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Nouvelle capitale : Une vision qui prend forme

May Al-Maghrabi, Mardi, 17 octobre 2017

Lors d'une cérémonie qui a eu lieu le 11 octobre, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a officiellement donné le coup d'envoi de la première phase de réalisation de la nouvelle capitale administrative. Située à une cinquantaine de km du Caire, les premiers habitants devraient s'y installer à la mi-2018.

Nouvelle capitale : Une vision qui prend forme
Les projets de développement durable sont une nécessité pour l'Egypte, a déclaré le président.

Le président Abdel- Fattah Al-Sissi a assisté, mercredi 11 octobre, à une cérémonie marquant le lancement officiel du projet relatif à la nouvelle capitale administrative. Située à 48 km à l’est du Caire et construite sur un périmètre de 700 km2, soit 175 000 feddans (12 fois plus grande que Manhattan, trois fois plus grande que Washington), la nouvelle cité comptera des quartiers gouvernementaux et diplomatiques, des palais parlementaire et présidentiel, ainsi que 21 quartiers résidentiels. Elle sera aussi dotée d’un aéroport international — construit par les forces armées —, du plus grand parc du monde et de gratte-ciel, dont un de 345 mètres, le plus grand en Afrique. Un chemin de fer, long de 68 km, desservira la future capitale administrative en la reliant à la ville d’Al-Salam, dans la banlieue du Caire. Une fois terminé, il devrait permettre à l’Etat d’économiser 2,3 milliards de L.E. en subvention aux carburants, en réduisant de 30 % le trafic des véhicules sur l’axe reliant la capitale au Canal de Suez et à la ville portuaire d’Ismaïliya, au nord-est du Caire. Au mois d’août dernier, l’Egypte a conclu un accord avec la Chine relatif au projet d’un train, qui pourra transporter quelque 340 000 passagers par jour. Le projet, dont le coût est de 255 millions de dollars, sera financé par un prêt chinois remboursable sur une période de 20 ans. Annoncé en mars 2015, ce plan ambitieux poursuit deux objectifs : créer de nouvelles agglomérations urbaines pour faire face à la croissance démographique rapide et désengorger la capitale, qui compte 9,5 millions d’habitants et 33 000 bâtiments gouvernementaux, selon les chiffres de l’Organisme central pour la mobilisation et le recensement. Le gouvernement indique que cela permettra de reloger au moins 7 millions d’habitants du Caire dans une première phase. Les fonctionnaires représenteront une grande partie des résidents de la nouvelle capitale. Le gouvernement y a d’ailleurs déjà commencé la construction de 25 000 unités d’habitation, qui devront accueillir les premiers arrivants à la mi-2018, alors que l’Université canadienne installée dans la cité devra ouvrir ses portes aux étudiants en septembre 2018. Quant à l’ensemble du projet, il devrait être achevé en 2020.

Une ville tournée vers l’avenir

Lors de la cérémonie du 11 octobre, le président Sissi a estimé que la nouvelle capitale administrative n’est qu’une simple nouvelle ville, mais s’inscrit dans le cadre « d’un plan gouvernemental visant à ajuster la construction de nouvelles villes aux normes mondiales en ce qui concerne leur emplacement, leur planification et leurs services ». Des critères auxquels répond la nouvelle capitale avec ses nombreux gratte-ciels, ses zones vertes et sa circulation automobile limitée. Elle sera surtout une ville respectueuse de l’environnement, avec des bâtiments produisant une partie de leur consommation électrique et de nombreux espaces verts. Le président a par ailleurs précisé que l’irrigation des vastes superficies vertes se fera grâce à l’eau de drainage sanitaire recyclée pour ne pas gaspiller les ressources hydriques. « C’est une ville tournée vers l’avenir et résolument moderne. Il s’agit d’une nouvelle génération de villes. Elle offrira de meilleures et différentes conditions de vie aux Egyptiens et ils les méritent », a souligné le président. La qualité de vie accrue que doit offrir la nouvelle capitale ne viendra pas uniquement, selon le président, des constructions modernes, mais surtout d’une vraie évolution au niveau de la pensée. « Le but de la nouvelle ville n’est pas de faire déménager les fonctionnaires. C’est plutôt de leur offrir les moyens et l’ambiance nécessaires à la réforme et à la modernisation de l’organisme administratif à tous les niveaux », a-t-il indiqué, faisant savoir que les nouvelles administrations gouvernementales seront dotées de toutes les technologies nécessaires à cette réforme. En réplique aux critiques dont certaines dénoncent les coûts « exorbitants » de la construction — estimés à environ 45 milliards de dollars —, le président Sissi a souligné que le projet n’affecte pas le budget destiné aux autres services et projets nationaux. Par ailleurs, c’est la Chine qui financera la construction de la deuxième phase de la nouvelle capitale, à hauteur de 20 milliards de dollars. Un accord a été signé en octobre 2016 avec un groupe chinois spécialisé dans l’investissement et la gestion des zones industrielles.

