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Disparition d’un grand homme

Heba Zaghloul, Mardi, 06 décembre 2016

Ancien ambassadeur d'Egypte en France, Ali Maher vient de décéder à l'âge de 77 ans. Hommage à un homme exceptionnel qui a marqué toute une génération de diplomates.

Ali Maher

L’Egypte a perdu un grand homme. Des mots qui prennent tout leur sens avec la disparition de Ali Maher, décédé le 23 novembre à l’âge de 77 ans. Noble, juste, modeste, un modèle de l’intégrité ... On est à court de mots pour décrire cet homme exceptionnel. C’est ce que dirait toute personne qui a eu la chance de le connaitre, de le côtoyer, ou qui l’a tout simplement rencontré. Un homme démuni de toute prétention, malgré un parcours diplomatique exemplaire, entamé en 1964 et qui l’a mené à Londres, Téhéran et Tunis, avant d’être couronné par un poste d’ambassadeur d’Egypte à Paris. Un poste qu’il a occupé de 1993 à 2002, soit près de 10 ans. Très attaché à la France, Ali Maher était « un francophile » comme il aimait se décrire, qui a su consolider et approfondir les relations franco-égyptiennes, aussi bien politiquement que culturellement. Il a également marqué toute une génération de diplomates, à qui il a tout appris et auquel ils doivent tout. Il suffisait de l’observer pour apprendre l’art de la diplomatie, les ficelles du métier. Beaucoup parmi ces diplomates sont restés très proches de lui. Pour certains, il était devenu un ami, pour d’autres, encore plus, un père.

Car Ali Maher était aussi bien diplomate dans le travail, que dans la vie. Aimable, poli, serein et très posé, il ne perdait jamais son sang-froid. Sans maniérisme aucun, la diplomatie était tout simplement sa façon d’être. Issu d’une grande famille politique, il est le petit-fils d’Ahmad Maher pacha, premier ministre au temps du roi Farouq. Son grand oncle fut également premier ministre, et son frère, Ahmad Maher, ministre des Affaires étrangères. Servir l’Egypte était pour lui une tradition familiale. En choisissant une carrière diplomatique, il espérait oeuvrer pour la paix en Egypte et dans le monde entier.

Et c’est aussi dans ce but qu’il est devenu, en 2006, directeur de l’Institut des études pour la paix, avant de devenir conseiller spécial et porte-parole de la Bibliotheca Alexandrina ou là encore il était une source d’inspiration et un modèle pour ceux qui l’entouraient. En dépit de sa maladie, Ali Maher n’a jamais baissé les bras, et n’a jamais cessé de donner. En octobre dernier encore, il a à la fois organisé et participé à un colloque intitulé « Deux siècles de relations franco-égyptiennes », tenu à la Bibliothèque d’Alexandrie.

Mais au-delà de ce riche parcours, c’est son côté humain qui reste le plus touchant. Un homme à la fois compatissant et juste envers tout le monde. Qu’on soit planton à l’ambassade ou conseiller, tous avaient droit à autant d’attention de la part de Ali Maher. Il les présentait indifféremment de leur position hiérarchique, comme « ses collègues » qui travaillaient « avec lui » et non pas « pour lui ». Or, ce sont ces petits détails qui font toute la différence et qui font qu’autant de personnes, et pas seulement sa famille, le pleurent aujourd’hui. Ils continueront à se souvenir de ses gestes généreux, de ses conseils pertinents ou tout simplement de son sourire qui ne l’a jamais quitté même pendant sa maladie. Ali Maher est resté fidèle à ses idéaux qu’il n’a jamais cessé de défendre tout au long de sa vie. Le tout avec une classe innée et une modestie dont seuls les grands hommes en connaissent le secret. Adieu cher ambassadeur. Il nous a quittés mais il restera toujours parmi nous. Que Dieu bénisse son âme.

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