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Deux ans pour éradiquer les zones sauvages

Chaïmaa Abdel-Hamid et Gamila El Tawila, Lundi, 16 mai 2016

Lors d'une tournée dans la ville de Badr sur la route Le Caire-Suez, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a demandé au gouvernement d'en finir avec le problème des zones sauvages. Une tâche difficile.

Deux ans pour éradiquer les zones sauvages
Le projet Asmarate 1 devrait accueillir les habitants de plusieurs bidonvilles le mois prochain. Ministère du Logement

« L’Etat ne peut pas laisser les citoyens vivre dans les bidonvilles », a déclaré le président Abdel-Fattah Al-Sissi, lors de l’inauguration de 32 nouvelles installations dans la ville de Badr, construites par le génie militaire. Le chef de l’Etat a demandé au gouvernement d’éradiquer le problème des zones sauvages dans un délai de deux ans. « Les chaînes de télévision filment ces bidonvilles et présentent l’Egypte comme un pays pauvre », a affirmé le président. Selon le ministère du Logement, 850 000 familles, soit 4 millions de personnes, vivent dans 351 zones sauvages en Egypte, privées d’électricité, d’eau potable ou de système d’égouts. Le président a promis de débloquer 14 milliards de L.E. du fonds « Vive l’Egypte » pour le réaménagement de ces zones. « Nous allons faire le maximum pour achever le réaménagement de ces zones d’ici deux ans comme l’a exigé le président de la République », affirme à Al-Ahram Hebdo Ahmad Darwich, vice-ministre du Logement chargé du réaménagement des zones informelles.

Juste après les déclarations du président, le fonds de réaménagement des zones sauvages a tenu une réunion samedi en présence du ministre du Logement, Moustapha Madbouli, pour étudier le plan détaillé du projet. Le ministère du Logement avait lancé en 2014 un plan de réaménagement des zones considérées « à risque ». Une seule partie a été achevée dans la région de Moqattam dans ce projet qui était censé prendre fin en 2017. « Le président veut à présent que le projet soit achevé en deux ans alors que nous avions prévu trois ans », souligne Ahmad Darwich. Et d’ajouter : « Nous avons commencé par les régions qui comportent les plus hauts risques et qui sont notamment construites au pied de la montagne. Ces régions ne peuvent pas être reconstruites sur place car elles sont géologiquement dangereuses ».

Le projet Asmarate 1 vient d’être inauguré dans la région de Moqattam et devrait accueillir les habitants de plusieurs zones informelles du Caire considérées comme dangereuses. Ce projet comprend 173 immeubles, soit 6 228 logements. Deux autres projets, Asmarat 2 et Asmarat 3, sont prévus, comportant 15 500 logements. « Nous avons commencé à réaménager plusieurs zones informelles, notamment à Sohag, Qéna, Port-Saïd, la mer Rouge, Alexandrie et Suez », souligne Ahmad Darwich.

Le problème des zones sauvages a commencé à apparaître au Caire dans les années 1950 favorisé par l’exode rural et la surpopulation. Les politiques sociales de l’ancien président Gamal Abdel-Nasser, consistant à fournir aux personnes défavorisées des logements peu coûteux, avaient ralenti la croissance des bidonvilles, mais les effets du néolibéralisme associés aux politiques des présidents Anouar Al-Sadate et Hosni Moubarak ont eu des conséquences néfastes sur le secteur du logement. Des familles à faible revenu, surtout de Haute-Egypte, se sont installées au Caire à la recherche de meilleures conditions de vie. Dans les années 1990, l’Etat Moubarak a tenté de remédier à ce problème en construisant de nouvelles villes dans le désert comme Al-Obour, et la ville du 15 Mai. Mais celles-ci, trop éloignées du Caire, n’ont pas réglé le problème. L’anarchie et l’insécurité que l’Egypte a connues au cours des dernières années n’ont fait qu’accentuer le problème.

Surmonter les obstacles

Pour éliminer les zones « à risque » ou qui mettent en péril la vie des habitants, l’Etat a besoin de construire 20 000 logements. « La principale difficulté à laquelle nous faisons face à présent pour réaménager ces zones informelles est que très souvent, les habitants ne quittent pas leurs demeures même lorsqu’on leur fournit des logements proches. D’ailleurs, la rareté des terrains proches des villes reste aussi un grand problème auquel nous faisons face », souligne Darwich. Et d’ajouter : « Avant la révolution, les gens acceptaient plus facilement de quitter leurs maisons et d’aller dans des villes nouvelles. Maintenant, ils ont tendance à vouloir rester près de leurs lieux de travail et nombreux sont ceux qui ont rejoint de nouveau leurs bidonvilles et qui refusent de les quitter », explique Darwich.

Plusieurs urbanistes jugent « très optimiste » une période de deux ans pour achever un tel projet de réaménagement. C’est du moins ce qu’affirme l’urbaniste Médhat Al-Chazli. « Avant de fixer un délai, il faut d’abord définir les mécanismes et les critères selon lesquels le ministère va travailler. Or, ce n’est pas le cas. Le gouvernement ne sait pas comment il va fournir les terrains nécessaires et comment il va transférer tout ce monde en deux ans seulement. Cela me paraît irréaliste », affirme-t-il. Pour l’avocat Mohamad Abdel-Azim du Centre égyptien pour la réforme civile, l’Etat doit changer sa conception du problème des zones informelles s’il souhaite vraiment le régler. « Si toutes les précédentes tentatives de régler le problème des zones sauvages ont échoué, c’est parce que l’Etat a toujours considéré les habitants de ces zones comme des hors-la-loi et n’a jamais tenu compte de leur mode de vie. L’Etat n’a jamais traité le problème dans une logique de développement. Il faut absolument que l’Etat fournisse à ces citoyens des logements adaptés à leur mode de vie. Par exemple, ne pas donner à un agriculteur un appartement dans un immeuble. Cela ne lui servira à rien », conclut-il.

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