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Coupures de presse: Du boycott au Harlem Shake

Najet Belhatem, Mardi, 26 février 2013

Des voix qui appellent à une intervention de l'armée. Les Frères, bâtisseurs de l'humanité dans les manuels scolaires. Séquence de Harlem Shake provoquantes. Voilà le cru de la semaine.

« Nous sommes face à une tendance qui vise à évincer l’Etat en vigueur pour le remplacer par un autre qui gouverne par la religion, et cet objectif rejoint temporairement d’autres visées internationales et régionales qui travaillent pour diviser l’Egypte sur une base confessionnelle et géographique. Une manière de détruire toute grande force régionale dans le Moyen-Orient. Ce qui se passe en Egypte ressemble à ce qui s’est passé en Iraq : la destruction des grandes institutions et de l’armée pour laisser place à un gouvernement confessionnel ». C’est l’opinion du grand romancier Gamal Al-Ghitani dans un article qu’il a rédigé pour le quotidien Al-Masry Al-Youm. Selon l’auteur, la mission des Frères ne sera cependant pas aisée, puisque le problème pour eux est la cohésion historique de l’Egypte. C’est pour cela que « les Frères travaillent assidûment pour changer les manuels scolaires afin d'effacer la mémoire de l’Egypte, surtout les périodes pharaonique et copte ».

Cette question de réviser les manuels scolaires a fait plusieurs fois surface dans la presse. Al-Watan a publié durant la semaine un article selon lequel les Frères musulmans sont qualifiés dans les manuels de première année primaire de l’année prochaine comme « les bâtisseurs de l’humanité », alors que le ministre de l’Education a nié avoir connaissance de ces ajouts dans les manuels.

Mais les éditoriaux se penchent surtout cette semaine sur l’attitude à prendre face aux législatives prévues le 22 avril prochain, au moment où Mohamed ElBaradei a appelé au boycott et que l’opposition n’a pas donné de position claire jusqu’à présent. Dans son article publié dans le quotidien Al-Shorouk, Emadeddine Hussein écrit : « Que vont faire les Frères musulmans si l’opposition boycotte les élections ? Il y a plusieurs pistes. Ou ils adoptent la position du parti de Moubarak, le PND, à savoir : laissez-les chanter, et cela veut dire qu’ils ignoreront le boycott, se basant sur le fait que l’opposition n’a pas beaucoup d’impact sur la rue. En plus, ils feront en sorte de donner de l’importance à leurs alliés qui participeront aux élections et se targueront de dire que 30 partis ont participé. L’autre scénario est que les Frères fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour diviser le front du boycott. Il y a aussi une faible probabilité que les sages au sein de la confrérie et du Parti Liberté et justice (parti du président) puissent convaincre les aigles que le boycott des forces politiques est une question dangereuse. Le premier scénario a été la porte de l’enfer ouverte face au Parti National Démocrate (PND) et beaucoup croient que c’est la goutte qui a fait déborder le vase ». L’auteur fait référence aux élections de 2010, où le PND a entamé les législatives en solo, ce qui a contribué à la chute de Moubarak. Pour l’auteur dans le cas d’un boycott général de l’opposition, les manifestations vont continuer, et la violence aussi, « et cela veut dire que le pays sera paralysé et que la crise économique va continuer ».

Justement à propos de la situation économique, le journaliste Emad Adib revient dans un article publié dans le quotidien Al-Watan sur la question. « Nous avons dénigré le dossier économique et nous sommes devenus prisonniers du dossier politique au point d’en arriver à un stade critique. Les dernières statistiques révèlent que 1 500 usines ont fermé leurs portes depuis la révolution de janvier, et plus de 1 570 sont en crise. Les chiffres du ministère de la Planification et de la Coopération ont évalué les pertes dues aux sit-in et grèves à 100 milliards de L.E. Les réserves en monnaie étrangère à la Banque Centrale ont diminué de 22 milliards de dollars. Quant à l’investissement étranger et arabe direct, il a baissé de 88 %. La dette intérieure a atteint un trillion et 238 milliards de L.E. Alors qu’un demi-million de travailleurs sont sortis du marché du travail depuis la révolution jusqu’au mois dernier », écrit-il.

Côté Web, de plus en plus de voix appellent à l’entrée en scène de l’armée pour rétablir la situation. On apprend par Al-Masry Al-Youm qu’une campagne a été lancée sur Facebook et Twitter pour appeler les citoyens à signer une pétition à l’adresse des forces armées pour qu'elles « interviennent afin de mettre fin à l’occupation des Frères musulmans et de chapeauter le passage à un pouvoir civil via des élections libres et probes. De charger le président de la Haute Cour constitutionnelle de gérer le pays pour une période transitoire et de changer le procureur général ». Cet appel à l’intervention de l’armée trouve également des échos dans quelques éditos, comme celui de Lamis Gaber dans Al-Watan, qui appelle ouvertement à l’entrée en scène des forces armées pour mettre fin à la domination des Frères musulmans. Le mouvement du 6 Avril a, lui, trouvé une astuce pour marquer sa lutte pacifique contre le régime en place en proposant la candidature du président Mohamad Morsi à l’appel de candidature pour un voyage dans l’espace lancé par l’académie Axe Apollo. « Le vainqueur a été le président Morsi. Via un compte fictif créé par un membre du groupe du 6 Avril au nom du président, ce dernier a été inscrit dans la compétition et dans le vote au sein de son pays. Il a récolté 17 796 voix », écrit le site Masrawy. La campagne a été baptisée : « Envoyer Morsi au-delà du soleil », ce qui veut dire en arabe égyptien se débarrasser de lui.

Dans le journal en ligne Al-Bidaya, on apprend que des jeunes ont lancé une campagne pour aller danser le « Harlem Shake », ce clip vidéo viral sur Internet, devant le siège du Parti Liberté et justice sur la colline du Moqattam, au Caire. « 920 personnes ont déclaré sur la page créée à cet effet sur Facebook vouloir participer à l’événement » l

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