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Blé : Les failles de la distribution

Chaïmaa Abdel-Hamid, Jeudi, 28 juillet 2016

Après la découverte d'une affaire de corruption impliquant plusieurs sociétés de stockage du blé, une commission d'enquête parlementaire a été formée. Son rapport est attendu à la fin du mois.

Blé : Les failles de la distribution
La commission d'enquête doit achever son rapport à la fin du mois.

Le procureur général Nabil Sadeq a ordonné, la semaine dernière, la mise en examen de plusieurs propriétaires de silos et de granges de blé accusés de « détournement de fonds publics », de « falsification de documents officiels », « d’entrave au développement de l’économie égyptienne et à la sécurité nationale ». Selon l’enquête menée par le Parquet, les accusés ont remplacé le blé local, acheté par le gouvernement, par du blé importé à bas prix et de qualité médiocre, gardant ainsi les bénéfices produits par la différence entre les deux prix. Le procureur général a gelé tous les avoirs des accusés ainsi que ceux de leurs familles. Une commission parlementaire, formée de 25 députés, a été formée à la fin du mois de juin pour enquêter sur l’affaire.

Tout commence lorsqu’une affaire de corruption est révélée au grand jour dans le gouvernorat de Qalioubiya. Des propriétaires de silos, en accord avec des membres du comité gouvernemental chargé de la réception du blé, ont déclaré avoir fourni au gouvernement 60 000 tonnes de blé, alors qu’en réalité ils n’ont fourni que 47 200 tonnes. Les membres de la commission d’enquête parlementaire, qui ont effectué une visite surprise dans l’un des silos situé sur la route Le Caire-Alexandrie, ont découvert que l’entreprise de stockage du blé n’a pas de registre commercial et n’est pas déclarée au fisc. Ce qui signifie que le ministère de l’Approvisionnement a conclu un contrat avec une entreprise fictive. La commission a également découvert des irrégularités en série concernant les quantités de blé fournies à l’Etat. Les propriétaires du silo se sont emparés de millions de L.E. en fournissant à l’Etat des quantités imaginaires de blé. « Nous n’avons pas de chiffres exacts, mais les détournements sont énormes », affirme le président de la commission, Magdi Malak. Selon lui, 50 % des activités de ces silos sont fictives. A rappeler que cette année, l’Etat a investi 4,3 milliards de L.E. dans les subventions agricoles.

Les députés accusent

Certains députés accusent le gouvernement d’être impliqué dans cette affaire de corruption. C’est notamment ce qu’affirme Gamal Seyam, professeur d’économie agricole à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire et conseiller du Centre des études économiques agricoles, qui explique : « Le blé est détourné sous les yeux des responsables gouvernementaux. C’est une réalité qu’on ne peut pas nier. Depuis toujours, ce secteur est victime de corruption. L’année dernière, le gouvernement avait parlé de commandes de millions de tonnes de blé, mais en réalité, il n’y a eu que 3,5 millions de tonnes de blé local qui ont été livrées. Cette année, il faut avouer que la corruption a dépassé toutes les limites. Une telle corruption ne peut avoir lieu que dans un système où la surveillance des activités économiques est très réduite ».

Face aux accusations des députés, le gouvernement s’est défendu par le biais du porte-parole du Conseil des ministres, Hossam Qawich. Celui-ci a affirmé : « Les ministres de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur ont présenté cette semaine leurs rapports au Conseil des ministres sur cette affaire. Toutes les mesures nécessaires seront prises pour punir les responsables impliqués. Le ministère de l’Approvisionnement a informé le Parquet général après la découverte de ces irrégularités ».

Qawich a estimé que les chiffres annoncés par la commission d’enquête parlementaire sur la corruption des silos de blé sont « exagérés ». Il a rappelé que seul le ministère de l’Approvisionnement était habilité à annoncer les chiffres réels.

Moyens de détournement

Comme l’explique le député Medhat Al-Chérif, membre de la commission parlementaire d’enquête : « Le détournement des fonds publics dans cette affaire de corruption se fait principalement sous deux formes : la première avec les quantités fictives de stockage du blé dans les silos, en prétendant lors de la livraison que les quantités manquantes ont été endommagées lors du stockage.

Le second moyen consiste à mélanger le blé local subventionné avec du blé importé, et profiter de la différence de prix qui peut atteindre entre 800 et 1 000 L.E. la tonne ». Et d’ajouter : « Cette affaire est lourde de conséquence pour l’économie du pays et j’espère que tous les responsables seront punis ».

Le travail de la commission d’enquête se termine officiellement à la fin du mois de juillet. Un rapport final doit être publié par la commission avant la fin de sa mission et l’interrogatoire de certains ministres impliqués dans l’affaire devrait avoir lieu.

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