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Eloge à la révolution

Rasha Hanafy, Mardi, 28 octobre 2014

Les auteurs de la revue Amkenah viennent de célébrer, au Caire et à Alexandrie, la publication du nouveau numéro de la revue après une longue absence.

Eloge à la révolution

Le dernier numéro date de septembre 2010, il traitait de l’histoire, celle des universités égyptiennes. Mais la revue Amkenah, dédiée à la culture du lieu, est loin de faire partie de l’histoire. La voilà resurgie avec sa onzième édition consacrée au thème de la révolution, toujours à travers les hauts lieux de celle-ci.

Deux célébrations ont été organisées au Caire et à Alexandrie, pour célébrer le retour de la revue alexandrine Amkenah (places).

Eloge à la révolution2

L’éditeur, le romancier et poète Alaa Khaled, explique cette disparition: « Depuis le déclenchement de la révolution de janvier/février 2011, et avec toutes les aspirations et tout l’enthousiasme qu’elle a suscités, il était difficile de s’entendre sur le thème à traiter, tellement les événements s’accéléraient. Les idées, les analyses, les prises de positions devenaient aussitôt périmées». Et d’ajouter: « On ne pouvait même pas se mettre d’accord sur l’appellation de ce dont on témoignait: s’agit-il d’une révolution? D’une révolte? D’un soulèvement ? On savait seulement qu’il y a eu une explosion, tellement immense que rien n’échappera à ses conséquences, ni les personnes, ni la société, ni les lieux. Et je suis sûr que l’espoir que nous avons tous senti, était vrai ».

Des photos qui en disent long

Sur les pages de Amkenah, les lieux sont le personnage principal : un espace humain possédant une culture et une histoire. Les articles traitent de la relation de l’espace avec les gens et son influence sur eux.

Ainsi, au fil de plus de 500 pages, ce nouveau numéro traite des « voies de la révolution » du 25 janvier 2011, avec une documentation photographique de ses rues et places emblématiques, au Caire comme dans nombreuses provinces.

Alaa Khaled a préféré commencer par des témoignages qu’il a collectés lui-même auprès d’Egyptiens qui sont venus des quatre coins de l’Egypte pour se joindre aux révolutionnaires sur la place Tahrir. Les articles portent notamment sur l’impact de cet événement sur la société et la vie des gens. Les auteurs sont allés à la rencontre des gens chez eux, en dehors du Caire, pour voir ce qu’ils ont pu « ramener chez eux ».

Sous le titre « Pour ne pas oublier », on peut lire les témoignages de jeunes hommes et de jeunes femmes, des fonctionnaires, des médecins, des paysans, des ouvriers, des artistes qui racontent ce que la révolution était pour eux. Pour tous et pour toutes, il s’agit notamment d’un moment exceptionnel où le peuple a pu dire « Non » à l’injustice et à la corruption. « La révolution est un nouveau né qui s’appelle Liberté. Dieu nous a rassemblés dans une seule place pour que nous témoignions tous de cette naissance », dit Sobhi Al-Mahdi, un citoyen de Béheira, dans le Delta.

Ailleurs qu’à Tahrir, les souvenirs et les témoignages mènent le lecteur à la Place Al-Arbeine à Suez. C’est dans cette province que le premier « martyr de la révolution » est tombé. Moustapha Ragab. Là aussi, le texte est accompagné d’une riche documentation en photos qui relatent à leur manière les événements dans cette province.

Loin de l’histoire officielle, c’est l’histoire des gens ordinaires que raconte Amkenah. Ainsi, en suivant le changement qui a été amorcé à l’intérieur des familles et des tribus les plus conservatrices en Haute-Egypte, le lecteur apprend, contrairement à ce que beaucoup pensent, à quel point des gouvernorats comme la Nouvelle-Vallée, Qéna et Sohag n’ont pas été loin de la révolution.

« La chose la plus importante qu’on a apprise de la révolution est le courage. En janvier 2011, les gens sont sortis manifester contre le Grand, et cela veut dire qu’un tabou a été brisé, qu’il s’agit de notre relation avec le grand du pays ou de la tribu, quelque chose est brisée », a déclaré un étudiant de l’Université de la Nouvelle-Vallée.

La seconde partie de la revue est consacrée à des articles d’analyse de chercheurs et d’écrivains qui s’expriment de manière rétrospective sur la révolution. Des articles plutôt littéraires comme celui de Mégahed Al-Khatib, artistiques comme celui de l’architecte Galila Al-Qadi, ou encore scientifique comme celui de la psychologue Basma Abdel-Aziz, entre tant d’autres qui lient tout aussi bien l’endroit et l’espace à la société.

Amkenah, publiée en 1 000 copies, gagne plus de lecteurs à chaque nouveau numéro. Ce mois, ils seront nombreux les lecteurs qui souhaiteraient ne jamais oublier un moment de « rêve, de liberté et de dignité ».

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