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Trois mois pour nettoyer les rues

Ghada Ismaïl et Héba Nasreddine, Vendredi, 28 août 2015

Le premier ministre, Ibrahim Mahlab, a donné trois mois aux services de propreté pour mettre fin aux ordures qui jonchent les rues. Les progrès effectués sont pourtant considérables.

Trois mois pour nettoyer les rues
Le gouvernement a la ferme intention de résoudre le problème des ordures. (Photos : Al-Ahram)

« Vous avez trois mois pour régler le problème des ordures ! », lançait, il y a deux semaines, le premier ministre, Ibrahim Mahlab, lors d’une réunion avec plusieurs ministres et gouverneurs, axée sur le problème de la propreté en Egypte. Le chef du gouvernement n’a pas mâché ses mots : « Les rues doivent être propres. C’est une question de sécurité nationale ».

L’Egypte est l’un des pays les plus touchées par le problème des ordures. Selon l’Organisme de la propreté et de l’embellissement du Caire, 15 millions de tonnes d’ordures sont déversés quotidiennement dans les rues de la capitale. Un record. Le problème est chronique dans les gouvernorats du Grand-Caire. Partout, c’est la même scène qui se répète : des tas d’immondices et de déchets jonchent les rues et les trottoirs.

Dans certains quartiers, l’odeur est insupportable, et les plaintes des citoyens à la municipalité se comptent par milliers. « Nous en avons marre de ces immondices qui couvrent les rues et les trottoirs. Outre l’odeur insupportable qui nous asphyxie, ces ordures risquent de prendre feu à tout moment à cause de la canicule. C’est vraiment scandaleux », dénonce Tamer Ali, père de quatre enfants qui réside dans le quartier de Maadi, et qui paye chaque mois des frais de « propreté » sur sa facture d’électricité. « Je me demande à quoi servent ces frais de propreté, alors que les ordures s’entassent dans les rues pendant des semaines », s’interroge-t-il.

Même son de cloche pour Hanane Choukri, mère de deux filles, qui habite le quartier de Sayeda Zeinab au Caire. Elle affirme que les maladies se propagent dans son quartier en raison des insectes qui prolifèrent dans les ordures. « Nous avons porté plainte contre le gouvernorat et la municipalité. Nous avons même enregistré les numéros d’immatriculation des camions qui viennent jeter des débris de matériaux de construction dans les rues, mais en vain : aucune réaction de la part des responsables, si ce n’est des promesses en l’air », déclare-t-elle.

Négligence, absence de moyens et de stratégie pour faire face au problème sont à l’origine de cette situation. L’Organisme public de la propreté du Caire est l’instance responsable du nettoyage des rues. Mais celui-ci a toujours manqué de moyens. « Notre budget est très limité et ne suffit même pas à entretenir les équipements de propreté dont nous disposons », affirme un responsable de l’organisme sous couvert d’anonymat. Il dénonce le comportement des citoyens qui jettent les ordures « n’importe où » et « n’importe comment ». « Dans certaines rues, il y a des bennes à ordures. Mais les citoyens jettent leurs déchets à côté de celles-ci sur le sol. C’est un comportement inacceptable », affirme le responsable.

Une loi datant de 1967 impose des amendes allant de 100 à 500 L.E. à toute personne qui jette des ordures dans la rue, jette de l’eau par son balcon ou élève des volailles sur les toits des maisons. Mais cette loi n’a jamais été vraiment appliquée, sans compter le fait que les amendes sont dérisoires.

Face à l’aggravation du problème des ordures, l’Etat avait confié, en 2002, la collecte des ordures à trois compagnies étrangères privées (deux espagnoles, FCC et Enser, et une italienne AMA Arab) ainsi que quatre compagnies égyptiennes. Mais l’expérience n’a pas réussi.

En effet, l’Organisme de la propreté s’est retrouvé dans l’incapacité de payer les compagnies en question, et ses dettes envers elles se sont accumulées. Résultat : les deux compagnies espagnoles ont suspendu leurs activités. Pour remédier au problème, l’Etat a décidé en 2005 d’imposer des frais de propreté aux habitants. Ceux-ci sont payés à travers la facture d’électricité. Mais le problème n’a jamais été vraiment résolu, et s’est même aggravé après la révolution du 25 janvier. Certaines entreprises, incapables de payer leurs employés et de maintenir leurs équipements et leurs véhicules, ne travaillent qu’à 10 % de leur capacité. L’expérience avec les compagnies privées est un échec.

Mais aujourd’hui, le gouvernement semble avoir l’intention de reprendre les choses en main. Du moins, c’est ce qu’affirment les responsables de la propreté. « L’Organisme de la propreté va recevoir une aide financière de 35 millions de L.E. pour rembourser ses dettes envers les compagnies privées », affirme Ahmad Al-Démeiri, du gouvernorat du Caire. « Oubliez le passé. Evaluez notre performance à partir d’aujourd’hui », lance pour sa part Hassan Abou-Ahmad, de l’Organisme de la propreté du Caire. L’organisme va coordonner avec les compagnies privées pour accélérer le nettoyage des rues. Le nombre des véhicules de ramassage, des chiffonniers et des bennes sera doublé. Les heures de travail seront également doublées.

« Il faut aussi que les habitants nous aident et ne jettent pas les ordures ménagères dans les rues ou sur les trottoirs », espère Abou-Ahmad. Il affirme qu’une campagne est nécessaire pour sensibiliser les citoyens au problème des ordures. Le problème des ordures peut-il être résolu en trois mois ? Cela paraît difficile. Les services de propreté affrontent un vrai défi.

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