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Le pétrole, outil de pression

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 19 octobre 2016

La société pétrolière saoudienne Aramco a décidé de suspendre ses livraisons du pétrole pour le mois d’octobre. La décision soulève diverses interrogations.

La première réaction au vote égyptien de l’Onu en faveur du projet de résolution russe sur la Syrie a été la suspension de la livraison des hydrocarbures saoudiens à l’Egypte. Les tensions égypto-saoudiennes se sont donc accentuées en début de semaine, lorsque Aramco, la compagnie nationale pétrolière saoudienne, a annoncé la suspension de ses livraisons du fuel à l’Egypte pour le mois d’octobre. Des interrogations circulent autour des intentions saoudiennes quant à une telle décision. Lors de la cérémonie de commémoration de la victoire du 6 Octobre 1973, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a affirmé que la suspension des livraisons du fuel saoudien n’a aucun rapport avec le vote de l’Egypte à l’Onu, « il s’agit là d’un accord commercial » a-t-il fait remarquer Et d’ajouter que l’Egypte « a pris toutes les mesures nécessaires, et qu’il n’y aurait pas de problème d’approvisionnement pétrolier ». Aramco a assuré pour sa part qu’« il s’agissait juste d’un réaménagement de la part de production de l’Arabie saoudite sur les marchés internationaux, suite à l’accord de réduction de la production conclu en septembre dernier à Alger par les membres de l’Opep ».

En avril dernier, Riyad avait passé un accord de plus de 20 milliards de dollars avec l’Egypte assurant l’approvisionnement, sur cinq ans, de 700 000 tonnes d’hydrocarbures par mois. En dépit des déclarations officielles affirmant que la décision est loin d’être politique, certains spécialistes voient l’affaire d’un autre oeil. Pour l’économiste égyptien Ibrahim Al-Ghitani, la décision du géant pétrolier Aramco de suspendre la livraison destinée à l’Egypte est indéniablement motivée par des « questions politiques ». L’annonce, qui officiellement concerne le mois d’octobre seulement, n’est pas sans conséquence : Le Caire importe chaque mois 1,75 million de tonnes de produits pétroliers, dont 40 % de l’Arabie saoudite. « Je ne pense pas qu’il y ait de problème technique avec la compagnie saoudienne. On n’a jamais entendu parler d’une telle suspension avec n’importe quel autre pays », s’étonne Ibrahim Al-Ghitani. En réponse, l’Egypte a tout de suite lancé des appels d’offres sur les marchés internationaux pour importer la quantité nécessaire d’hydrocarbure dont le pays a besoin pour octobre. Pour Imane Ragab, la spécialiste de la sécurité régionale, au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, l’Arabie saoudite est tout à fait consciente de l’importance que représentent ses exportations pétrolières pour l’Egypte et des pressions qu’elle peut exercer sur son allié. « Mais quoi qu’il en soit, ce type de contrat ne peut pas être suspendu si facilement. Il ne s’agit pas d’un don pétrolier mais d’un accord qui consiste à payer sur une période de 15 ans, les 20 milliards de dollars, et du pétrole fourni sur 5 ans. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut arrêter du jour au lendemain ».

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