Ce groupe développera et gérera 5 700 hectares de la nouvelle capitale administrative. « Les grands projets de développement constituent des priorités qui doivent s’accomplir en parallèle. Le pays est dans un élan de construction d’un Etat moderne qui se respecte et se fait respecter par le monde entier. On est au début du chemin, on ne peut rien reporter », a insisté le président. Sur un autre plan, Sissi a déclaré qu’étant donné le taux accru de la croissance démographique, la construction de nouvelles villes ne constituait plus un luxe. « Les projets de développement durable sont une nécessité. La population de l’Egypte a dépassé les 100 millions d’individus. Si l’Etat arrête de travailler sur les infrastructures et le logement, on sera face à un développement sauvage, qui portera préjudice aux infrastructures existantes », a expliqué le président. A cet égard, le ministre du Logement, Moustapha Madbouli, a indiqué qu’il était nécessaire de transférer les institutions et les ministères hors de la capitale, devenue asphyxiée. « L’idée de construire une nouvelle capitale vient du fait que nous sommes conscients du fait que la population du Caire pourra atteindre 40 millions en 2050 », a dit Madbouli lors de la cérémonie. Il a ajouté que les niveaux des unités de logement seront variables, afin de permettre à tous les Egyptiens d’y habiter. Pour sa part, Ahmad Zaki Abdine, président du Conseil d’administration de la capitale administrative, a dit que des négociations étaient en cours avec des banques pour offrir aux acheteurs des nouvelles unités des modalités de paiement avantageuses allant jusqu’à 30 ans.

Un rêve qui se concrétise

L’idée de vider la capitale actuelle des administrations publiques remonte au début des années 1970, sous le président Gamal Abdel- Nasser. A cette époque, l’Etat avait créé le quartier de Madinet Nasr pour y transférer les services gouvernementaux. Or, à la mort de Nasser, l’Etat a vendu les terrains en question, des entrepreneurs ont construit des logements et le quartier s’est transformé en banlieue. En 1979, sous Sadate, l’idée a été relancée et la ville de Sadate, sur l’autoroute Le Caire-Alexandrie, a vu le jour pour que les services gouvernementaux y soient transférés. Mais à la mort de Sadate au début des années 1980, le projet a de nouveau été oublié. L’idée a ensuite été relancée durant les années Moubarak, sans que rien ne soit fait au niveau des études et de la planification. C’est finalement le président Sissi qui a relevé le défi de réaliser ce projet ambitieux. Moataz Mahmoud, président de la commission du logement au parlement, se félicite d’une réalisation accomplie en un temps record. « Le projet de la nouvelle capitale, qui n’avait jamais été mis en oeuvre, avance aujourd’hui d’un bon pas. 30 % des travaux du quartier gouvernemental ont été achevés, les forces armées ont terminé la construction de l’aéroport et les travaux sont en cours pour achever la première phase de construction des logements. Personne ne peut minimiser les efforts déployés pour achever ce projet colossal », affirme Mahmoud. Selon lui, le transfert des institutions étatiques hors de la capitale est une évidence : « Dans quelques années, Le Caire se trouvera paralysé dans le vrai sens du terme. Il est important d’encourager les Cairotes à se diriger vers les nouvelles communautés urbaines. L’idée de créer une nouvelle capitale a été déjà réalisée avec succès dans plusieurs pays du monde, comme en Côte d’Ivoire et en Tanzanie ». Un avis partagé par le député Hamdi Soliman, membre de la Coalition parlementaire majoritaire Fi Daem Misr, pour qui la réalisation du projet envoie un signe fort quant à la puissance de l’économie égyptienne et sa capacité à se redresser. « Du point de vue économique, c’est un message positif. La nouvelle capitale devrait permettre d’attirer des investisseurs étrangers », espère-t-il.

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