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Profession : Tailleur d’or

Dina Kabil , Lundi, 23 octobre 2023

Profession : Tailleur d’or

Kamal Ghali est un bijoutier virtuose qui redonne vie à des objets devenus obsolètes. Donnez-lui des pendentifs en or, des boucles d’oreilles ou des chaînes abîmées, il en fera un collier original qui n’a pas de semblable. Kamal Ghali a hérité ce métier de son père, mais il n’a pas tardé à y apporter sa propre touche, c’est-à-dire l’art de retravailler les pièces en or ornées de pierres précieuses. Petit de taille, queue de cheval et tatouage sur les bras, il nous accueille dans son atelier situé dans un bâtiment archaïque du quartier d’Héliopolis, donnant le look d’un créateur de mode.

En lui posant la question s’il est designer-créateur, il se disculpe modestement, en affirmant : « Je suis tailleur d’or ». C’est ce qu’il met dans sa carte-visite. Il se met dans la peau d’un tailleur de robes qui réalise les demandes et les aspirations de sa clientèle. « Mon travail est directement lié au client, explique-t-il, nous sommes tous les deux partenaires pour transformer l’or brut en pièce d’art ; le client m’explique ce qu’il veut et nous essayons ensemble d’arriver à la forme désirée ».

La pièce d’origine passe par plusieurs étapes. Il faut une photo de la pièce, dessiner les ajouts s’il y en a, avec le consentement du client, puis faire une sorte de moule à base de cire ou une sorte de pâte à modeler spéciale. Il y a ensuite une série d’étapes : transformer le moule en pièce-pilote, installer les pierres et, enfin, polir la pièce.

Ces différentes étapes qui sont accomplies dans de petits ateliers dans l’Ancien Caire, il rêvait de les rassembler sous le même toit depuis l’époque de son père, Helmy Ghaly. Au bout de 35 ans de travail avec le père-maître, le jeune Kamal s’est révolté contre les méthodes classiques et presque banales et contre les donnes difficiles de cet univers de bijoutiers. Il a suivi une formation à Rome, puis est parti explorer la vie de commerçants bijoutiers du bas de l’échelle à Manhattan, aux Etats-Unis. Puis, il a créé son atelier-usine dans lequel il rassemble une dizaine d’artisans virtuoses. « Tout dépend du client. Il peut être un aventurier et demander à faire fondre sa pièce et à faire du upcycling, c’est-à-dire à faire du nouveau à partir de l’ancien, mais il peut aussi être conservateur ou nostalgique et demander à reproduire une copie conforme de sa pièce originale ». L’idée du partenariat entre le créateur et le client est très subtile. Parce qu’une pièce rare de grand-maman, ou une monture perse ou indienne de haute qualité, une fois fondue, ne portera plus les mêmes souvenirs, la même nostalgie qu’elle suscite chez son propriétaire.

« 85 % de mes clients sont des magasins qui veulent retravailler leurs bijoux d’or et de diamant, alors que 15 % sont de simples individus ». Aujourd’hui, avec la hausse vertigineuse des prix de l’or, Kamal avoue que le travail des magasins est en net recul, tandis que les personnes qui veulent faire de nouveaux objets à partir d’anciennes pièces authentiques sont plus nombreuses.

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