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Haro sur les conditions de détention en Egypte

Najet Belhatem, Mardi, 28 avril 2015

Le dossier épineux de la torture et du traitement dans les lieux de détention est revenu en force dans la presse, même gouvernementale, ces dernières semaines. Focus.

Prisons
(Photo: Reuters)

Depuis deux semaines la question de la torture dans les prisons revient sur le tapis médiatique. La presse a certes rapporté les cas de détenus morts au sein des postes de police, mais cela n’a pas fait plus de vagues. Il y a deux semaines, le quotidien Al-Masry Al-Youm a publié un très long reportage sur l’état des lieux de détention et sur les excès des services de police. Cette semaine, c’est au tour du très officiel quotidien Al-Ahram de publier un reportage très critique à l’égard de la situation dramatique dans les lieux de détention. « L’être humain est devenu la plus basse des créatures surtout à l’intérieur des postes de police, celui qui n’y meurt pas suite à l’oppression et à la torture perd sa vie asphyxié ou atteint d’une maladie infectieuse », relèvent les auteurs du reportage en début d’article. Selon le journal, le Parquet général a lancé ces derniers jours une large campagne dans les postes de police dans les gouvernorats du Caire et de Guiza et « les représentants du Parquet général ont vu des choses qui dépassent tout entendement. Les cellules de détentions se sont transformées en décharges à ordures, et en égouts où pullulent toutes sortes d’insectes sur les corps des détenus ». Le journal rapporte que les représentants du Parquet général ont remis leur rapport au procureur général Hicham Barakat et « plusieurs postes de police ont reçu le label de la saleté, la surpopulation et le déni total des droits humains. Mais le poste de police qui devrait recevoir un Nobel en la matière c’est celui de Vieux-Caire ». Ce poste de police, selon Al-Ahram, est formé de sept cellules faites pour accueillir une centaine de détenus, « 380 détenus y sont parqués avec parmi eux des personnes âgées. Ils se tiennent debout sur une seule jambe, car s’ils ont la malencontreuse idée de s’asseoir, ils finiront étouffés. Ces détenus dorment debout, et pour dormir par terre ils doivent le faire par roulement d’une heure chacun », ajoute le journal qui se base sur le rapport alarmant des représentants du Parquet général.

Asphyxie au milieu de l’entassement

« Les cellules sont dépourvues de tout moyen d’aération et ne sont jamais nettoyées. Les ordures s’y entassent au milieu de l’entassement des humains, et comme ces détenus ont besoin de loisirs, l’administration a laissé croître une population de rats, de lézards et de cafards qui se chargent de les amuser. Sans oublier les toilettes qui ne fonctionnent pas, les canalisations bouchées et les robinets inexistants. Les toilettes se sont ainsi transformées en une mare qui accueille toutes sortes d’insectes », continue le journal avec sarcasme. Et d’ajouter que 34 détenus dans ce poste de police ont été jugés par la justice, mais y passent leur peine : « Parce qu’il n’y a pas de policiers pour les emmener à la prison ». Deux détenus sont morts asphyxiés en trois jours dans ces cellules : « Le président du Parquet de Masr Al-Qadima s’est rendu dans ce poste de police et ordonné l’envoi des corps au médecin légiste qui a décrété que la mort est due à l’asphyxie et à l’entassement des détenus ». Suite à cela le procureur général du secteur du Sud du Caire a formé une commission médicale qui a eu pour mission de se rendre dans ce poste de police. Résultat : « Une prolifération de maladies dermiques, dont la gale, et une maladie respiratoire à cause du manque d’aération. La commission a recommandé de séparer les détenus atteints de maladies transmissibles pour éviter que les cellules ne se transforment en charniers. Et la question que nous posons aux responsables de ce ministère (ministère de l’Intérieur) est la suivante : quand le prix du citoyen augmentera-t-il à vos yeux ? ».

Escalade qualitative

Probablement, sous la pression de cette campagne, le ministère a mis, selon le site en ligne Masrawy, des numéros de téléphone à la disposition de quiconque veut témoigner d’une infraction aux droits de l’homme ! Le même site d’informations a rapporté le même jour, à savoir dimanche, qu’un bébé est en détention dans le poste de police de Talkha dans le gouvernorat de Daqahliya. « Or, le général Saïd Chalabi, directeur de la sûreté dans le gouvernorat, a expliqué que le bébé est en compagnie de sa mère détenue après des accrochages entre les agriculteurs et les propriétaires. Et c’est la mère qui a demandé de garder son bébé avec elle » !

Un autre article sur le site d’informations Mada Masr revient sur le sujet en axant sur l’assassinat, il y a quelques semaines, d’un officier de police, Waël Tahoun, chef de la police d’investigation du quartier Matariya au Caire, et sur les conséquences de la violence de l’Etat. L’officier a été assassiné en bas de chez lui par des hommes cagoulés. « C’est le premier officier de police assassiné de la sorte, ce que beaucoup ont jugé comme une escalade qualitative contre la police dont les membres sont la cible d’attentats depuis 2013. Cet officier était connu pour ses relations conflictuelles avec les habitants de Matariya qui l’accusaient de torture et d’avoir tué des manifestants lors de la révolution du 25 janvier 2011. Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, le groupe qui a revendiqué l’assassinat a déclaré qu’il entame une série d’actes de vengeance contre les officiers de police impliqués dans le meurtre de révolutionnaires ». Le groupe dit, selon Mada Masr, avoir assassiné Tahoun pour venger l’avocat Karim Hamdi « mort dans le poste de police de Matariya sous la torture ».

Dans le quotidien Al-Shorouk, Aymane Al-Sayad se penche sur le cas de deux juges qui ont été soumis à une enquête suite à la rédaction d’une étude juridique sur le projet de loi contre la torture dans les prisons et postes de police. Information rapportée par le journal Al-Watan le 1er avril : « Ce qui est étonnant c’est que ce projet de loi fait partie des dossiers officiels de l’Etat. Il a été envoyé en février 2013 au Conseil des ministres qui l'a discuté et approuvé. Mais il n’a jamais vu le jour en tant que loi ».

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