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Sissi définit ses priorités

May Al-Maghrabi, Jeudi, 18 février 2016

Dans son discours devant le parlement, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a défini les priorités de l'Etat au cours de l'étape à venir, évoquant notamment la relance de l'économie, la lutte contre le terrorisme et l'intégration des jeunes dans la vie politique.

Sissi définit ses priorités

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a officiel­lement remis cette semaine le pouvoir législatif au nouveau parlement élu. Lors d’un discours devant le Conseil des dépu­tés, samedi 13 février, marquant l’inauguration de la session parlementaire, il s’est félicité de « l’instaura­tion de la démocratie et de l’ordre constitutionnel ». « Le peuple égyptien a parachevé la feuille de route en élisant le parlement, instauré les règles de son système démocratique et reconstruit les institutions constitutionnelles », a dit le président Sissi. Il a sou­ligné la nécessité que le parlement actuel soit « libre et réellement représentatif de la volonté du peuple », et exhorté les députés à accomplir leur mission « dans un cadre démocratique, pacifique, sans pro­pagande ni lutte politicienne stérile ». Depuis la dis­solution du précédent parlement par la Haute Cour constitutionnelle en 2012, le pouvoir législatif a été exercé, à titre exceptionnel, respectivement par le président destitué, Mohamad Morsi, le président de transition, Adli Mansour, et son successeur élu, Abdel-Fattah Al-Sissi.

Santé et éducation

Dans son discours, le président a évoqué les grandes lignes de son programme politique. Il a énoncé les priorités de l’Etat au cours de la prochaine période : relance de l’économie, lutte contre le terro­risme, intégration des jeunes dans la vie politique, amélioration des conditions de vie des classes moyennes et défavorisées et enfin ouverture sur le monde. Sissi a appelé le Parlement à donner la prio­rité à l’éducation, à la santé et au renouvellement du discours religieux, soulignant que « l’éducation est une priorité nationale ». Il a en outre affirmé que son objectif principal est de « construire un Etat démo­cratique moderne » et de mettre en place une série de « projets nationaux » pour relancer l’économie. Le président a fait également savoir que 200 milliards de L.E. seront consacrées aux projets destinés aux jeunes.

Sur le plan de la politique étrangère, le chef de l’Etat a souligné l’importance de « s’ouvrir sur tous les pays du monde » et « d’avoir des relations équili­brées ». « L’Egypte aspire à la sécurité internatio­nale et cherche à promouvoir le développement », a déclaré le président. Il a évoqué les efforts déployés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, appelant la communauté internationale à « coopérer avec l’Egypte contre ce danger qui menace la stabilité de toute la région ». « L’Etat est parvenu à mettre à genou les organisations terroristes au Sinaï et sur la frontière ouest » et « poursuit cette guerre sans relâche ». Sissi a appelé la communauté internatio­nale à conjuguer ses efforts pour « vaincre le terro­risme ». Le discours du président a soulevé des réactions très variées au sein de la classe politique. Et si certains l’ont trouvé « complet » et « prometteur », d’autres au contraire affirment qu’il manquait de clarté. « Le discours du président a été global et équilibré. Le chef de l’Etat a parlé de la situation actuelle, affirmant que l’Egypte est toujours dans une étape dangereuse et que les complots continuent à se tramer contre le pays, d’où l’importance de conver­ger les efforts pour sortir de cette situation délicate », affirme Alaa Abed, député du parti des Egyptiens libres, premier bloc parlementaire avec 65 députés.

Nagui Al-Chehabi, député du parti Al-Guil, juge lui aussi le discours présidentiel « satisfaisant ». « Dans son discours, le président s’est aligné sur le simple citoyen et les classes défavorisées. Il a surtout évoqué le rôle des jeunes et la justice sociale », pense Al-Chehabi.

Un discours protocolaire

Tout au long des 33 minutes de son discours, Abdel-Fattah Al-Sissi s’en tenu strictement au texte et n’a jamais eu recours à l’improvisation. Le terme « Etat » est revenu maintes fois dans ses propos. Une manière sans doute de souligner que la phase de reconstruire les institutions s’est achevée après cinq ans de troubles post-révolutionnaires. C’est donc un discours très « protocolaire » que le prési­dent a prononcé devant les députés, évitant les sujets épineux ou controversés comme le barrage de la Renaissance, la loi sur les manifestations et la question des libertés. Dans ce contexte, Haissam Al-Hariri, député du parti Al-Dostour, estime que le discours était « détaché de la réalité ». « Le prési­dent n’a pas dit un mot sur la révolution du 25 janvier. Il n’a pas parlé des bavures policières, de la loi sur le service public ou de la crise avec les médecins, des questions qui inquiètent beaucoup d’Egyptiens », considère Al-Hariri. Mohamad Aboul-Ghar, président du parti de l’Egyptien démo­crate, parle, lui, de « rhétorique creuse ». « Le président s’est basé sur des slogans creux et sur des promesses mais n’a rien annoncé de concret. Par exemple, il a promis aux jeunes 200 milliards de L.E. Mais comment le gouvernement peut-il trouver pareille somme alors que l’Egypte souffre d’un déficit budgétaire énorme ? », critique Aboul-Ghar.

A quelques jours de la déclaration de la politique générale du gouvernement, le discours du président a été très applaudi par les députés. Un fait « révéla­teur » selon Rami Mohsen, directeur du Centre national des études parlementaires. « Cet accueil favorable confirme que ce parlement est acquis à l’exécutif et on peut donc s’attendre à une session calme sans heurts entre le président et le pouvoir législatif », analyse Mohsen.

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