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Lutte de clans au néo-Wafd

May Atta, Mardi, 18 septembre 2018

Le parti du néo-Wafd est secoué par une série de divisions internes. Un phénomène très symptomatique de la scène partisane égyptienne. Explications.

Une nouvelle crise a éclaté au sein du parti libéral du néo-Wafd. Le président du parti, Bahaa Abou-Choqqa, élu en mars dernier, a limogé le député Mohamad Fouad, membre du parti. En réaction, 6 autres membres ont présenté leur démission, dont le député Ahmad Al-Séguini, président de la commission des municipalités au parlement. Ce dernier a publié un communiqué dans lequel il explique qu’il « n’arrive plus à travailler dans l’ambiance négative qui règne au sein du parti ».

La crise a commencé lorsque Mohamad Fouad a écrit un article de presse le 6 septembre demandant à Abou-Choqqa de répondre à ses appels téléphoniques. Un article que le président du parti a jugé « offensant » et surtout contradictoire aux principes du parti dont les différends « doivent être gérés loin des médias ». Fouad indique, lui, qu’au centre de son bras de fer avec le président du parti se trouve un projet de loi sur le statut personnel qu’il avait élaboré et présenté au parlement après sa discussion par les membres du parti. « Abou-Choqqa a rejeté ce projet de loi sans raison et a refusé de discuter de l’affaire avec moi. Raison pour laquelle j’ai écrit cet éditorial. Or, j’ai appris ensuite que j’étais renvoyé du parti sans même une enquête », s’insurge Fouad. Il avoue que son éditorial a été la goutte qui a fait déborder le vase.

Ces développements révèlent la lutte entre le front d’Abou-Choqqa et celui de Hossam Al-Khouli, qui était candidat à la présidence du parti aux élections de mars dernier, remportés par Abou-Choqqa. Même si Al-Khouli a démissionné plus tard du parti pour rejoindre le parti Mostaqbal Watan, il semblerait que ses partisans, Mohamad Fouad, Al-Séguini et d’autres, qui voyaient en lui un réformateur, peinent à travailler avec Abou-Choqqa. Ils contestent une marginalisation préméditée. « J’ai quitté le parti pour rejoindre Mostaqbal Watan où j’ai trouvé une ambiance plus favorable au travail partisan. Si le néo-Wafd reste plongé dans des conflits internes, il perdra plus de terrain », redoute Al-Khouli. En revanche, Tareq Al-Tohami, membre du bureau directeur du néo-Wafd, nie la présence de conflits au sein du parti. « La dérive d’un membre ou la démission de 5 autres ne peuvent être interprétées comme une division interne. Il s’agit de cas individuels qui ne nuisent ni à l’histoire du plus ancien parti égyptien ni à son avenir. Le nouveau président du parti, élu il y a quelques mois, s’est engagé à le remettre sur les rails ».

Conflits persistants

Au cours des dernières années, le néo-Wafd a été secoué par les divisions internes. Un conflit avait d’abord éclaté entre l’ancien président du parti, Noamane Gomaa, et son successeur, Mahmoud Abaza. Des conflits idéologiques ont également surgi sous la présidence de Sayed Al-Badawi. Célèbre homme d’affaires, Al-Badawi a dirigé le parti de 2010 à 2018. Ses opposants au sein du parti lui reprochaient de faire dévier le parti de sa ligne politique en acceptant l’adhésion d’anciens membres du Parti national démocrate de Moubarak, dissous à l’issue de la révolution de 2011. L’élection d’Abou-Choqqa laissait à espérer un retour à l’unité du parti, surtout qu’il a promis de donner plus de poids aux jeunes et de réunifier les rangs des Wafdistes. Des promesses qui peinent à se concrétiser. Akram Al-Alfi, politologue, estime que ce qui se passe au néo-Wafd est symptomatique des maux dont souffrent la plupart des partis. « La concentration du pouvoir dans les mains du président du parti favorise les conflits internes et empêche toute réforme », décrypte Al-Alfi. Il explique que le règlement interne du néo-Wafd donne au président du parti de larges pouvoirs. « Une situation qui réduit le parti à son président et qui favorise la création autour de lui de groupes d’intérêt. Et c’est la cause principale des conflits », pense le politologue. L’absence d’un véritable programme politique pour chaque parti est aussi un facteur qui favorise les dissensions. C’est ce qu’estime Hassan Salama, professeur à la faculté des sciences politiques de l’Université du Caire. « Les partis sont devenus un moyen de se rapprocher du pouvoir. Les partis devraient consacrer leurs efforts à la création de véritables bases populaires », pense Salama.

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