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La canicule dans l’arrière-cour

Najet Belhatem, Mardi, 18 août 2015

La canicule s’est abattue sur l’Egypte. Et elle ressort dans les colonnes de la presse qui pointe du doigt la situation des prisonniers dans des lieux de détention et celle des malades dans les hôpitaux publics.

« Quelques pouces et une poigne de fer. N’espère pas plus d’espace si par malchance tu es arrêté et emprisonné dans n’importe quel poste de police pour n’importe quelle raison. Si tu habites en province, tu dois remercier Dieu, car la probabilité de ta sortie de cellule sur tes deux pieds existe. Mais si tu habites Le Caire tu dois écrire ton testament avant car tu n’auras droit qu’à moins de 50 cm, vu la surpopulation des cellules dans les postes de police du Caire », écrit l’éditorialiste Mohamad Saad Abdel-Hafiz dans le quotidien Al-Shorouk.

« Le mois d’août transforme ces pièces où il n’y a qu’une petite ouverture de 70 cm en vraie fournaise. Et bien sûr, chaque mois d’août enregistre des victimes parmi les personnes qui y sont incarcérées. En moins de 10 jours, 11 personnes sont décédées dans des postes de police d’Alexandrie, de Choubra, de Guirga, et de Kom Ombo. Les rapports ont dévoilé que la majorité est décédée des suites d’une température élevée du corps et d’une mauvaise aération. Sans compter que certains sont atteints de maladies chroniques comme le diabète ou la tension artérielle ». L’auteur fait remarquer qu’en mai dernier, le Conseil national des droits de l’homme a mis en garde dans un rapport contre la surpopulation dans les postes de police qui atteint les 300 % selon le rapport.

« Quelques jours après, l’ex-procureur Hicham Barakat, qui a été assassiné lors d’un attentat en juillet dernier, a ordonné l’ouverture d’une enquête autour des violations relevées par le rapport du Conseil des droits de l’homme. Les rapports de l’enquête, qui lui ont été soumis, ont notamment signalé que l’espace des cellules est trop exigu pour le nombre des détenus, ce qui menace leur vie ». Suite à cela, selon l’auteur, le ministère de l’Intérieur a ouvert une nouvelle prison dans la ville du 15 Mai, dans la banlieue du Caire, et a affirmé qu’il allait améliorer la situation dans les lieux de détention avant l’été. « Le procureur général est mort, et avec lui est mort également le rapport des violations dans les postes de police … ».

Dans le même journal, un autre éditorialiste, Emadeddine Hussein, qui est aussi son rédacteur en chef, fait une proposition au ministère de l’Intérieur et au gouvernement : « Vu la surpopulation et la canicule, je propose que le gouvernement prenne l’initiative de réviser les dossiers de tous les détenus et de libérer ceux dont l’innocence est prouvée, comme l’a promis le président de la République avant cela, et en même temps, de libérer tous les détenus âgés qui souffrent de maladies graves. J’espère que les autorités compétentes étudieront cette proposition qui est un pas humanitaire extraordinaire et qui aura un impact important dans le sens où elle donnera au gouvernement des arguments face à ceux qui doutent de son humanité » !

Un drap ventilateur

Un ex-détenu, Ahmad Gamal Ziyada, écrit dans le quotidien Al-Tahrir un article sur son expérience personnelle. « J’ai passé l’été de l’année dernière derrière les barreaux. Au début, l’Organisme des prisons a permis l’entrée de ventilateurs. Nous étions heureux, mais cela n’a pas duré longtemps, car le lendemain matin, les policiers nous ont réveillés le matin pour une inspection des cellules. Et soudain, ils ont confisqué les ventilateurs en arguant qu’un des détenus a fait entrer un téléphone mobile et l’a caché dans l’un d’eux. Et ce fut la punition pour tous. Alors que nous étions de 40 à 70, l’un de nous prenait un drap et commençait à l’agiter vers les autres pour remplacer le ventilateur. Et quand il se fatiguait, un autre prenait la relève. L’eau était coupée pratiquement tout le temps, quand il y en avait c’était la cohue pour inscrire son nom sur une liste d’attente pour entrer aux toilettes. Chacun avait droit à 5 minutes. Souvent, les derniers sur la liste ne pouvaient pas prendre leur douche parce qu’il n’y avait plus d’eau. Quant au fourgon qui transporte les prisonniers, je crois que c’est juste un morceau de feu. Personne ne supporte sa chaleur en hiver alors que dire de l’été ! Les prisonniers s’entassent à plus de 30 dans ce fourgon sans aération et les évanouissements n’en finissent pas … ».

Cris des nourrissons

Les malades dans les hôpitaux publics souffrent eux aussi de la canicule. « A l’hôpital Oum Al-Masréyine, une mère tente de donner un peu d’air à son fils venu pour une séance d’aérosol, en agitant un bout de carton. On entend les cris des nourrissons à cause de la haute température et de la mauvaise aération dans le service. Les médecins disent que l’hôpital a besoin de climatiseurs, mais à cause de la situation que vit le secteur de la santé il n’y a pas de budget pour ça. L’un d’eux, qui a requis l’anonymat, nous a dit que dans certains services il est difficile pour un médecin de faire son travail à cause de la chaleur », écrit le quotidien Al-Shorouk, qui a publié un reportage sur la souffrance des malades à cause de cette canicule. « A l’hôpital d’Al-Hawamdiya, la situation est pire. Dans le service d’obstétrique il n’y a même pas de ventilateurs. Et dans la salle des malades il y a un nombre incroyable de chats. Un médecin des urgences a déclaré que certains services ont des ventilateurs, et que seul le service des soins intensifs est climatisé ». La canicule qui frappe l’Egypte depuis plus de trois semaines a fait, selon la presse et les chiffres officiels, 92 morts et 1 708 cas d’insolation.

Le journal Al-Watan fait état de pertes chez les éleveurs dans le gouvernorat de Minya. « Les éleveurs disent que les prix du bétail sont en chute, à cause de la baisse des poids des bêtes qui n’ont plus d’appétit à cause de la chaleur et souffrent de fatigue. Cette baisse des prix à la veille de l’Aïd Al-Kébir, fête du sacrifice, est une grande perte pour les éleveurs ».

Et comme le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres, les ventes de climatiseurs, ventilateurs et générateurs sont en hausse. Selon la page économie d’Al-Shorouk, « les ventes de climatiseurs ont connu une hausse de 30 %, celles des ventilateurs avec batterie de 40 % et celle des générateurs électriques de 20 % par rapport au début de l’été ».

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