Dimanche, 03 mars 2024
Al-Ahram Hebdo > Egypte >

40 ans de prison pour Morsi

May Al-Maghrabi, Mardi, 21 juin 2016

Mohamad Morsi, ancien président islamiste, a écopé samedi d'une peine de prison à perpétuité dans le procès d’espionnage au profit du Qatar.

40 ans de prison pour Morsi

La Cour pénale du Caire a condamné, samedi, l’an­cien président islamiste, Mohamad Morsi, à la prison à vie dans le procès d’espion­nage au profit du Qatar.

Morsi comparaissait avec 10 coaccusés pour le vol de « documents sensibles qui touchent à la sécurité natio­nale » et leur livraison au Qatar, selon l’acte d’accusa­tion. Selon le Parquet géné­ral, ces documents compre­naient notamment « des rap­ports extrêmement sensibles concernant l’armée, le déploiement de ses troupes et son armement ».

« Les accusés ont mis en grand danger la patrie, ils ne méritent pas moins que la peine de mort », a commenté le juge Mohamad Chérine Fahmi avant son verdict.

Morsi a été condamné à 25 ans de prison, pour avoir dirigé une « organisation illégale » et à 15 ans de pri­son pour avoir « subtilisé des documents secrets concer­nant la sécurité de l’Etat et les avoir infiltrés au Qatar », durant son mandat d’un an, selon son avocat Abdel-Moneim Abdel-Maqsoud. Il a en revanche été acquitté de l’accusation d’espionnage. Six de ses coaccusés ont, eux, été condamnés à la peine de mort pour ce chef d’accusation. Morsi et son directeur de cabinet, Ahmad Abdel-Atti, étaient accusés d’avoir transmis ces docu­ments au secrétaire personnel de Morsi, Amin Al-Sérafi. Ce dernier les aurait fait parve­nir à un responsable de la chaîne qatari Al-Jazeera et à un officier des renseigne­ments qatari, via des inter­médiaires. Abdel-Atti et Sérafi ont tous deux écopé de la prison à vie. « Il n’y a aucune preuve contre les accusés », s’est insurgé Abdel-Maqsoud, précisant qu’il allait faire appel du ver­dict. Parmi les six condam­nés à mort figurent trois jour­nalistes, jugés par contumace et accusés d’avoir servi d’in­termédiaires, dont Ibrahim Mohamad Hilal, rédacteur en chef de la chaîne d’informa­tion qatari Al-Jazeera, ainsi que Alaa Omar Mohamad Sablan, journaliste de natio­nalité jordanienne de la chaîne.

Quatrième procès

Il s’agit du quatrième pro­cès contre Morsi, issu de la confrérie des Frères musul­mans, classée organisation « terroriste ». Il avait été condamné à mort en juin aux côtés d’une centaine de coac­cusés pour des évasions mas­sives de prison et des attaques contre la police durant la révolution de 2011. Dans un autre procès, pour espion­nage au profit du Hamas palestinien, du Hezbollah libanais et de l’Iran, l’ancien président avait été condamné à la prison à vie. Morsi avait écopé en avril de 20 ans de prison pour des violences contre des manifestants durant son court mandat.

Le Qatar et la Turquie, principaux alliés de la confrérie des Frères musul­mans, ont dénoncé ces ver­dicts. Dans un communiqué, le directeur de l’information du ministère qatari des Affaires étrangères, Ahmad Al-Rémeihi, a rejeté des accusations qui « se contre­disent avec la politique étrangère du Qatar envers tous les pays arabes dont l’Egypte ». « Pour le Qatar, l’inculpation pour espion­nage d’un ancien président et de journalistes est surpre­nante et inacceptable. Ce genre d’accusations est une première entre les pays arabes et ne favorise pas les relations fraternelles entre le Qatar et l’Egypte », a-t-il souligné. La Turquie a aussi critiqué le verdict. « Nous sommes profondément préoc­cupés par ces verdicts. Cette décision ne va pas contribuer à la prospérité et la stabilité de l’Egypte », indique un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.

En réplique, Ahmad Abou-Zeid, porte-parole du minis­tère des Affaires étrangères, a déclaré dimanche qu’il « n’est pas étonnant de voir ce genre de communiqués faits par un pays qui consacre tous ses médias pour com­battre le peuple égyptien et pour ancrer l’hostilité contre l’Egypte ». « Ces fausses prétentions ne pourront pas affecter ou remettre en cause la justice égyptienne connue par son indépendance et son honnêteté depuis de longues décennies », a conclu Abou-Zeid.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique