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Le FNS solidaire contre Morsi et les Frères

Mohamed Abdel-Hady, Lundi, 10 juin 2013

Suite aux critiques provoquées par la rencontre entre Amr Moussa et Khaïrat Al-Chater, le Front National du Salut (FNS) affiche son unité. La principale coalition de l'opposition resserre les rangs avant les manifestations prévues pour fin juin.

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Dans une déclaration télévisée, Amr Moussa a appelé à une présidentielle anticipée.

La réunion entre Khaïrat Al-Chater, adjoint du guide suprême des Frères musul­mans, et Amr Moussa, l’un des chefs de file du Front National du Salut (FNS), est perçue comme un piège tendu à ce dernier pour faire imploser le FNS qui réunit une ving­taine de partis de l’opposition laïque.

Alors que le FNS soutient l’initia­tive du mouvement Tamarrod, qui se mobilise pour rassembler des signa­tures en vue de retirer la confiance au président Morsi, l’implication de Moussa dans un dialogue avec un cadre supérieur des Frères a été criti­quée par plusieurs dirigeants de l’op­position, y compris ceux du FNS.

Pour le FNS, cette rencontre est une initiative personnelle de Moussa qui ne reflète pas la position politique commune des partis du Front. Elle est surtout perçue comme une tentative des Frères, qui se sentent en danger à la veille des manifestations prévues le 30 juin, de semer la discorde dans les rangs de l’opposition.

Toutefois, à l’issue d’une réunion samedi 8 juin, le FNS a décidé d’évi­ter le risque de voir son groupe s’effri­ter. Il a émis trois conditions contrai­gnantes à l’intention de ses membres. Ceux-ci sont appelés à rejeter toute invitation au dialogue avec la prési­dence ou les Frères musulmans d’ici le 30 juin, à unifier leur discours et à afficher un soutien indéfectible à l’initiative Tamarrod et sa première revendication : la tenue d’une élection présidentielle anticipée. Enfin, les membres doivent aviser préalable­ment les cadres du FNS quant à toute invitation au dialogue émise par des salafistes ou des Frères musulmans.

Moussa reste soutenu

Quant à l’avenir de Amr Moussa, les chefs de file du Front ont exclu sa radiation du FNS se contentant de lui adresser de simples reproches, à cause de cette rencontre qui risque de « dis­créditer l’opposition aux yeux des jeunes révolutionnaires ».

Candidat malchanceux à la prési­dentielle de 2012, et actuellement président du parti du Congrès, Amr Moussa avait rencontré le numéro 2 des Frères au domicile du chef du parti Ghad Al-Thawra, Ayman Nour, qui a lui-même pris l’initiative d’or­ganiser cette rencontre.

Soucieux de défendre son image de figure de l’opposition, Moussa est monté au créneau pour expliquer qu’il ne voyait pas d’inconvénient à tenir de telles rencontres comme il y en a eu précédemment entre des cadres de la confrérie et des figures du FNS. Selon lui, il s’agissait de « connaître les positions de ceux qui détiennent le pouvoir et d’essayer de les convaincre » que la situation est déli­cate.

Dans un communiqué, son bureau a affirmé que, durant cette rencontre, Amr Moussa a souligné notamment que « la légitimité du président éma­nait de ses actes et de la satisfaction de la population », et a confirmé sans équivoque son « soutien au mouvement Tamarrod et à sa demande d’élection présidentielle anticipée ».

Pour l’analyste politique et membre du FNS, Abdallah El-Senawi, le moment est inopportun pour se livrer à des querelles intestines entre les partis de l’opposition. « Moussa a commis une erreur et il a reconnu avoir été victime d’une supercherie. Je pense que les excuses en demi-teinte et les justifications qu’il a pré­sentées permettront de clore cette question ».

Consensus et intérêt national

Pour sa part, l’initiateur de la ren­contre controversée, Ayman Nour, a avancé, dans une intervention par téléphone sur la chaîne privée ONTV, qu’il continuerait à « chercher un consensus national et l’échange de points de vue ».

Côté Frères musulmans, leur porte-parole Yasser Mehrez a estimé que cette rencontre est un bon début « pour faire fondre la glace » avec l’opposition, insistant sur le fait que « les intérêts suprêmes du pays » doi­vent être au-dessus des différends politiques.

Même point de vue de Tareq Al-Morsi, porte-parole du Parti Liberté et Justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans : « La phase actuelle exige que toutes les forces nationales agissent — à titre indivi­duel ou collectif — pour trouver des solutions aux dangers qui guettent l’Egypte. Notre référence religieuse en tant que membres du PLJ ou des Frères musulmans nous incite à privi­légier le dialogue et la concertation ».

Les révolutionnaires inébranlables

Réagissant à la rencontre, Mahmoud Badr, porte-parole du mouvement Tamarrod, a affirmé que le mouve­ment s’oppose à tout dialogue avec le pouvoir en place ou avec des respon­sables de la confrérie. « Si ce n’est pas pour fixer une date pour une pré­sidentielle anticipée, tout dialogue serait absurde, inutile et sans valeur. Cette crise sera surmontée et n’aura pas raison de l’unité de l’opposition. J’appelle tout le monde à se focaliser sur le 30 juin et à ne pas se préoccu­per de ces futilités ».

Même s’ils ne misent pas trop sur les caciques de l’opposition, les acti­vistes des jeunes mouvements de contestation disent avoir besoin de leur soutien. « Il est extrêmement important que le FNS reste unifié jusqu’au 30 juin. Il réunit 90 % de l’opposition. Toute divergence en son sein affecte le citoyen et peut l’ame­ner à perdre confiance et à manquer à l’appel. Même si la jeunesse repré­sente le fer de lance du 30 juin, les activistes ont besoin de voir à leurs côtés des symboles de la classe poli­tique. Cela les rassure », affirme Amr Ali, du mouvement du 6 Avril .

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