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Gaber Taia : Les mosquées ne sont pas des tribunes politiques

Ghada Ismaïl, Mercredi, 08 juin 2016

En ce début du Ramadan, Gaber Taia, directeur du secteur religieux au ministère des Waqfs, explique les mesures prises par le ministère pour surveiller les lieux de culte.

Gaber Taia, directeur du secteur religieux au ministère des Waqfs
Gaber Taia, directeur du secteur religieux au ministère des Waqfs

Al-Ahram Hebdo : Quelles mesures ont été prises par le ministère des Waqfs pour ce mois du Ramadan, afin d’empêcher la récupération politique des mos­quées ?

Gaber Taia : Le ministère des Waqfs a annoncé des mesures visant à protéger les mosquées contre l’ex­trémisme religieux et éviter que ces lieux de prière ne deviennent un espace de propagande islamiste. Parmi ces mesures se trouve l’inter­diction de collecter des fonds dans les mosquées. Le ministère des Waqfs a suspendu l’activité de 55 000 imams prêchant sans licence. Ainsi, l’imam qui souhaite diriger les prières des tarawihs doit présen­ter au préalable une demande manuscrite au ministère des Waqfs. Les imams, qui ne sont pas inscrits au ministère des Waqfs et qui ne possèdent ni permis de prêche ni permis pour donner des cours de religion, ne pourront plus exercer. Une campagne de surveillance sera également lancée dans les mosquées pour s’assurer que l’interdiction d’aborder des thèmes politiques est respectée.

— Y a-t-il des mesures cette année pour réglementer la retraite spirituelle dans les mosquées ?

— Les années précédentes, les personnes qui souhaitaient observer une retraite spirituelle devaient pré­senter au ministère une copie de leur carte d’identité, mais comme cette année la situation sécuritaire est plus stable dans le pays, ils n’ont pas besoin de le faire. La retraite est placée sous la surveillance d’un imam, d’un prêcheur des Waqfs ou de l’un des prédicateurs d’Al-Azhar. Le ministère a formé un comité chargé de s’assurer que les croyants souhaitant faire une retraite spiri­tuelle, le fassent dans une mosquée proche de leur domicile. Cette année, 2 331 mosquées accepteront les retraites spirituelles. Le minis­tère a publié une liste de grandes mosquées, ainsi que les noms des imams qui seront chargés de super­viser ces retraites. Le nombre de personnes en retraite doit, en effet, être adapté à la superficie de la mos­quée et aux services qui y sont pro­posés.

— Le prêche du vendredi a été, dans le passé, utilisé à des fins de propagande islamiste. Comment le ministère entend-il le réglemen­ter ?

— Un prêche religieux doit être lié aux événements de la vie quoti­dienne. Il y a un prêche commun pour toute l’Egypte. Nous ne per­mettons qu’aux prédicateurs qui connaissent bien leur religion de monter à la tribune. Les prédica­teurs doivent présenter leur message honnêtement et professionnelle­ment, loin des sujets politiques. Le prédicateur qui fait autrement trahit sa vocation. Le thème du prêche hebdomadaire (de cette semaine) portait sur la valeur du travail et de la production. 110 000 mosquées dépendant du ministère ont suivi ces instructions et se sont gardés de dévier de ce sujet. Le prêche ne doit pas dépasser 15 minutes et ne doit comprendre aucune référence poli­tique.

— Pensez-vous que les efforts du ministère des Waqfs ont mis fin à la tutelle du courant islamiste ?

— Oui, bien sûr. Les mosquées ont été longtemps exploitées par les Frères musulmans et les salafistes à des fins politiques. Elles sont même devenues des fiefs (extrémistes) dans certains quartiers, notamment dans les quartiers populaires. La question était devenue très critique. C’est la raison pour laquelle le ministère a décidé de prendre des mesures strictes, afin de lutter contre l’hégémonie des salafistes et des Frères musulmans.

C’est ainsi qu’en 2014, une loi réglementant la prédication dans les lieux de culte a été promulguée. Cette loi limite le droit de prêcher et de donner des leçons religieuses aux diplômés d’Al-Azhar, qui détien­nent un permis du ministère des Waqfs. La loi s’applique également aux espaces publics utilisés en tant que mosquées. Des personnes en dehors de ces deux institutions peu­vent aussi être autorisées à prêcher, mais seulement avec la permission du ministère des Waqfs.

— Ces mesures visant à sur­veiller les prédicateurs sont criti­quées par certains qui dénoncent l’hégémonie du ministère. Qu’en pensez-vous ?

— Les années précédentes, sous le pouvoir des Frères musulmans, les mosquées étaient devenues des lieux pour diffuser des messages de haine, de violence. Les minbars étaient devenus incontrôlables. Une situation que le ministère des Waqfs ne laissera pas se reproduire quelles que soient les réactions. Les mos­quées sont des lieux de culte et non pas des tribunes politiques.

— Le ministère cherche à trans­former un millier de mosquées en « grandes mosquées ». En quoi consiste ce plan ?

— Ce plan, bien étudié au préa­lable, sera exécuté durant le mois du Ramadan. Ces mosquées sont celles qui se trouvent sur les grandes places et qui accueillent un grand nombre de fidèles. Le Caire compte 60 de ces mosquées, Guiza en compte 40 et Alexandrie 40. Dans ces grandes mosquées, l’imam aura un timbre de voix agréable pour ne pas déranger les fidèles durant le prêche du vendredi et les prières des tarawihs. Et le personnel veillera à la propreté des lieux. Il y aura aussi un lieu d’étude du Coran pour les enfants, des leçons pour les femmes et des leçons consacrées aux anal­phabètes.

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