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Sameh Seif Al-Yazal : « Morsi doit oublier ses calculs politiques étroits »

Osman Fekri, Mardi, 21 mai 2013

Ex-général de l’armée et directeur du Centre Al-Gomhouriya pour les études politiques et sécuritaires, Sameh Seif Al-Yazal estime qu’il revient au président de prendre une décision rapide. Pour lui, il ne faut pas céder aux demandes des terroristes qui ont enlevé les policiers.

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Al-Ahram Hebdo : Quelle a été votre impression en regardant la vidéo où appa­raissent les soldats kidnappés dans le Sinaï ? Est-elle authentique ?

Sameh Seif Al-Yazal : Je pense que la vidéo est authentique, les soldats sont identifiables. Je n’ai jamais rien vu de pire de toute ma vie, c’est une scène aussi horrifiante qu’humiliante qui m’a attristé comme elle a attristé tous les Egyptiens qui l’ont vue.

En tant qu’ancien militaire, je n’aurais jamais souhaité assister à une situation pareille, où des Egyptiens kidnappent leurs compatriotes pour demander la libération de criminels et de trafi­quants. L’institution de la présidence est res­ponsable de cette crise, à cause des conces­sions qu’elle a offertes dans le passé lors d’af­faires similaires. Quand des touristes améri­cains et des soldats internationaux avaient été kidnappés, le président Morsi a décidé, en contrepartie de leur libération, de gracier des proches des kidnappeurs qui étaient inculpés dans des affaires criminelles. Cette atti­tude a encouragé les proches des détenus à reproduire ce genre de chantage.

Cette fois aussi, dans un pre­mier temps, la présidence a déclaré dans un communiqué qu’elle voulait préserver la vie « des soldats kidnappés et des kidnappeurs », ce qui a amené ces derniers à élever le plafond de leurs demandes en récla­mant la libération de terro­ristes. Ils ont aussi demandé la libération de plusieurs per­sonnes inculpées dans des affaires criminelles, dont le trafic de drogues.

— Les informations sur les négociations avec les kidnappeurs sont contradictoires. Elles seraient initiées selon certaines sources par des membres du parti des Frères musulmans, Liberté et jus­tice, et, selon d’autres, par des responsables des ser­vices de sécurité …

— Depuis le début, je réa­lise la futilité de négocier avec les kidnappeurs, parce que cela bafoue le respect de l’Etat et de l’institution militaire. Je peux aussi vous dire que les informations officielles émises par la présidence sur l’absence de négociations sont fausses. Les négociations se déroulent depuis le 9 mai et, selon un premier accord, les soldats devaient être libérés le 11, un engagement que les kidnappeurs n’ont pas respecté.

Ils ont décidé de diffuser cette vidéo et de pousser leurs demandes encore plus loin. La présidence de la République devra choisir entre deux solutions : gracier les détenus dont la libération est revendiquée par les kidnap­peurs et assumer les conséquences d’une telle décision, ou alors donner l’ordre à l’armée d’intervenir pour libérer les otages. L’armée a les mains liées, elle attend une décision politique.

Le président Morsi doit oublier ses calculs politiques étroits. Ses récentes réunions avec des partis islamistes trahissent sa peur d’assu­mer la responsabilité tout seul. C’est curieux que la seule fois où il insiste sur le fait d'écou­ter les autres partis c’est au moment où tout le monde l’appelle à prendre une décision.

— Ce dernier incident, qui vient s’ajou­ter à l’instabilité politique et à la dégrada­tion économique, peut-il amener l’armée à prendre la décision de descendre dans la rue ?

— J’étais récemment aux Etats-Unis et cette question m’a été posée plus d’une fois. J’ai pressenti une inquiétude chez les Américains vis-à-vis de la situation actuelle en Egypte. Ils réalisent que l’intervention de l’armée dans le processus politique est une pilule amère, mais que les Egyptiens devront avaler en dernier recours pour empêcher leur pays de s’effondrer.

A ma connaissance, l’armée égyptienne ne veut pas s’enliser à nouveau dans le bourbier politique, mais elle n’hésitera pas à le faire si c’est la seule solution pour sauver le pays. A la limite, si les Egyptiens se révoltent contre le régime en place, l’armée pourra éventuelle­ment descendre dans la rue pour protéger l’Etat, non pour gouverner .

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