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Les fonctionnaires se rebiffent

Ola Hamdi, Mardi, 15 septembre 2015

Malgré une présence sécuritaire massive, plusieurs centaines de fonctionnaires ont manifesté, samedi au jardin d'Al-Fostat au Caire, contre la nouvelle loi du service civil.

Les fonctionnaires se rebiffent
(Photo : Ola Hamdi)

Samedi 12 septembre, jour prévu de la manifestation des fonctionnaires contre la loi du service civil. Les forces de sécurité sont déployées dans le quartier de Misr Al-Qadima (Vieux Caire), dans les environs du jardin public Al-Fostat. Toutes les routes qui mènent à ce jardin ont été fermées. Le jardin lui-même a été fermé sur ordre de la sécurité, et le public a été interdit d’y entrer. Des véhicules blindés circulent dans les rues voisinantes. Des hommes en civil circulent avec des chiens policiers.

Sous le slogan Tadamon (solidarité), une coalition de 35 syndicats professionnels avait appelé à manifester ce jour-là, au jardin d’Al-Fostat, pour protester contre la loi du service civil. Adoptée en mars dernier, celle-ci vise selon le gouvernement à accroître l’efficacité du secteur public. Les manifestants appelaient à la suppression de cette loi qu’ils jugent injuste.

« Une nouvelle loi équitable doit être rédigée afin de garantir un environnement de travail sûr et un système de rémunération qui correspond aux besoins des employés du secteur public », affirme la coalition syndicale dans un communiqué de presse. Parmi les articles de la loi qui font l’objet d’une controverse, il y a notamment celui qui se rapporte aux promotions. Celles-ci ne sont plus automatiques comme dans l’ancienne loi, mais dépendraient de l’évaluation de chaque employé, dressée par son supérieur direct. Une situation contestée par les employés qui craignent des abus. D’autres clauses se rapportant aux salaires des employés, aux sanctions administratives, aux primes et à la retraite sont jugées injustes par les employés. D’autant plus que certains ministères et organismes sont exclus de la loi. Les employés réclament, outre la suppression de la loi, un dialogue communautaire entre les instances concernées pour élaborer une « loi juste » qui lutte contre la corruption et qui fixe des « règles équitables pour le développement de l’appareil administratif ».

Il est 10h30, les fonctionnaires affluent devant la porte principale du jardin Al-Fostat, mais les forces de l’ordre leur en interdisent l’accès. « Pourquoi ils nous interdisent d’entrer au jardin ? Nous savons très bien qu’il est permis de faire un sit-in à cet endroit », s’insurge Diaa Mohamad, un jeune fonctionnaire de 35 ans, qui vient d’Alexandrie pour participer à la manifestation. Et d’ajouter : « Si la loi du service civil vise à réaliser la justice, pourquoi alors certains directions et ministères en ont été exclus ? », se demande Diaa dont les collègues ont été forcés à rester loin du jardin. « Je ne sais pas où sont les autres participants ? On doit rester en groupe afin de nous protéger de la sécurité », propose Diaa. Quelques instants passent et de nouveaux manifestants arrivent sur les lieux mais les forces de sécurité leur interdisent l’accès au jardin et ne tolèrent même pas leur présence sur le trottoir. Ils tentent de les éloigner, mais les manifestants refusent et se rassemblent dans une station d’essence non loin des lieux. Un haut gradé de la police intervient alors et leur adresse une mise en garde. « Si vous restez ici, vous violez la loi sur les manifestations. Vous devez partir immédiatement », affirme-t-il. Mais les manifestants perdent patience : « Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes des employés de l’Etat, et nous venons réclamer nos droits. Nous voulons seulement exprimer notre refus de cette loi injuste », lâche Ali Ibrahim, un jeune fonctionnaire de 30 ans. Il ajoute que les manifestants n’ont pas à demander de permis pour manifester au jardin d’Al-Fostat, car c’est un endroit clos.

« Par la porte arrière »

Il est midi. De longues discussions s’engagent entre les organisateurs de la manifestation et les responsables de la sécurité. Le nombre de manifestants augmente, mais aussi celui des forces de l’ordre. La plupart des manifestants sont venus à pied. Certains portent des morceaux de papier cartonné pour y écrire des slogans. Depuis novembre 2013, il est illégal de manifester sans l’approbation préalable des forces de sécurité. « Nous ne permettrons pas à ces manifestants de violer la loi des manifestations. Toute infraction sera traitée avec beaucoup de fermeté », affirme le général de police. Parmi les manifestants, la secrétaire générale de l'ordre des Médecins, Mona Mina, qui s’insurge : « Depuis plus d’une heure, j’essaye avec mes camarades d’atteindre Al-Fostat en voiture ou à pied. Les forces de sécurité nous ont demandé d’entrer par la porte arrière du jardin, qui est très loin, pour que nous nous fatiguions et rentrions chez nous ». Elle ajoute que « ces mesures répressives ont réussi à diminuer le nombre de manifestants ».

Il est 15h00. Les manifestants contraints de marcher plusieurs kilomètres arrivent à la porte arrière du jardin, mais ils sont épuisés et certains ont carrément abandonné. Dès leur arrivée ils ont trouvé un groupe de personnes avec des haut-parleurs qui diffusent la chanson « Teslam Al-Ayadi » (chanson qui fait l’éloge de l’armée). Le groupe brandit des banderoles sur lesquelles on peut lire « Les habitants de Misr Al-Qadima refusent les manifestations dans leur quartier ».

« Ce sont les hommes de main du ministère de l’Intérieur. Ils les ont envoyés ici pour saboter notre manifestation », lance l’un des manifestants. Les manifestants se mettent en colère et des accrochages sont sur le point d’éclater entre ces derniers et les « habitants », mais les organisateurs de la manifestation parviennent à calmer les esprits.

Après une journée épuisante, les manifestants parviennent à entrer au jardin d’Al-Fostat, mais ils sont épuisés et leur nombre a nettement diminué. Le sit-in au jardin d’Al-Fostat ne durera que 45 minutes. « Nous continuerons à protester dans les prochains jours. Nous avons recueilli plus de 450 000 signatures contre la loi et notre ambition c’est de rallier les 6 millions de fonctionnaires que compte l’Egypte », souligne Tareq Koaab, président du syndicat indépendant des Taxes foncières et l'un des fondateurs de la coalition syndicale, hostile à la nouvelle loi. Pour lui, ce n’est que partie remise.

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