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Dakar 2 : La souveraineté alimentaire africaine sous la loupe

Amira Samir , Dimanche, 05 février 2023

La reconquête de la souveraineté alimentaire en Afrique était au centre des discussions du sommet de Dakar 2, tenu du 25 au 27 janvier sous le slogan Feed Africa (nourrir l’Afrique). Compte rendu

Dakar 2 : La souveraineté alimentaire africaine sous la loupe

Le sommet de Dakar 2 a eu lieu au Sénégal, du 25 au 27 janvier, sous le thème « Nourrir l’Afrique : souveraineté alimentaire et résilience ». « Il est temps pour les pays africains de renforcer leur capacité de production alimentaire plutôt que de dépendre des importations qui les ont rendus vulnérables aux flambées des prix et aux pénuries ». C’est le message principal de cet événement qui a réuni 34 chefs d’Etat, 70 ministres, des banques de développement, des scientifiques, des représentants du secteur privé, ainsi que des organisations multilatérales et des partenaires internationaux, dont l’Union européenne et les Nations-Unies. « Pour transformer notre potentiel en réalité, nous devons allouer au moins 10 % du budget national au secteur agricole », a déclaré Macky Sall, le président de l’Union africaine et du Sénégal, qui a organisé l’événement avec le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD). « Si on ne nourrit pas les gens, on alimente les conflits », a estimé, pour sa part, Antonio Guterres, secrétaire général des Nations-Unies. En fait, le continent fait face à la pire crise alimentaire de son histoire.

Exploiter le potentiel agricole

Un Africain sur cinq, soit environ 282 millions d’Africains, souffre de la faim, selon les estimations de l’Onu. La sécheresse persistante dans la Corne de l’Afrique a poussé certains pays, comme le Madagascar, au bord de la famine. Les perturbations récentes de la chaîne d’approvisionnement alimentaire mondiale causées par la guerre en Ukraine ont également aggravé le problème. Bien que le continent dispose de 65 % de terres arables suffisantes pour nourrir 9 milliards de personnes dans le monde d’ici 2050, il dépense 75 milliards de dollars chaque année pour importer plus de 100 millions de tonnes métriques de nourriture, selon la BAD. L’Afrique importe 30 millions de tonnes métriques de nourriture de nations désormais en guerre, que ce soit la Russie ou l’Ukraine, alors que les prix de l’énergie, des engrais et des denrées alimentaires ont augmenté de 40 à 300 %. Le lourd fardeau de la dette, dû à la pandémie de Covid-19, au changement climatique, à la flambée de l’inflation et aux effets de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, a fait grimper les prix du carburant, des céréales et des huiles comestibles. Ces facteurs combinés ont aggravé l’insécurité alimentaire dans une grande partie de l’Afrique.

Nutrition, la décennie de l’action

Dakar 2 intervient 8 ans après la première édition du sommet (Dakar 1), tenue en 2015, qui avait lancé la Décennie d’action sur la nutrition, ou « la stratégie pour la transformation agricole en Afrique (2016- 2025) ». Cette stratégie a permis à plus de 250 millions de personnes de bénéficier d’améliorations dans le secteur agricole, selon la BAD. L’Afrique a le potentiel de se nourrir et de contribuer à nourrir le monde à travers ses vastes étendues de savane, estimées à elles seules à 400 millions d’hectares, dont seulement 10 % sont cultivés. Selon des estimations, la production agricole de l’Afrique pourrait passer de 280 milliards de dollars par an à 1 trillion de dollars d’ici 2030. « L’Afrique n’a pas besoin d’aide alimentaire pour se nourrir. Elle a besoin d’investissements appropriés et de semences dans le sol. Ainsi, investir dans l’augmentation de la productivité agricole et soutenir les infrastructures et les systèmes agricoles intelligents face au changement climatique, avec la participation du secteur privé, peuvent contribuer à faire de l’Afrique un grenier à blé pour le monde », prévoit Akinwumi Adesina, président de la BAD.

Echanger les expériences

Le sommet était également une occasion pour ces chefs d’Etat de faire le point et de partager leurs expériences en matière de transformation du secteur agricole. L’adoption d’une variété de maïs résistante à la sécheresse au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda a plus que doublé les rendements. En réponse au conflit en Ukraine, le Zimbabwe a commencé à produire ses propres engrais et blé. Le président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, a annoncé au sommet que son pays s’attend à produire suffisamment de blé pour commencer les exportations l’année prochaine. La production de manioc permet aujourd’hui à la République démocratique du Congo de réaliser de 10 à 20 millions de dollars environ d’économie sur l’importation du blé. En Centrafrique, l’Etat apporte gratuitement les engrais aux producteurs du coton, ce qui contribue fortement au PIB. A travers le programme intitulé « Chaque bouche doit avoir à manger et chaque poche doit avoir de l’argent », le Burundi fournit aux paysans intrants agricoles, semences, engrais et biopesticides, dans sa lutte contre la faim. A la clôture de cette rencontre, les partenaires au développement ont convenu d’investir 30 milliards de dollars pour soutenir la mise en oeuvre de pactes nationaux visant à développer l’agriculture durant les cinq prochaines années. Ainsi, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés à mettre en place des conseils consultatifs présidentiels de haut niveau pour superviser la mise en oeuvre des pactes, qui seront présidés par les présidents eux-mêmes dans leurs pays respectifs. La Déclaration de Dakar 2 sur la mise en oeuvre de cette résolution sera soumise à l’Union africaine. « Ce forum est un appel de l’Afrique, qui estime qu’il est temps pour elle de nourrir sa population et devenir un grenier pour le monde », a conclu Akinwumi Adesina.

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