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Abou-Treika divise les Egyptiens

May Al-Maghrabi, Mardi, 24 janvier 2017

L'inclusion, par la Cour pénale du Caire, de Mohamad Abou-Treika sur une liste de personnes soupçonnées de terrorisme, a donné lieu à un vif débat sur l'ex-star de football.

Abou-Treika divise les Egyptiens
Les avoirs d'Abou-Treika gelés depuis mai 2015. (Photo : AFP)

C’est sur ordre de la Cour pénale du Caire que Mohamad Abou-Treika, l’ex-star de football, a été inclus sur une liste de personnes ayant des « liens suspects avec la Confrérie des Frères musulmans ». Son avocat, Mohamad Osman, a estimé que la décision du tribunal était « contraire à la loi », puisque l’ancien joueur « ne fait l’objet d’aucune condamnation, et qu’aucun chef d’accusation ne lui a été formellement notifié ». « Nous allons faire appel de cette décision devant la Cour de cassation », explique Osman, ajoutant qu’en vertu de cette décision, son client ne peut pas voyager hors d’Egypte.

En effet, la loi sur les entités terro­ristes interdit à toute personne consi­dérée comme terroriste vis-à-vis de la loi de quitter le territoire. En mai 2015, une commission du ministère de la Justice chargée de confisquer les avoirs des Frères musulmans avait gelé ceux d’Abou-Treika. Ce gel est toujours en vigueur. Actuellement au Qatar pour commenter la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), Abou-Treika a nié dans une interview au quotidien gouvernemental Al-Ahram, publié quelques jours après la déci­sion du tribunal, que sa société ou ses partenaires aient financé la confrérie islamiste.

Abou-Treika figure sur la liste ter­roriste avec 1 500 autres personnes, dont certains cadres des Frères musul­mans. Sa présence sur cette liste a fait couler beaucoup d’encre. L’ancienne gloire du club d’Ahli, qui a arrêté de jouer en 2013, a été sept fois cham­pion d’Egypte avec le club cairote, cinq fois vainqueur de la Ligue des champions d’Afrique et trois fois champion d’Afrique avec l’équipe nationale d’Egypte. Des réussites qui ont fait de lui l’un des meilleurs joueurs de sa génération. Plus globa­lement, il a été adulé en contribuant notamment aux succès de la sélection nationale en CAN lors des éditions de 2006 et 2008.

La présence d’Abou-Treika sur la liste terroriste a enflammé les réseaux sociaux et des altercations verbales n’ont pas manqué d’avoir lieu entre ceux qui se disent consternés par la décision du tribunal et ceux qui appel­lent à respecter les décisions de jus­tice. « Nous allons tous continuer à le défendre et je vais continuer à le sou­tenir jusqu’à ce qu’il y ait des preuves contre lui. Je doute qu’un homme de son calibre puisse agir contre l’Egypte », a tweeté le célèbre joueur de football Ahmad Hossam. « Abou-Treika est une personne honnête et un joueur talentueux. On peut ne pas être d’accord avec ses idées, mais c’est impossible qu’il soit un terroriste », a déclaré, pour sa part, le célèbre homme d’affaires Naguib Sawirès. Sur les chaînes privées égyptiennes, plusieurs présentateurs ont annoncé leur solidarité avec l’ex-star de foot­ball. « Abou-Treika devrait être ins­crit sur la liste de la gloire pour les victoires qu’il a données à l’Egypte », a fustigé l’animateur Waël Al-Ebrachi, sur la chaîne Dream, appelant la Cour à révéler les attendus de son juge­ment. Mais d’autres personnes ne partagent pas cette solidarité. « Il faut faire la séparation entre Abou-Treika, la star de football aimée, et Abou-Treika, le citoyen jugé par le tribunal. La décision de la Cour pénale est basée sur des documents prouvant son implication dans des activités suspectes. Le procès est toujours en cours. Ceux qui le défendent n’ont qu’à présenter à la justice les docu­ments qui l’innocentent », a com­menté le journaliste Ahmad Moussa, sur la chaîne Sada Al-Balad.

Un soutien qui lui a coûté cher

En 2012, Abou-Treika avait publi­quement affiché son soutien au candi­dat de la confrérie à la présidentielle, Mohamad Morsi. L’expert sécuritaire, Achraf Amin, affirme que l’enquête des Services de sécurité de l’Etat a prouvé qu’Abou-Treika avait financé la Confrérie des Frères musulmans classée organisation terroriste. « Cette campagne en faveur d’Abou-Treika manque d’objectivité. Il faut respecter les décisions de justice. Abou-Treika a visité le sit-in des Frères musulmans à Rabea en 2013, et il est impliqué dans des actes de violences commis depuis cette date contre les forces de sécuri­té », accuse Amin. Hafez Abou-Seada, du Conseil national des droits de l’homme, pense, lui, que l’inclu­sion de personnes sur les listes terro­ristes est un processus délicat qui nécessite des informations vérifiées, et surtout neutres. « Il ne faut pas se référer uniquement aux enquêtes des Services de sécurité sans preuves incontestables », conclut-il.

En vertu de la loi sur les entités ter­roristes, le Parquet général doit dres­ser une liste des entités qu’il considère comme terroristes et la soumettre à la Cour d’appel pour approbation. Toute personne inscrite sur cette liste sera privée de l’exercice de ses droits poli­tiques et syndicaux, et sera interdite de quitter le territoire, son passeport sera retiré et ses avoirs gelés. Toute personne ou organisation qui figure sur cette liste peut faire appel de cette décision dans un délai de 60 jours. La loi est jugée nécessaire pour faire face à la vague de terrorisme qui frappe le pays. Elle permet de resserrer l’étau autour des formations terroristes et d’assécher leurs sources de finance­ment.

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