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Technologies spatiales : L’Afrique affiche ses ambitions

Nada Al-Hagrassy , Lundi, 08 mai 2023

Organisé par l’Union africaine, le 2e Forum africain sur l’espace s’est tenu du 25 au 28 avril à Abidjan avec la participation de 300 décideurs et chefs d’entreprises. Objectif : soutenir les solutions spatiales au service du développement socioéconomique. Bilan.

Technologies spatiales : L’Afrique affiche ses ambitions

Comment l’espace peut-il aider l’Afrique à surmonter ses défis ? La question était au centre des discussions à la 2e édition du Forum africain sur l’espace « NewSpace Africa » qui a eu lieu du 25 au 28 avril à Abidjan. « Cette conférence est stratégique pour le continent parce qu’elle vise à promouvoir le dialogue sud-sud et à soutenir de façon durable les innovations et les solutions spatiales au service du développement socioéconomique dans nos différents pays », a souligné Kandia Camara, la ministre ivoirienne des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine, dans son discours inaugural de cet événement. « Les technologies spatiales offrent une opportunité pour améliorer la gestion des risques lors des catastrophes naturelles, renforcer la surveillance météorologique et climatique, assurer une meilleure connectivité avec les zones reculées et renforcer la sécurité maritime tout en surveillant l’érosion côtière », ajoute-t-elle. Organisée par l’Union africaine, la deuxième édition de « Space in Africa » a abordé plusieurs autres enjeux, notamment comment la technologie spatiale peut contribuer à la sécurité des voies routières, maritimes et aériennes, et comment profiter au maximum de cette technologie afin de créer des emplois pour les jeunes. D’après Adama Diawara, professeur ivoirien de recherche scientifique, l’un des intervenants de la conférence, le développement de l’industrie spatiale peut aider à surveiller certains phénomènes, comme la déforestation illégale, la désertification et les changements des milieux aquatiques dus aux changements climatiques ou aux activités humaines. Ainsi, « l’espace nous assure une gestion équitable et durable des ressources naturelles tout en préservant la richesse de notre biodiversité », ajoute Diawara, soulignant « l’importance cruciale de former une main-d’oeuvre qualifiée pour gérer cette technologie ». « L’espace est un bien commun, et tout le monde peut avoir accès aux sciences spatiales », affirme-t-il. Nous avons affaire aux technologies spatiales dans notre vie quotidienne comme le téléphone cellulaire, la télévision, la radio, la presse en ligne, les drones, la télémédecine, la télé-éducation et la gestion des parcs automobiles, explique Diawara, « d’où la nécessité de former un capital humain capable de gérer cette technologie », explique-t-il.

Selon « Space Africa », un centre d’études sur les sciences de l’espace a été récemment créé au Nigeria. Depuis 2019, une cinquantaine de satellites ont été lancés par au moins 13 pays africains. L’Egypte a été le premier pays africain à envoyer un satellite en 1998, suivi, une décennie plus tard, par le Kenya, qui a lancé son premier nanosatellite expérimental depuis la station spatiale américaine de SpaceX en 2018. Paradoxalement, aucun de ces satellites africains n’a été lancé depuis le sol africain. En janvier 2023, le gouvernement djiboutien a annoncé la signature d’un protocole d’accord avec une société basée à Hong Kong pour la construction d’un port spatial commercial d’un coût d’un milliard de dollars. La Côte d’Ivoire, quant à elle, a annoncé son intention de lancer le premier nanosatellite ivoirien à l’horizon 2024.

Un marché florissant mais …

Selon le dernier rapport sur l’industrie spatiale en Afrique publié en 2022, l’économie spatiale africaine en 2021 est évaluée à 19,49 milliards de dollars et devrait croître de 16,16 % pour atteindre 22,64 milliards de dollars d’ici 2026. Ce secteur emploie plus de 19 000 personnes à travers le continent. Les pays africains ont alloué un total de 534,9 millions de dollars à leurs programmes spatiaux respectifs en 2022, soit une augmentation de 2,24 % par rapport à 2021. Ces chiffres sont prometteurs, mais les défis sont grands. « Le problème principal est le manque d’infrastructures sur le sol africain, ainsi que l’accès difficile à la technologie de pointe et à la main-d’oeuvre qualifiée pour gérer cette technologie », explique Dr Tidiane Ouattara, chef du programme spatial africain « NewSpace » de l’Union Africaine (UA). Pour surmonter ces défis, la commission de l’UA a adopté une stratégie spatiale en 2016 qui vise à « promouvoir l’utilisation des technologies spatiales au profit de la coopération interafricaine », comme le stipule l’article 2 de son texte constitutif.

Création de l’Agence spatiale africaine

C’est dans le cadre de cette stratégie que l’Agence Spatiale Africaine (AfSA) a été créée en 2019 pour dynamiser ce secteur en Afrique. Constituée de 55 pays africains, cette agence a pour but de « coordonner les politiques et les stratégies spatiales africaines et de faciliter l’accès aux données, aux informations et aux services spatiaux ». En février 2019, l’Egypte a été choisie par l’UA pour abriter le siège de l’agence. Celle-ci devrait ouvrir ses portes courant 2023.

« Nous sommes en train de mettre en place les outils qui permettent au continent d’avoir un minimum d’autonomie et un minimum de cohérence dans les politiques africaines », souligne Mohamed Belhocine, le commissaire de l’UA pour l’éducation, la science, la technologie et l’innovation. Et d’ajouter : « Nous avons l’Agence africaine de l’espace établie au Caire. Nous souhaitons qu’elle devienne le creuset autour duquel vont s’agréger l’intégralité des agences nationales spatiales ». Lors de son intervention devant la conférence, Dr Sherif Sedky, président de l’Agence spatiale égyptienne, a annoncé que l’Egypte entend ouvrir un centre d’Assemblage, d’Intégration et de Tests (AIT) de satellites. Il sera à la disposition des autres pays africains pour leur fournir un accès à la technologie de pointe des satellites et à l’expertise. « L’Egypte espère favoriser le transfert des connaissances, développer l’expertise locale et mettre en place un écosystème plus solide en Afrique », conclut Sedky.

 Chiffres

  • D’après l’UA, le continent compte aujourd’hui 50 satellites.
  • L’Agence spatiale africaine compte 55 pays.
  • Depuis 1998, au moins 15 pays africains ont mis en orbite un satellite.
  • 21 pays disposent d’une agence spatiale nationale.
  • L’industrie spatiale africaine représentera en 2026 des investissements d’une valeur de 22,64 milliards de dollars contre 19,49 milliards de dollars en 2021.
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