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L’armée égyptienne plus forte que jamais

May Al-Maghrabi, Mardi, 19 septembre 2017

L'armée égyptienne effectue deux exercices militaires, respectivement avec la Russie et l'Arabie saoudite, parallèlement aux manoeuvres égyptoaméricaines Bright Star. Cette diversification lui a permis de développer ses compétences. Celle-ci occupe désormais le 10e rang mondial.

L’armée égyptienne plus forte que jamais
Les exercices égypto-russes découlent de la volonté des deux pays de renforcer leur coopération technico-militaire.

Défenseurs de l’amitié 2017 et Faisal 11. Tels sont les noms de deux manoeuvres militaires auxquelles participe l’armée égyptienne cette semaine avec la Russie et l’Arabie saoudite respectivement. Les exercices militaires conjoints égyptoaméricains Bright Star se sont déroulés, quant à eux, du 10 au 20 septembre, sur la base militaire Mohamad Naguib. Il s’agit des plus vastes manoeuvres conjointes de l’Egypte avec un pays étranger. Jeudi 14 septembre, les forces aériennes égyptiennes et saoudiennes ont commencé les exercices militaires Faisal 11, qui ont duré quatre jours. Des formations aériennes, composées des chasseurs de combat les plus récents des deux pays, ont pris part à ces exercices, qui portent notamment sur la gestion conjointe des combats aériens par le biais des tactiques les plus modernes.

L’exercice Faisal 11 a fait suite à une série d’exercices conjoints entre les forces armées égyptiennes et saoudiennes. Cette coopération vise d’une part à assurer l’échange d’expertise militaire et d’autre part à approfondir le partenariat stratégique entre ces deux forces régionales de poids.

Parallèlement, les manoeuvres égypto-russes Défenseurs de l’amitié 2017 ont été lancées jeudi 14 septembre pour une durée de deux semaines, avec la participation de près de 600 militaires égyptiens et russes. Selon le ministère russe de la Défense, les exercices tactiques, qui verront la participation des troupes aéroportées russes ainsi que des troupes parachutistes égyptiennes, auront lieu dans une région du Krasnodar en Russie, dans des lieux montagneux au climat subtropical. Les troupes prendront part à plusieurs missions, dont des opérations de déploiement, des opérations conjointes de parachutistes et des manoeuvres militaires destinées à reprendre le contrôle de positions vitales et à en expulser des éléments terroristes. L’exercice vise à mieux connaître les caractéristiques techniques des armes, de l’équipement et des structures de contrôle et de commandement ainsi qu’à acquérir les compétences et les tactiques de terrain nécessaires aux deux parties pour mener à bien diverses missions. La Russie assurera par ailleurs la formation sur son sol des pilotes égyptiens qui piloteront les hélicoptères équipant les navires Mistral vendus par la France à l’Egypte.

Les exercices égypto-russes découlent de la volonté des deux pays de renforcer leur coopération technico-militaire, relancée depuis 2013. La Russie et l’Egypte avaient signé des contrats d’armement d’une valeur de 3,13 milliards d’euros en septembre 2014, selon le Service fédéral de coopération militaro-technique. Ces contrats sont le reflet de la politique adoptée par le président Sissi depuis son accès au pouvoir, et visent à diversifier les sources d’armements pour ne pas dépendre uniquement des Etats-Unis.

10e plus puissante armée du monde

Resserrer la coopération militaire entre l’Egypte et les pays arabes et du monde est une orientation jugée nécessaire par les experts, en vue d’accroître les compétences guerrières de l’armée égyptienne, d’assurer l’échanger d’expertise et, par conséquent, d’avoir une armée forte apte à garantir la sécurité nationale et la stabilité de la région.

Dans ce contexte d’efforts déployés pour le développement de l’armée, ce n’est pas une surprise que l’armée égyptienne se classe au premier rang des puissances militaires africaines sur 33 pays et à la 10e position parmi les armées les plus puissantes du monde pour l’année 2017. C’est ce que révèle le classement mondial 2017 du site Internet américain Global Firepower (GFP), spécialisé dans la défense, qui vient d’être publié cette semaine. L’Egypte a ainsi devancé l’Italie pour se hisser à la 10e position, alors qu’elle occupait le 11e rang en 2016.

L’étude est basée sur l’indice Power Index dont le score parfait serait de 0,0000. Plus on s’éloigne de ce score, plus on recule au classement.

En 2016, l’Egypte avait obtenu un score de 0,3056 et se plaçait au 11e rang mondial. Cette année, avec un score de 0,2676, l’armée égyptienne devance la Corée du Nord (23e) et Israël (15e). Avec un budget militaire estimé à plus de 4 milliards de dollars (toujours selon Global Firepower, qui se base sur une cinquantaine de critères, dont le nombre de militaires actifs, le nombre d’avions de chasse et la flexibilité logistique), l’Egypte est bien une puissance militaire régionale. Les statistiques de GFP révèlent encore que la première armée africaine est composée de plus d’un million de militaires, dont près de 460 000 actifs et 875 000 réservistes. Côté matériel militaire, l’armée égyptienne dispose de plus de 4 500 chars, d’un millier d’avions militaires, de centaines de chasseurs, de navires et de bâtiments de guerre.

Elle dispose de plus depuis cette année de la plus grande base militaire d’Afrique (Mohamad Naguib).

« L’armée égyptienne mérite cet excellent classement, vu les développements qui ont eu lieu au sein des forces armées au niveau de l’armement et de l’entraînement », estime le général Nasr Salem, expert militaire et professeur à l’Académie militaire de Nasser. Il ajoute : « Aujourd’hui, l’Egypte mène des exercices militaires avec les plus grandes puissances militaires mondiales et arabes. Cela démontre la conscience de ces pays de l’importance de la coopération militaire avec l’armée égyptienne ».

Nasr loue surtout les initiatives prises par l’armée pour diversifier ses sources d’armement : « Cette diversification assure d’un côté l’indépendance politique du pays, loin de toute pression étrangère. D’autre part, au niveau technique, elle permet d’accroître les capacités de l’armée », explique l’expert.

La sécurité régionale

Depuis son accession au pouvoir en 2014, le président Sissi a oeuvré pour la reconstruction et le développement de l’armée sur le plan de la formation et de l’armement. D’importants contrats d’achat d’armes ont été conclus avec plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la France et la Russie. D’importants équipements militaires ont été achetés au cours des deux dernières années pour renforcer les flottes maritime et aérienne, comme les porte-hélicoptères et le Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) de type Mistral français, les rafales français et les sous-marins allemands du type 209/1400.

Parallèlement à la modernisation de l’armement, l’Egypte participe chaque année à plusieurs exercices militaires avec des pays arabes, africains et occidentaux, afin de renforcer sa coopération militaire et de procéder à un échange d’expertise militaire avec les diverses forces mondiales. Selon Salem, le développement de l’armée au cours de ces dernières années n’est pas un luxe. « Les crises régionales, la montée du terrorisme et le changement de la nature des guerres et des menaces exigent de l’Egypte, en tant que pays axial de la région, de fortifier son armée pour faire face aux défis. La puissance de l’armée égyptienne constitue un message dissuasif pour tout pays ou groupe terroriste cherchant à déstabiliser le pays. C’est aussi un message visant à rassurer les pays arabes, affirmant que l’Egypte est capable de défendre la sécurité de toute la région », estime l’expert.

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