sentation du comité mixte supérieur, créé dans les années 1960. En vue d’intensifier la coopération économique bilatérale, Choukri a tenu à rencontrer des représentants de grandes entreprises et des hommes d’affaires serbes et les a invités à investir en Egypte. Il a souligné que les opportunités d’investissements en Egypte étaient prometteuses, notamment dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, du développement des réseaux routiers et de la construction de nouvelles villes.

Pour ce qui est de la visite en Bulgarie, elle s’est soldée par la signature d’un accord rela­tif à la création d’un comité mixte pour la coopération, et ce, dans le but de renforcer les relations bilatérales. « Ce comité contribuera à coordonner les efforts en vue de faire face aux défis accrus et au terrorisme qui s’étend du Proche-Orient à l’Europe via la Méditerranée, en sus de la question de la migration clandestine », a déclaré Choukri.

Les enjeux de l’Egypte

La visite de Choukri en Serbie et en Bulgarie met en évidence la volonté égyptienne de renforcer ses relations avec l’Europe de l’Est. Une volonté motivée par plusieurs facteurs, comme l’expliquent les observateurs, dont l’essor économique et politique qu’ont connu ces deux pays au cours des dernières années. A noter que la Bulgarie a présidé l’Union Européenne (UE) pendant le premier semestre de l’année 2018.

Pour rappel, la relation entre l’Egypte et les pays de l’Europe de l’Est était forte dans les années 1960, quand l’Egypte et l’ex-Yougos­lavie étaient parmi les principaux fondateurs du Mouvement des pays non-alignés, parta­geant de nombreux intérêts. Dans les années 1970, l’ancien président, Anouar Al-Sadate, avait rompu les relations avec les pays d’Eu­rope de l’Est et la Russie. Après l’effondre­ment des régimes communistes à la fin des années 1980, 10 pays d’Europe de l’Est ont adhéré à l’Union européenne en 2004, suivis par trois autres en 2007. Ces pays se sont rapidement développés durant les dix der­nières années dans les domaines de l’industrie et de l’agriculture.

Un succès qui a encouragé l’Egypte, qui cherche depuis 2014 à diversifier ses relations diplomatiques, à renouer avec l’Europe de l’Est. Le politologue Tareq Fahmi, professeur à la faculté des sciences politiques et écono­miques de l’Université du Caire, explique que la diplomatie égyptienne est devenue plus active durant les dernières années. « Le fait de renforcer les relations avec l’Europe de l’Est contribue à augmenter le nombre de pays soutenant les positions égyptiennes dans l’As­semblée générale des Nations-Unies et au sein de l’Union européenne. D’autant plus que la lutte contre la migration clandestine et le terrorisme exige un renforcement des rela­tions avec ces pays », estime Fahmi.

Concernant le volet économique, Fahmi note que les secteurs-clés des pays de l’Eu­rope de l’Est sont les services, l’industrie et l’agriculture. Les nouvelles technologies, la recherche et le développement se développent de plus en plus grâce à une main-d’oeuvre très qualifiée et relativement bon marché. Des facteurs qui ouvrent, selon lui, de nouvelles perspectives de coopération entre l’Egypte et ces pays. « La Serbie est riche en gisements de métaux— plomb, cuivre, zinc et bau­xite — , ce qui favorise les opportunités de coopération avec l’Egypte, qui, par ailleurs, peut profiter de l’expérience de la Serbie dans les domaines de l’industrie, du transport et de l’agriculture. En revanche, les pays de l’Europe de l’Est ont besoin des fruits cultivés en Egypte, comme les oranges, les mangues et d’autres. Des intérêts mutuels donc, qui contribuent à établir un partenariat solide entre l’Egypte et ces pays », précise Fahmi.

L’ancien diplomate Hussein Haridi insiste lui aussi sur l’importance de la coopération entre l’Egypte et l’Europe de l’Est. Or, il juge impératif, pour pouvoir attirer des investisse­ments, de définir une stratégie claire sur les objectifs de l’Egypte avec les pays de l’Eu­rope de l’Est. « Le gouvernement doit oeuvrer à créer un environnement favorable à l’inves­tissement et éliminer la bureaucratie pour pouvoir maximiser les bénéfices de la coopé­ration avec les pays de l’Europe de l’Est et ouvrir de nouveaux horizons de coopération dans divers domaines », souligne-t-il.

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