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Le songe d’une nuit de printemps

Dalia Chams, Lundi, 22 avril 2019

L’écrivain Mohamed Salmawy a été à l’honneur, la semaine dernière, en Italie. L’intellectuel égyp­tien a reçu le prix de la princesse Marie-Thérèse de Bourbon-Parme et est devenu membre de la prestigieuse Académie de Casale et du Monferrato, qu’elle préside.

Le songe d’une nuit de printemps
Salmawy prononçant son discours devant la princesse Marie-Thérèse de Bourbon-Parme.

Une rencontre parfaite entre nature et architecture. Pour un écrivain, le côté poétique du Monferrato, dans le nord de l’Ita­lie, ne manque pas de suggérer plein de conno­tations énigmatiques et littéraires. L’auteur et éditorialiste égyptien Mohamed Salmawy s’est retrouvé dans ce cadre mythique, la semaine dernière, étant invité à recevoir le prix de la princesse Marie-Thérèse de Bourbon-Parme, présidente depuis 2015 de la prestigieuse Académie de Casale et du Monferrato (le Studium), pour l’art, l’histoire, la littérature, la science et les différentes sciences humaines.

Dans la capitale de cet ancien royaume italien, le Montferrat était un Etat souverain indépen­dant. Ce duché appartenait à la maison Gonzague, dont les bastions sont un peu partout en ville et ont jadis inspiré les aventures d’Oreste et Poli. Créée en 1476, l’académie rassemble de hautes personnalités du monde des arts, de la diplomatie et des sciences, dont plusieurs ont été lauréates du prix Nobel, à l’instar de l’écrivain et poète italien Eugenio Montale (Nobel de litté­rature) et du microbiologiste Salvador Luria (Nobel de physiologie et médecine). En rece­vant le prix offert par Maria-Teresa de Bourbon-Parme, Salmawy, ancien directeur en chef d’Al-Ahram Hebdo et ex-président de l’Union des écrivains égyptiens, a été proclamé membre de cette académie traditionnelle dont l’Italie seule a le secret.

L’académie, où s’est déroulée la cérémonie officielle de remise du prix, est conduite par une très ancienne famille italienne, souvent citée dans L’Enfer de Dante, à savoir la famille degli Uberti, qui assume les fonctions de chancelier. Elle est toujours présidée par un membre de la famille royale, actuellement la princesse Thérèse de Bourbon-Parme, surnommée parfois « la princesse rouge ». Et ce, car elle a un parcours assez atypique par rapport à une aristocrate dont l’arbre généalogique est fleuri de noms comme Henri IV, Zita, la dernière impératrice d’Au­triche, etc.

Née française, d’un père Bourbon-Parme, François Xavier, qui fut « roi carliste d’Es­pagne », cette érudite octogénaire a toujours milité pour le socialisme autogestionnaire et la monarchie, et s’est dite de sensibilité chrétienne de gauche, adoptant une philosophie singulière. Titulaire d’un doctorat en sciences hispaniques et d’un autre en sociologie, elle a toujours sou­tenu la cause palestinienne, a rencontré le prési­dent palestinien Yasser Arafat et son homologue vénézuélien Hugo Chavez, mais aussi François Mitterrand et André Malraux.

Durant la cérémonie de la remise du prix, Son Altesse royale n’a pas manqué de citer les rai­sons pour lesquelles Salmawy a été choisi pour cette décoration: « Cet intellectuel, dont les oeuvres sont connues dans le monde entier, nous vient d’Egypte. L’Egypte dont la culture ancienne a inspiré toutes les autres, mais aussi sa culture arabe islamique et chrétienne copte ont forgé l’âme humaine. Il essaye dans ses oeuvres d’exprimer ces cultures, d’être fidèle au passé et de conquérir de nouveaux espaces pour la culture et pour la paix ». Ainsi, elle l’a pro­clamé lauréat de la deuxième édition du prix international Marie-Thérèse de Bourbon-Parme, pour l’ensemble de son oeuvre, et membre de l’Académie de Casale et du Monferrato (le Studium). Tous les ans, au mois d’avril, l’acadé­mie tient une rencontre internationale, réunis­sant ses membres, des intellectuels de tout bord et d’autres figures de proue d’Italie.

Salmawy est d’ailleurs le seul Egyptien à recevoir un tel honneur. Car l’académie ne regroupe pratiquement pas d’Arabes, excepté un juriste suisse d’origine palestinienne, Sami Al-Deeb, élu académicien du Studium en 2009, qui a toujours lutté pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et a été responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé de 1980 à 2009.

Un échange mutuel

Le lendemain de la remise du prix, Mohamed Salmawy a été accueilli par le maire de Parme, Federico Pizzarotti, qui a été membre du mou­vement des Cinq Etoiles, apparu en réponse à la crise des partis traditionnels, puis a fondé avec d’autres le parti Italy In Common, en 2018. Le maire de 45 ans lui a offert l’ouvrage qu’il a signé sur Giuseppe Verdi, lui-même originaire de la région, For Love of Verdi, Life, Images, Portraits. Et le soir, l’écrivain égyptien a fait une intervention au musée Glauco Lombardi, au sujet de l’Expédition française en Egypte, sous le titre : Napoléon et L’Egypte, une conquête réciproque. Le musée, qui abrite une belle col­lection d’objets et de tableaux du XIXe siècle, se prêtait bien à la thématique abordée par Salmawy, qui s’est référé à divers aspects de la culture pour évoquer l’influence mutuelle subie par les deux pays, la France et l’Egypte, expli­quant, à titre d’exemple, que « l’invasion, qui n’a duré que trois ans, a eu des effets qui ont marqué jusqu’à présent la culture française, comme les écrits de Baudelaire, le style empire qui a recouvert la période du règne de Napoléon Bonaparte qui s’est répandu dans toute l’Eu­rope, avec des ornements comme le sphinx, la victoire ailée, les palmes, etc. ».

En se promenant entre palais médiévaux et peintures anciennes, avec en arrière-plan les collines qui ont témoigné des drames de la guerre et des mythes littéraires, l’écrivain a été bien servi. Son séjour a ressemblé à un beau songe printanier du mois d’avril .

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