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Terrorisme et investissements à l’ordre du jour

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 04 novembre 2015

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi entame ce jeudi une visite en Grande-Bretagne, la première depuis son accession au pouvoir. Celle-ci sera axée sur la lutte antiterroriste et les relations bilatérales.

Terrorisme et investissements à l’ordre du jour
(Photos : AP)

La visite ce jeudi du président Abdel-Fattah Al-Sissi est la première depuis son arrivée au pouvoir en juin 2014, et la première d’un président égyptien en Grande-Bretagne depuis 2002. Elle intervient en réponse à une invitation du premier ministre britannique, David Cameron. « Cette visite est d’une grande importance pour l’Egypte », souligne Hicham Mourad, professeur de relations internationales à l’Université française d’Egypte. La Grande-Bretagne était l’un des pays qui avaient, après la révolution du 30 juin, tourné le dos à l’Egypte au même titre que la France et l’Allemagne. Mais aujourd’hui, il y a un rapprochement entre Le Caire et ces pays et une reconnaissance que le régime actuel est stable et légitime.

Sécurité et dossiers régionaux

« L’Egypte poursuit donc sa stratégie, entamée il y a quelques mois, et qui consiste à regagner la confiance des pays occidentaux », ajoute Mourad. Et d’expliquer que ce sont surtout les intérêts de chacun de ces pays, qui ont aidé, d’une manière ou d’une autre, à ce rapprochement. « Les récentes évolutions dans la région, notamment l’avènement de Daech et le problème des réfugiés syriens qui inquiète les pays occidentaux, ont aidé au dégel des relations entre ces pays et l’Egypte », affirme Mourad. C’est précisément dans ce contexte de lutte contre le terrorisme dans la région que de nouveaux contrats d’armement pourraient être signés entre Le Caire et Londres, ajoute Mourad. En août dernier, le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, avait reçu au Caire le conseiller britannique à la sécurité, John Jinkens, venu en Egypte à la tête d’une délégation britannique pour coordonner les positions avec les autorités égyptiennes sur la situation régionale. La situation en Libye, en Iraq, au Yémen et en Syrie et les efforts déployés pour la lutte contre le terrorisme dans la région ont été évoqués. Le 20 septembre dernier, le premier ministre, Chérif Ismaïl, s’était entretenu avec l’ambassadeur britannique au Caire, John Casson. « La Grande-Bretagne lance un partenariat pour la stabilité de la région et qui ne se réalisera sans un pays comme l’Egypte », avait déclaré Casson à la presse à l’issue de cette rencontre.

« L’intérêt européen pour l’Egypte émane du fait que c’est un pays central qui peut jouer un rôle pour stabiliser la région. L’Egypte est très présente par exemple sur la scène libyenne. Elle est en outre engagée dans une âpre bataille contre l’EI dans le Sinaï », explique Mourad. Pour sa part, Le Caire, qui s’inquiète de l’avènement des islamistes à sa frontière ouest, tente de faire pression sur les pays occidentaux en vue d’obtenir du Conseil de sécurité de l’Onu une levée de l’embargo sur les armes imposé au gouvernement légitime en Libye, ce qui permettrait à celui-ci de lutter contre le terrorisme sur son territoire.

Echanges économiques

L’autre volet de la visite du président en Grande-Bretagne est strictement économique. Il s’agit pour l’Egypte de booster les investissements britanniques sur son territoire. La Grande-Bretagne est le plus grand investisseur européen en Egypte. A Londres, le président Sissi fera le suivi des décisions prises lors de la conférence de Charm Al-Cheikh où les entreprises britanniques avaient promis 14 milliards de dollars d’investissements en Egypte. « La prochaine période témoignera de davantage de coopération, notamment à la lumière des mégaprojets établis par l’Egypte tels que l’axe de développement du Canal de Suez et le développement des ports égyptiens », avait déclaré l’ambassadeur de Grande-Bretagne au Caire. Dans le domaine de l’enseignement, la Grande-Bretagne fournira 600 bourses de maîtrise et de doctorat aux Egyptiens. L’intérêt de la visite présidentielle en Grande-Bretagne émane également du fait que ce pays est considéré comme un refuge pour les dirigeants de l’organisation internationale des Frères musulmans. Ces derniers envisagent d’ailleurs de lancer de grandes manifestations à l’occasion de la visite du président à Londres. « Ces manifestations n’auront aucune influence sur la visite. Elles ne dépasseront pas les rassemblements qui se sont tenus en Allemagne quelques mois plus tôt et qui n’ont eu aucune influence sur la visite du président dans ce pays », conclut Mourad.

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