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Trains: Bras de fer avec le gouvernement

May Atta, Lundi, 15 avril 2013

Les conducteurs ont mis fin à leur grève après la promesse de revoir à la hausse leurs salaires. Les convocations de l’armée d’une centaine d’entre eux dans le cadre d’une « mobilisation » ont été aussitôt annulées.

bras de fer
Les conducteurs sont en passe de gagner leur battaille contre le gouvernement. (Photo: Yasser Al-Ghoul)

« Les travailleurs des chemins de fer ont gagné. Le 10 avril, ils ont obligé l’Etat à se rétracter en moins de 24 heures », se réjouit Mohamad Adel, avocat au Centre Egyptien pour les Droits Economiques et Sociaux (CEDES).

Mercredi 10 avril, les travailleurs des chemins de fer sont parvenus à un accord avec le ministère du Transport qui leur a promis de revoir à la hausse leur grille salariale, d’ici début juillet. En contrepartie, les salariés ont accepté de suspendre leur grève. Le ministère de la Défense a, de son côté, retiré les convocations qu’il avait envoyées aux conducteurs.

Le 7 avril, tous les conducteurs de train, soit 4 700 personnes, sont entrés en grève après trois ans de tractations infructueuses avec les responsables de l’Organisme de chemins de fer pour améliorer leurs conditions de travail et de vie. Ce jour-là, 1 100 trajets ont été annulés.

Le lendemain, « pour briser notre mouvement, 100 chauffeurs, dont moi-même, ont été convoqués pour travailler sous la direction des militaires », raconte Mohamad Khalil, chauffeur.

Le recours à l’armée

Le 8 avril, l’armée est, en effet, intervenue pour mettre fin à la grève des conducteurs. Non par la force ni par les arrestations pour « incitation aux troubles », mais à travers l’Organisme central de la mobilisation et des statistiques. Cet organisme a en effet convoqué cent conducteurs de train, les appelant à se mettre à la disposition de l’armée qui devra ensuite les considérer comme des conscrits pour le compte du ministère du Transport. Ils auront même un salaire payé par l’armée en plus de leur salaire des chemins de fer. Les conducteurs devaient se rendre disponibles le lendemain.

La contre-attaque des chauffeurs

L’appel a été couplé d’une menace : ceux qui ne se présentent pas encourent une peine de 6 mois de prison et une amende de 5 000 L.E.
A la demande des chauffeurs, les avocats du CEDES ont présenté un recours à la Cour administrative contre ces convocations. Avant de fixer la date de l’audience, les convocations ont été retirées.

« La convocation de fonctionnaires publics pour travailler pour l’armée est une mesure exceptionnelle que la loi (87/1960 et 12/1999) permet dans le cadre d’une mobilisation générale. C’est le président de la République qui doit la déclarer en cas de guerre ou de catastrophe naturelle », explique Mohamad Adel.

« Au lieu de réfléchir à une solution aux problèmes des chauffeurs et des employés, le gouvernement utilise sa créativité pour briser leur mouvement : une fois en les accusant d’utiliser la révolution pour réaliser des gains personnels ou en les désignant comme des professionnels du chantage. Malgré l’arsenal de lois et de règlements qu’il a toujours utilisé à son avantage, le gouvernement recourt aujourd’hui à l’armée pour terroriser les chauffeurs et les ouvriers. Ainsi, il veut les obliger à travailler en les menaçant de comparaître devant les tribunaux militaires », ajoute-t-il.

Selon Nasser Amin, directeur du Centre arabe pour l’indépendance de la justice, l’intervention de l’armée, autorisée par la loi, pour mettre fin à une grève est « une démarche irréfléchie ». Cela a placé l’armée dans l’embarras, ce qui l’a obligée à se rétracter. « Cet incident reflète le chaos politique où l’on vit. Je pense que l’armée a agi de la sorte pour écarter les accusations selon lesquelles elle souhaiterait embarrasser le régime. Or, le gouvernement n’a ni l’expérience ni l’intention de régler les problèmes de ce secteur. Il recourt donc à la force pour régler un problème social et économique », accuse Amin.

Le porte-parole du parti de l’Alliance populaire socialiste, Medhat El-Zahed, appelle l’armée à ne pas « risquer sa dignité et son prestige en acceptant de jouer le jeu du ministère de l’Intérieur ».

Il y a trois ans que les employés des chemins de fer se plaignent de leurs conditions de travail et de leurs salaires dérisoires. Ils se dressent également contre la corruption qui mine ce secteur et qui se traduit par des catastrophes ferroviaires récurrentes. Aujourd’hui, leurs demandes se résument à une revue à la hausse de leurs salaires et de leurs primes ainsi qu’à un repas quotidien gratuit.

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