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Les élections ouvrières repoussées d’au moins un an

May Atta, Lundi, 25 mai 2015

La loi 35 de 1976 relative aux syndicats ouvriers vient d'être amendée. Les élections des syndicats ouvriers n'auront pas lieu avant un an.

Les élections ouvrières repoussées d’au moins un an
Les ouvriers attendent leurs élections.

Les ouvriers devront attendre encore au moins un an avant d’organiser leurs élections. Le prési­dent de la République a prolongé d’une année, à travers un amende­ment de la loi 35 de 1976, le mandat du conseil d’administration de l’Union des syndicats ouvriers (orga­nisme proche du gouvernement qui encadre les syndicats ouvriers).

« Ce conseil en place depuis décembre 2011 n’a pas été élu, mais choisi par l’assemblée générale des syndicats ouvriers. Le conseil doit normalement être élu. Cette décision signifie qu’il n’y aura pas d’élec­tions jusqu’à l’année prochaine. C’est une surprise pour les ouvriers qui s’attendaient à des élections, surtout après leur réunion du 28 avril dernier avec le président de la République à l’occasion de la Fête du travail », commente Kamal Abbas, militant ouvrier et coordina­teur général du Centre des services syndicaux. « Les ouvriers, qui sou­haitent obtenir plus de droits, vou­laient que les élections de leurs syn­dicats se tiennent cette année », poursuit-il.

En effet, les dernières élections ouvrières remontent à 2006 à l’époque de l’ancien président Hosni Moubarak, mais suite à plusieurs recours présentés devant les tribu­naux, la justice a invalidé le scrutin. Pourtant, ces verdicts n’ont jamais été appliqués sous le régime de Moubarak.

Alors que de nouvelles élections devaient avoir lieu en 2011, la révo­lution du 25 janvier a éclaté, et le régime de Moubarak est tombé. Après la révolution, le premier ministre nouvellement désigné, Essam Charaf, décide d’appliquer les décisions de justice et de tenir de nouvelles élections. Mais en atten­dant, il forme un comité chargé de gérer provisoirement les syndicats ouvriers. Charaf quitte à son tour le gouvernement et l’Union des syndi­cats ouvriers reste sans conseil d’ad­ministration jusqu’en 2012 quand, sous le gouvernement des Frères musulmans, l’assemblée générale de l’union se réunit et décide de former un conseil dont les membres sont choisis directement et non pas élus par les ouvriers. Ce conseil est en fonction jusqu’à aujourd’hui.

« Le prolongement du mandat de ce conseil signifie qu’il n’y aura pas d’élections cette année. Celui-ci a été au diapason avec tous les gou­vernements post-révolution, et c’est encore le cas aujourd’hui. Mais le conseil n’a jamais vraiment défendu les droits des ouvriers. Par exemple, il était contre les grèves ouvrières et en faveur des hommes d’affaires », affirme Kamal Abbas.

Pourquoi donc cette décision de maintenir ce conseil en place et donc de reporter des élections ? Deux rai­sons expliquent cette décision du point de vue du gouvernement. La première est qu’une nouvelle loi, la loi sur les libertés syndicales, est actuellement en préparation, et le gouvernement préfère attendre que celle-ci soit promulguée avant d’or­ganiser d’éventuelles élections.

C’est ce qu’affirme Guébali Al-Maraghi, président de l’Union des syndicats ouvriers : « Cette loi régit l’ensemble des syndicats en Egypte, surtout la question des élections. Je crois que le gouvernement veut attendre que cette loi soit promulguée. Or, il n’y a pas de parlement pour l’instant en Egypte. Il faut attendre les élections législatives ». Cette loi, qui aborde entre autres la question épi­neuse des syndicats indépendants, est attendue par les ouvriers depuis long­temps en espérant qu’elle protégera leurs droits. L’autre raison se rapporte au contexte actuel. « Le gouverne­ment rédige en ce moment la nouvelle loi sur l’investissement. Il ne veut pas de bruit autour de cette loi qui accorde de nombreux privilèges aux investis­seurs au détriment des ouvriers », affirme, quant à lui, Kamal Abbas. Il affirme qu’à titre d’exemple, la prime de 10 % perçue par les ouvriers à la fin de chaque année a été supprimée dans la nouvelle loi. Un fait qui ne plaît pas aux ouvriers.

L’Union des syndicats ouvriers a été créée en 1957, mais a été utili­sée par les gouvernements succes­sifs pour garantir la loyauté des ouvriers envers le régime politique. Beaucoup d’ouvriers aujourd’hui se disent sceptiques. « Même si des élections ont lieu, rien ne change, car ce sont les mêmes mécanismes qui sévissent. L’Union des syndi­cats ouvriers a toujours été sous la coupe du gouvernement. Même si le conseil est élu, l’Etat intervient d’une façon ou d’une autre pour garantir la fidélité des dirigeants de l’union », affirme Waël Habib, militant ouvrier de l’usine de textile à Mahalla. « Personne ne défend les droits des ouvriers. Pour la pre­mière fois depuis 1986, la direction de l’usine a mis 3 ouvriers à la porte cette année après la grève de janvier dernier. Et le gouvernement n’a pas promulgué jusqu’à présent aucune loi pour garantir la justice sociale », précise-t-il.

Selon lui, « s’il y a un jour des syndicats indépendants en Egypte, beaucoup d’ouvriers y adhéreront, car les syndicats proches de l’Etat n’ont jamais défendu leurs droits ».

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