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Un acte de représailles

May Al-Maghrabi, Vendredi, 28 août 2015

L’attentat contre le siège de la Sécurité nationale à Choubra Al- Kheima au Caire, serait un acte de représailles après la ratification de la loi antiterroriste. Les analystes écartent l'hypothèse de l'Etat islamique.

Un acte
(Photos : Reuters)

L’attaque à la voiture piégée qui a visé, dans la nuit de mercredi à jeudi, le siège de la Sécurité nationale à Choubra Al-Kheima au nord du Caire, a fait 29 blessés, dont 6 policiers, selon le ministère de l’Intérieur. Les blessures, pour la plupart légères, sont dues aux débris de verre, de bois et de plâtre des fenêtres soufflées par l’explosion. Le bruit de l’explosion, entendu par les habitants d’autres quartiers, et le cratère de deux mètres de profondeur provoqué par celle-ci montrent la puissance de la déflagration. Selon le ministère de l’Intérieur, un camion bourré d’une tonne d’explosifs s’est arrêté devant le périmètre du bâtiment de la Sécurité nationale. Le conducteur a quitté le véhicule et a pris la fuite à bord d’une moto quelques minutes avant l’explosion. « Le véhicule suspect a été immédiatement détecté par la Sécurité et les dirigeants ont été informés.

Toutefois, la rapidité de l’explosion, qui s’est produite 4 minutes après le stationnement de la voiture, n’a pas laissé de temps aux forces de sécurité d’intervenir », affirme le communiqué du ministère. Le bâtiment a été partiellement endommagé par l’explosion ainsi qu’un certain nombre de bâtiments voisins. Le premier ministre, Ibrahim Mahlab, et le ministre de l’Intérieur, Magdi Abdel- Ghaffar, arrivés sur les lieux de l’attentat, ont promis d’éradiquer le terrorisme. Le gouvernement s’est engagé à réparer les dommages subis sur les bâtiments environnants. Le gouvernorat du Caire a enlevé 100 tonnes de débris causés par l’explosion, et les travaux de restauration du bâtiment de la Sécurité sont à pied d’oeuvre depuis samedi dernier. L’attentat est intervenu quelques jours après la ratification, le 16 août, par le président de la République, de la nouvelle loi antiterroriste. Cette loi élargit la notion de terrorisme, renforce les pouvoirs de l’exécutif et durcit les peines à l’encontre des crimes terroristes.

Depuis la destitution du président islamiste Mohamad Morsi, le 3 juillet 2013, des centaines de policiers ont été tuées dans des attaques terroristes, surtout dans le nord du Sinaï, où le groupe Ansar Beït Al-Maqdess, qui a prêté allégeance au groupe Etat Islmaique (EI), est particulièrement actif. L’attentat de jeudi semble être une réponse à la nouvelle loi. C’est ce qu’affirme Hossam Soweilam, ancien général de Police. « C’est une tentative ratée de discréditer les efforts des services de sécurité dans la lutte contre le terrorisme. Mais l’Etat est déterminé à éradiquer définitivement le terrorisme. Aucun pays ne peut éviter à 100 % de telles attaques, surtout celles menées à l’aide de voitures piégées. Grâce aux efforts de sécurité, des dizaines d’attaques terroristes ont été avortées ». Jusqu’à présent, l’identité des auteurs de cette attaque terroriste n’est pas connue. Les services de sécurité ont pu identifier le propriétaire du camion piégé, utilisé dans l’explosion. Celuici est interrogé par la police.

L’attaque a été revendiquée par la Province du Sinaï, la branche égyptienne de l’EI. Dans un communiqué diffusé sur Internet, l’EI indique que cet attentat vise à « venger la liquidation, par les forces de sécurité, de la cellule de Arab Charkas », un groupuscule apparenté à Province du Sinaï, auteur de plusieurs attaques terroristes contre la Police. Mais plusieurs analystes remettent en cause cette revendication. Selon Ahmad Ban, spécialiste des mouvements islamistes, cet attentat ne porte pas les marques de l’EI, dont les opérations sont beaucoup plus sophistiquées, ciblées et très meurtrières comme celle qui avait visé la préfecture de police du Caire, ou encore l’attentat contre le procureur général. « Il s’agit probablement de l’une de ces petites cellules opérant au Caire et à Guiza et composée de jeunes dissidents de la confrérie des Frères musulmans ou d’autres mouvements islamistes comme la Gamaa islamiya, le Djihad ou le salafisme djihadiste. Ces jeunes dissidents se sont radicalisés après l’échec de l’expérience des Frères musulmans. Et ils sont convaincus à présent que l’Etat islamique ne peut être instauré que par la force des armes ». Selon Ban, la stratégie de ces groupuscules consiste à lancer des attaques ciblées et imprévisibles contre les forces de l’ordre, afin d’affaiblir leur moral. « Ils veulent donner l’impression qu’ils sont nombreux, afin de faire peur et semer la panique. Ils attaquent souvent des points vulnérables et pas très bien protégés. C’est le cas de ce bâtiment de sécurité situé dans la banlieue où les mesures de sécurité sont moins strictes que dans la capitale ». Pour l’expert en sécurité, Mahmoud Katari, ce qui retient le plus l’attention c’est la persistance des défaillances sécuritaires, qui facilite ce genre d’actes terroristes. « La présence de voitures piégées au centre-ville est un signal alarmant sur la dégradation de l’état de sécurité ». Il pense qu’il existe une certaine négligence sécuritaire. « La loi ne peut pas, à elle seule, combattre le terrorisme sans stratégie sécuritaire complémentaire qui comblera les failles exploitées par les terroristes », conclut-il.

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