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Ihab Al-Taher : Le projet de loi sur l’assurance médicale privatise le secteur de la santé

May Atta, Mardi, 12 avril 2016

Le ministère de la Santé a achevé le nouveau projet de loi sur l'assurance médicale, dont une copie a été envoyée à l’ordre des Médecins à titre consultatif. Ihab Al-Taher, secrétaire général de l'ordre, commente le nouveau texte.

Ihab Al-Taher : Le projet de loi sur l’assurance médicale privatise le secteur de la santé
Ihab Al-Taher

Al-Ahram Hebdo : Le ministère de la Santé a envoyé à l’ordre des Médecins les dernières modifications du projet de loi sur l’assurance médicale obligatoire. Que pensez-vous de ce projet ?

Ihab Al-Taher : Je crois que c’est la 50e fois que le ministère modifie le projet à cause des remarques formulées par l’ordre des Médecins. La préparation de ce projet de loi a commencé en mars 2011 sous le gouvernement Charaf. Dans la foulée de la révolution de janvier 2011, le dossier de l’assurance médicale a été relancé. A l’époque, le ministère n’avait pas invité l’ordre à participer au débat sur le projet. La dernière version du projet nous a été envoyée à titre consultatif. Elle renferme plusieurs points positifs, mais nous pen­sons que globalement, le projet n’est pas bon, car il est synonyme de privatisation du secteur médical. Or, en vertu de la Constitution, l’assurance médicale est un droit acquis à tous les citoyens.

— Quels sont les points négatifs de la loi ?

— En vertu de la loi, les cotisations seront calculées en fonction du salaire, c’est-à-dire le salaire de base et les primes aussi. Mais ce qui n’est pas logique, c’est que le projet n’a pas pris en compte certains avantages ajoutés aux salaires, comme les primes au logement, déplacement ou voyage. Généralement, ceux qui touchent ce genre de primes sont les grands responsables. Ce qu’il faut, c’est diminuer les cotisations des employés pauvres et non celles des grands responsables. En outre, le projet de loi a exonéré des cotisations les personnes à faibles revenus sans pour autant préciser ce qu’est une personne à faibles revenus. Nous pensons que les gens à faibles revenus sont ceux qui ont un revenu inférieur au salaire minimum qui est 1 200 L.E. par mois.

— Vous dites que le projet de loi privatise le secteur médical. Comment ?

— Le projet de loi stipule que le gouvernement conclut des contrats avec les hôpitaux garantissant les normes de qualité. Or, les hôpitaux publics n’ont pas de normes de qualité, mais le gouvernement a promis de moderniser ces hôpitaux, afin qu’ils soient prêts à entrer dans le système de l’assurance médicale. Le problème est que si ces hôpitaux ne garantissent pas les normes de qualité, ils sortiront du système, et c’est un grand danger, car le secteur privé va dominer le secteur médical et contrôlera les prix. Nous pensons que les hôpitaux publics doivent être une partie essentielle du système de l’assurance médicale. Si cette clause n’est pas changée, cela ouvrira la porte à la privatisation des hôpitaux publics. Pour cela, l’ordre des Médecins n’accep­tera le projet de loi que si le gouvernement supprime cette clause. Si la loi est votée, nous intenterons un procès contre elle. En outre, nous avons commencé à organiser des rencontres avec les députés et les autres syndicats, afin de leur expliquer le dan­ger que représente cette clause.

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