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Egypte-Russie : Renforcer la coopération

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 16 octobre 2018

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a entamé le 15 octobre une visite officielle en Russie. Des dossiers bilatéraux et régionaux seront au centre de ses discussions avec son homologue russe, Vladimir Poutine.

Egypte-Russie : Renforcer la coopération
Le président Sissi avec son homologue Poutine, lors d'une rencontre au Caire en décembre 2017. (Photo : Reuters)

C’est dans le cadre du partenariat stratégique entre l’Egypte et la Russie que le président Abdel-Fattah Al-Sissi s’est rendu le 15 octobre pour une visite de trois jours en Russie. Le président doit rencontrer son homologue russe, Vladimir Poutine, ce mercredi 17 octobre à Sotchi.

Il s’agit de la 9e rencontre entre les deux leaders depuis 2014. Le président Sissi devrait discuter avec son homologue russe de plusieurs dossiers, dont la coopération militaire, économique et commerciale, la lutte antiterroriste ainsi que la promotion du tourisme, le projet d’Al-Dabaa, et des questions régionales d’intérêt commun. Au menu de cette visite, une rencontre avec de hauts responsables russes « pour discuter du renforcement des relations économiques et commerciales entre les deux pays, et une visite au Conseil de la fédération de Russie, la chambre haute du parlement russe », selon Bassem Radi, porte-parole de la présidence.

Le volet économique occupe aussi une bonne partie, le président Sissi s’est entretenu avec des hommes d’affaires et des chefs d’entreprises russes pour discuter des avancées réalisées dans l’exécution des projets bilatéraux dont celui de la création d’une zone industrielle russe, dans le cadre du projet de développement de la zone du Canal de Suez.

En effet, avant l’arrivée du président, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé samedi 13 octobre, dans des déclarations au quotidien Al-Ahram, qu’en plus de la zone industrielle actuellement en phase de réalisation, la Russie compte construire aussi une centrale nucléaire à Al-Dabaa. Il a de même loué, à l’occasion, le travail accompli par les commissions intergouvernementales du commerce, de l’économie et de la coopération en matière de défense. Selon un rapport préparé par l’ambassade d’Egypte à Moscou, le volume des échanges commerciaux entre l’Egypte et la Russie a augmenté atteignant environ 6,722 milliards de dollars en 2017 contre 4,6 milliards de dollars en 2014.

Coopération militaire, lutte antiterroriste, tourisme et nucléaire

Le dossier de la coopération militaire est l’un des plus importants au menu de cette visite, comme l’affirme l’expert militaire Nasr Salem : « Le soutien de la Russie à l’Egypte dans sa lutte contre le terrorisme s’est fait concrètement : vente d’armes et exercices militaires conjoints. D’ailleurs, la Russie dispose d’une volonté sincère de vaincre le terrorisme et c’est pourquoi son intervention en Syrie a eu un impact important dans la défaite de Daech ».

Ce qui laisse prévoir, selon Salem, que de nouveaux contrats d’achat d’hélicoptères K-52 peuvent être conclus. La Russie avait déjà livré à l’Egypte des systèmes de défense aérienne Antey 2500 (S300VM), la vedette lance-missiles Molinia 32 et Molinia B32, dans le cadre des protocoles de coopération militaire conclus entre les deux pays. Une coopération militaire qui ne se limite pas aux achats d’armes, mais inclut aussi des exercices militaires conjoints visant à échanger les expertises entre les deux pays. Le politologue Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, confirme que les deux pays coopèrent à haut niveau en matière de la lutte contre le terrorisme et échangent des informations d’ordre sécuritaire en vue d’éviter la propagation des groupes terroristes.

Outre ces questions cruciales pour les deux pays, l’Egypte accorde un intérêt particulier à la question de la reprise des vols entre la Russie et toute l’Egypte. En effet, les vols ont repris uniquement vers Le Caire en avril dernier. Tous les vols avaient été suspendus en octobre 2015, suite au crash de l’avion russe à Charm Al-Cheikh, et qui avait fait 224 morts. « C’est un dossier primordial pour Le Caire d’autant plus que le tourisme russe représente 30 % du mouvement touristique en Egypte », indique Mourad. « J’imagine que ce dossier va avancer, même si la reprise des vols n’est pas imminente. La Russie a loué les grands efforts déployés par l’Egypte en matière de la sécurisation des aéroports. Ce qui laisse de grandes chances à un probable retour complet des vols, surtout que l’Egypte a pris toutes les mesures de la sécurisation des aéroports », dit-il.

Autre dossier important, le suivi de l’exécution du projet nucléaire d’Al-Dabaa. Le contrat final a été signé en décembre 2017 lors de la visite du président Poutine en Egypte. Ce projet porte sur la création de 4 réacteurs de 1 200 mégawatts chacun. La construction devrait être terminée en 2022, et le premier réacteur nucléaire devrait entrer en production vers 2024. L’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) se chargera de la construction de la centrale, la livraison du combustible nucléaire, la formation des travailleurs ainsi que la maintenance et la réparation des unités de production.

La Russie s’engage à fournir 80 % des composants nécessaires et du combustible nucléaire nécessaire au fonctionnement de la centrale pendant 60 ans, selon les prix fixés dans les accords. « Si pour les Egyptiens, ce projet représente un rêve tant espéré, pour les Russes, c’est aussi un fruit de leur rapprochement avec l’Egypte. Il s’agit d’un moyen d’exporter leur technologie nucléaire aux autres pays, et par conséquent, de la commercialiser dans les pays africains ou du Moyen-Orient, espace dans lequel Moscou tente de s’étendre », juge Mourad.

Actualité oblige, au-delà des relations bilatérales, les présidents Sissi et Poutine devront échanger les points de vue sur un nombre de dossiers régionaux dont celui de la Syrie, de la Libye, de la cause palestinienne et de la guerre au Yémen. « Les deux pays partagent les mêmes points de vue portant sur la nécessité de parvenir à des solutions politiques aux crises régionales », indique Mourad. Concernant la situation en Palestine, la Russie aussi bien que l’Egypte dénoncent les violences quotidiennes auxquelles sont exposés les Palestiniens, depuis la reconnaissance du président américain, Donald Trump, de Jérusalem comme capitale d’Israël, qui, selon Poutine, a contribué à la montée de violence et la déstabilisation du pays.

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