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En Angleterre, les Frères sous haute surveillance

May Al-Maghrabi, Mardi, 22 décembre 2015

Tout en écartant une éventuelle interdiction des Frères musulmans au Royaume-Uni, le premier ministre britannique, David Cameron, a estimé cette semaine que « tout lien avec la confrérie pourrait être considéré comme un signe d’extrémisme ».

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Photo: AP

Après plus d’un an d’enquête sur les activités des Frères musulmans au Royaume-Uni, les autorités bri­tanniques ont écarté cette semaine une éventuelle interdiction de la confrérie, tout en gardant le groupe sous « haute sur­veillance ». « Tout lien avec ce groupe pour­rait être considéré comme un éventuel signe d’extrémisme », a déclaré le premier ministre britannique, David Cameron, soulignant que la Grande-Bretagne « refusera d’accorder des visas d’entrée aux membres de la confrérie s’ils font des commentaires extrémistes ».

De plus, le gouvernement britannique entend surveiller de manière accrue les activités des personnes affiliées à la confrérie à l’intérieur et à l’extérieur du Royaume-Uni. Dans une lettre adressée au Conseil des lords, Cameron a déclaré que « certaines sections des Frères musulmans ont une relation ambiguë avec l’extrémisme violent ». Ces remarques de Cameron sont intervenues après la publication, jeudi dernier, d’un rapport du gouvernement britannique sur les Frères musulmans et leurs liens avec l’extrémisme.

Le rapport en question affirme que « les Frères musulmans ne sont pas liés à des activités terroristes au Royaume-Uni ou contre le Royaume-Uni. Cependant, des personnes appa­rentées à la confrérie au Royaume-Uni ont applaudi des attentats suicides perpétrés par le Hamas et menés parfois contre des civils », indique le rapport. Et d’ajouter : « L’idéologie et les méthodes des Frères musulmans sont contraires à nos valeurs, nos intérêts nationaux et à notre sécurité nationale ».

Le Caire conforté

Londres a été pendant des années le centre névralgique des militants islamistes en Europe. Depuis que les Frères ont été déclarés organisa­tion terroriste en Egypte, en décembre 2013, des dizaines de membres de la confrérie ont trouvé refuge en Grande-Bretagne. L’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats unis avaient appelé à plusieurs reprises le gouvernement britannique à interdire les activités des Frères, mais sans résul­tat. Toujours est-il que Le Caire s’est félicité de la décision britannique. « C’est une étape impor­tante franchie par Londres sur la voie de la lutte contre le terrorisme », affirmé un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Selon le porte-parole du ministère, Ahmad Abou-Zeid, il y a une prise de conscience plus grande quant à la nature extrémiste et violente des Frères. « Ce rapport marque un changement dans la position de la Grande-Bretagne vis-à-vis des Frères. La position britannique poussera d’autres pays européens à reconsidérer la pré­sence d’éléments terroristes sur leur sol et à réévaluer le contexte politique en Egypte depuis le 30 juin 2013 », affirme Abou-Zeid. « Les pro­pos du premier ministre britannique confirment la crédibilité de l’Egypte dans sa guerre contre le terrorisme », a-t-il ajouté.

Pour leur part, les Frères ont contesté les conclusions du rapport britannique qu’ils consi­dèrent comme « non-fondées ». « Nous allons contester en justice ce rapport », a annoncé Tayeb Ali, l’avocat de la confrérie à Londres. Pour les Frères, ce rapport est « le résultat de pressions politiques exercées par l’Egypte et les pays du Golfe ».

Une position calculée

Pour Ahmad Ban, spécialiste des mouve­ments islamistes, ce rapport marque un change­ment mesuré dans l’attitude de Londres envers la confrérie. « C’est la première fois que Londres reconnaît l’extrémisme des Frères et s’engage à surveiller leurs activités ». Depuis des décennies, Londres est en effet le bastion des Frères en Europe. La confrérie gère à partir de la capitale britannique un énorme réseau économique et médiatique.

Londres a accepté par le passé d’accueillir sur son sol des membres de la confrérie qui se pré­sentaient comme des opposants victimes de la répression. Mais aujourd’hui, il ne peut plus fermer les yeux sur la radicalisation que connaissent les Frères après le 30 juin 2013, surtout après la récente vague terroriste qui frappe l’Occident. « Les autorités britanniques craignent que la capitale du Royaume-Uni ne se transforme en une base arrière de l’isla­misme », explique Ban. Londres est aujourd’hui tiraillé entre les pressions exercées par l’Egypte et les Emirats arabes unis avec qui il partage des intérêts politiques et économiques, et ses intérêts avec les Frères musulmans qui possè­dent eux aussi de très importants investisse­ments en Grande-Bretagne.

D’où, selon Ban, le ton plus ou moins mesuré du rapport. « Je dirais que ce rapport est un carton jaune qui obligera la confrérie à recon­sidérer ses positions pour ne pas risquer de perdre son dernier refuge en Europe », sou­ligne Ban.

Sameh Eid, un autre spécialiste des mouve­ments islamistes, pense, lui, que la position britannique vis-à-vis des Frères musulmans est « molle » et vise seulement à amadouer l’opi­nion publique internationale et arabe. Il pense que Londres veut garder des liens avec les Frères dans le contexte de l’état d’instabilité qui règne dans la région arabe, pour s’en servir comme carte de pression politique. « Les Frères sont représentés militairement dans certains groupes au Yémen, en Syrie, en Iraq, au sein du groupe Fajr Libya et du mouvement palestinien Hamas. La confrérie est également présente sur la scène politique en Tunisie, au Maroc et en Jordanie. Bref, c’est un jeu d’intérêts », conclut Eid,

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