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Aide militaire : Le pragmatisme de Washington

May Atta, Mardi, 07 avril 2015

Les Etats-Unis ont annoncé cette semaine le déblocage de l'aide militaire à l'Egypte, retenue depuis la chute de Mohamad Morsi en juillet 2013.

 Les femmes ont leurs murs
Les Etats-Unis vont livrer à l'Egypte 12 chasseurs F-16. (Photo:Reuters)

Selon une annonce faite par le président Barack Obama, les Etats-Unis ont décidé de reprendre leurs livraisons d’armes à l’Egypte. Le dirigeant américain a indiqué à son homologue Abdel-Fattah Al-Sissi, lors d’une conversation téléphonique, qu’il « continuera à solliciter l’aide militaire en faveur de l’Egypte », sachant que les Etats-Unis versent chaque année à l’Egypte des aides à hauteur de 1,5 milliard de dollars, dont 1,3 milliard dédiés au domaine militaire. Les Etats-Unis avaient suspendu leurs livraisons en octobre 2013 suite à des différends avec Le Caire sur l’après-30 juin. Washington exigeait des autorités égyptiennes des réformes démocratiques en condition à la reprise de son aide militaire. Toutefois, les Etats-Unis ont été contraints de se montrer moins exigeants pour des raisons stratégiques. Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, explique : « Le gouvernement égyptien n’a rien fait de particulier au niveau de la démocratie et des droits de l’homme. Les leaders de la confrérie des Frères musulmans et les révolutionnaires sont toujours en prison. Mais ce qui a forcé les Etats-Unis à rétablir l’aide, c’est sa guerre contre le terrorisme au Proche-Orient, en Syrie, en Iraq et même ce qui se passe au Yémen », affirme Moustapha Al-Sayed.

En effet, la décision de Washington est le résultat d’une approche pragmatique. Washington a besoin de l’Egypte dans la région pour contrer les groupes extrémistes. Le Caire a ainsi été sollicité en septembre dernier, pour faire partie de la coalition internationale contre l’Etat islamique. Elle prend aujourd’hui part à la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, qui a lancé une offensive militaire au Yémen pour contrer les insurgés chiites houthis. Mais ce n’est pas tout. « Les Etats-Unis ont besoin de l’Egypte pour la stabilité de la région. Le Caire possède de bonnes relations avec Israël et joue un rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Or, pour les Etats-Unis, il est difficile de perdre un allié comme l’Egypte », poursuit Al-Sayed. L’Egypte est actuellement le pays arabe le plus peuplé et le mieux équipé militairement. Obama a précisé que la décision de rétablir l’aide doit « concourir aux intérêts communs des deux pays dans une région instable ». L’aide débloquée cette semaine par Washington est celle qui a été retenue durant la seconde moitié de l’année 2013 et l’année 2014. Il s’agit de 12 chasseurs F-16, une vingtaine de missiles ainsi que des pièces détachées de chars et de véhicules armés. Le secrétaire d’Etat, John Kerry, doit présenter au Congrès une demande pour approuver la fourniture à l’Egypte de l’aide de 2015. Le montant de l’aide militaire annuelle fournie à l’Egypte s’élève à 1,3 milliard de dollars. Le Caire reçoit également une aide économique dont le montant a nettement diminué au cours des dernières années, passant de 800 millions de dollars en 1998 à 250 millions de dollars en 2014.

Yousri Al-Azabawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique : « Outre la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis voient d’un mauvais oeil les nouvelles relations entre l’Egypte, la Russie et la Chine. Les Etats-Unis ne veulent pas perdre leurs alliés dans la région, surtout l’Egypte », affirme Al-Azabawi. Le président russe, Vladimir Poutine, a effectué en février une visite officielle de deux jours en Egypte, la première depuis 10 ans. Objectif : renforcer les liens économiques entre les deux pays. Poutine a rappelé l’importance des échanges entre la Russie et l’Egypte, qui ont atteint 4,6 milliards de dollars entre janvier et novembre 2014, soit une augmentation de 80 % par rapport à la même période de l’année dernière.

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