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Revue de presse : Le cheikh et le pigeon voyageur

Najet Belhatem, Mardi, 15 janvier 2013

Certains éditoriaux se penchent sur les risques de conflits communautaires et ethniques dans la région. D’autres sont revenus sur la visite d’un cheikh saoudien venu prêcher la bonne parole en Egypte.

Deux ans après la révolution du 25 janvier 2011, l’heure est au bilan. Hassan Nafea, politologue, fait le point dans le quotidien Al-Masry Al-Youm d’un point de vue international en revenant sur les visées de diviser la région en cantons ethniques ou communautaires. « Bien que deux ans soient passés depuis ces révolutions, leurs objectifs n’ont pas été atteints et la route est encore longue et dure. Beaucoup réalisent que la dégradation qui a atteint le monde arabe est d’abord due à des causes internes, mais les défis extérieurs qui empêchent les peuples arabes de parvenir au développement sont nombreux », commence-t-il. Le politologue estime que les plans qui visent à morceler le monde arabe et redessiner la carte de la région sur des bases communautaires sont les plus dangereux de ces défis. Il pense que des forces régionales et internationales tentent d’exploiter les développements qui ont suivi les révolutions pour mettre ces plans à exécution. En février 1982, la revue israélienne Kivunim a publié en hébreu une étude intitulée (la stratégie d’Israël dans les années 1980) et rédigée par un diplomate. Elle a été publiée en anglais par la suite à l’initiative de l’alliance des diplômés américains arabes sous le titre (les plans sionistes pour le Moyen-Orient) préfacée par l’activiste et professeur de chimie organique, Israël Shahak, qui a affirmé que l’étude est la plus globale publiée en ce sens en Israël et reflète ce qui se trame dans la pensée sioniste. L’étude affirme que le monde arabe n’est pas un ensemble homogène ethniquement, religieusement ou socialement, mais c’est plutôt une mosaïque. Que les pays arabes existants ont été le fruit de coïncidences historiques, résultats d’interactions entre les ambitions étrangères (le colonialisme traditionnel et contemporain) et les ambitions internes (les tribus, les mouvements politiques et sociaux différents). Et comme ce sont des pays qui ne sont pas fondés sur des bases solides, il est facile de les démanteler et de les reconstruire sur de nouvelles bases. L’auteur explique ensuite qu’il faut prendre en considération le timing de la publication de l’étude, à savoir trois ans après l’accord de paix avec l’Egypte et quatre mois avant l’invasion du Liban. « Il s’est avéré par la suite la grande influence d’Israël sur Bush concernant la nécessité d’occuper l’Iraq. Comme il s’est avéré aussi que l’attitude de l’occupant américain a été en phase avec le mouvement sioniste qui met le morcellement de l’Iraq au top de ses priorités », ajoute l’auteur. Il souligne qu’il a déjà écrit sur cette étude en 2007 : « Mais ce qui se passe dans le monde arabe depuis le lancement des révolutions soulève des craintes de nouveau. Je consacrerai le prochain article aux plans visant à diviser l’Egypte ».

Dans la même lignée, Ahmad Al-Sawi écrit dans le quotidien Al-Watan : « La région est entrée depuis un moment dans la phase du déblayage communautaire alors que les appels à la démocratie venaient de l’intérieur suite à une exaspération face aux agissements des régimes en place, les appels venaient aussi de l’extérieur avec une insistance autour du concept du changement et dans un cadre méthodique adopté par les administrations américaines suite aux événements du 11 septembre. Les régimes oppressifs ont conservé, malgré cela, une grande hostilité vis-à-vis des forces démocratiques, et ont mis en sourdine les voix des tendances ethniques et communautaires via la force et sans adopter de processus politique et social pour transformer la richesse communautaire et ethnique en avantages nationaux. Ces dossiers ont surgi après les révolutions, et leurs promoteurs ont tenté de transformer des années d’oppression en bénéfices directs et ambitieux qui en arrivent jusqu’à la séparation. Ces tendances ne suscitent désormais la gêne de personne, notamment les acteurs principaux dans la région. Les administrations américaines continuent à gérer le processus de changement dans la région avec une ingérence directe comme en Iraq ou en Libye, ou par un encerclement direct comme en Egypte. Et les forces au pouvoir en puissance ne sont pas inquiètes quant à la libanisation de toute la région et s’engagent dans des discours de polarisation religieuse ou ethnique ».

Sur un tout autre plan, la visite du cheikh saoudien Al-Oreifi au Caire où il a fait, vendredi dernier, un prêche à la mosquée de Amr Ibn Al-Ass, a fait couler beaucoup d’encre et a suscité un vaste débat sur la toile. Dans Al-Masry Al-Youm, l’éditorialiste signant avec le pseudonyme Newton écrit : « Je me suis arrêté devant l’intérêt des Frères musulmans pour des prêcheurs venant de l’extérieur du pays. Il y a quelques jours, le cheikh Al-Qorani est venu au Caire. J’ai appelé un ami en Arabie saoudite qui m’a affirmé que les deux appartiennent aux Frères musulmans de l’Arabie saoudite. Cela m’a poussé à reconsidérer la question, surtout après les commentaires hostiles sur les réseaux sociaux et après l’attaque du cheikh Oreifi contre les médias, qui a qualifié les reporters de mouches. Se peut-il que les prêcheurs appartenant aux Frères en Egypte aient perdu leur crédibilité ? Les attaques de fidèles dans les mosquées contre des cheikhs qui appartiennent à la confrérie se sont multipliées. Quant au mufti de cette dernière, il n’a pas beaucoup d’audiences. C’est peut-être pour cela que les Frères musulmans ont eu recours à de nouveaux visages de l’extérieur ».

Et le clou de la semaine c’est l’affaire du pigeon voyageur. « La direction de sûreté de Qalioubiya a déclaré avoir mis la main sur un pigeon voyageur avec, accroché aux pattes, un message sur lequel est écrit Islam Egypt et un microfilm qui doit être analysé. Le pigeon a été mis en dépôt », a-t-on déclaré. L’information a fait le tour du Web et de Twitter suscitant l’hilarité des usagers et le tout a été rattaché à la situation politique et aux Frères musulmans. L’oiseau a été qualifié d’oiseau de la renaissance, en allusion au projet de renaissance proposé par les Frères et Morsi. « Grâce au microfilm, on va enfin déchiffrer ce projet », pouvait-on lire. Certains ont même appelé à des manifestations pour libérer le pigeon.

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