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La marque de l’opportunisme

Rasha Hanafy, Mardi, 29 avril 2014

La deuxième édition du livre de Mohamad Téema, intitulé Les Trahisons des Frères musulmans ... L'école de la versatilité, a été récemment publiée. L’auteur y examine les alliances de la confrérie avec ses changements d’opinion et de position.

« Nous parlons dans cet ouvrage d’une organisation supposée être solide du point de vue idéologique. Nous parlons des Frères. Dans leurs discours et leurs positions sur tous les plans, il y a une versatilité qui atteint une limite choquante d’opportunisme ». L’écrivain et journaliste Mohamad Téema a préféré rassembler dans un ouvrage plusieurs de ses articles sur la confrérie en les actualisant. Il les avait écrits à différentes occasions. Il s’agit de l’ouvrage intitulé Les Trahisons des Frères musulmans ... L’école de la versatilité. La maison Merit en a récemment publié la deuxième édition.

Téema vise un genre de docu­mentation du changement d’opi­nion de la confrérie et de ses posi­tions, dans toute son histoire, de son alliance avec le pouvoir, quelles que soient les idéologies, et de ses relations avec l’Occident depuis les années 1920. La lecture de cet ouvrage permet une comparaison entre les positions des Frères en Egypte, mais aussi les Frères de pays arabes comme le Hamas à Gaza, les islamistes du Maghreb, ceux au Soudan, en Somalie, en Iraq et en Syrie.

L’écrivain présente la contradic­tion de leurs discours et actions : la façon de porter le foulard islamique d’un pays à l’autre, bien qu’il soit un symbole. La civilité de l’Etat contre l’Etat religieux : ils accep­tent un Etat civil au Maghreb et le rejette en Egypte. Ils défendent l’« Emirat de Gaza », comme le qualifie l’auteur, malgré leur silence, et alors que le défunt leader Arafat était assiégé. Une contra­diction des posi­tions qui atteignent le niveau de la tra­hison, selon l’au­teur. « Ils parlent de leur hostilité au pro­jet sioniste américain en Iraq, en Afghanistan, en Somalie, en Palestine et au Liban, mais les Frères sont entrés en Iraq sur les chars amé­ricains, en Syrie, ils se sont engagés à négocier directement avec Israël s’ils arrivent au pouvoir. La confrérie a soutenu les deux régimes royaux du Maroc et de Jordanie mal­gré leurs relations avec Tel-Aviv et Washington … les Frères du Hamas combattent Tel-Aviv, mais ceux de l’Egypte entrent en négocia­tion avec ce pays ... leur ver­satilité se transforme en diffé­rends lorsqu’ils commencent à prendre leur part de pouvoir comme au Soudan … C’est donc de la politique et non de la reli­gion », explique Téema dans son introduction.

Versatilité depuis toujours

Téema parcourt l’histoire des Frères musulmans depuis leur fon­dateur, Hassan Al-Banna. Il suit les relations étroites avec la Grande-Bretagne qui occupait l’Egypte à l’époque, et l’alliance de son fonda­teur avec le gouvernement d’Ismaïl Sedqi, nommé « le flagellateur du peuple », et que les Frères ont considéré comme « un prophète ». Ils le soutenaient contre le mouve­ment national des ouvriers et des étudiants. Ils ont accepté d’être exploités par le pouvoir pour com­battre le parti politique de l’opposi­tion à l’époque, Al-Wafd, et tout mouvement qui s’oppose au gou­vernement. Ils étaient également utilisés par Sadate pour combattre les communistes. Selon Téema, ils ont joué le même rôle à l’époque de l’ancien régime dirigé par Moubarak. « En avril 2004, les Frères ont utilisé le mouvement Kéfaya pour gêner le régime … Le juriste Ahmed Kamal Aboul-Magd a déclaré à l’époque sa médiation entre les Frères et le régime … Quelques années plus tard, Mahdi Akef, guide suprême des Frères, a dévoilé avec spontanéité qu’ils avaient vendu le mouvement politique contre des dizaines de sièges au Parlement de 2005 », assure Téema dans son ouvrage. Selon lui, les Frères ne cessent de mentir et de changer d’opinions comme de chemises. Comme ils ont trahi leurs collègues au sein du mou­vement Kéfaya, ils ont trahi les révolutionnaires dans la place Tahrir et ils ont négocié avec le général Omar Soliman lors de la révolution du 25 janvier 2011.

L’écrivain consacre une partie de son ouvrage à la défiguration de la religion par les Frères musulmans pour diviser le peuple : les chrétiens coptes se sentent opprimés et les groupes extrémistes sont de plus en plus nombreux, notamment après l’époque de Sadate. Bien que l’au­teur soit optimiste au terme de son ouvrage, en prenant le quartier de Choubra au Caire comme exemple de coexistence et de solidité du tissu social entre musulmans et chrétiens en Egypte.

Qu’il s’agisse de l’autre ou de la femme, « le slogan : L’islam est la solution est tellement flou qu’il dévoile des solutions et des islams ». La contradiction atteint son apogée lorsque les Frères du Maroc acceptent qu’une femme soit à la tête de l’organisation, mais que leurs homologues au Caire rejettent la reconnaissance même de ses droits à une participation à la ges­tion de l’organisation.

Mohamad Téema a consacré son ouvrage aux politiques des Frères musulmans qui consistent à mon­trer plusieurs faces, nombreuses explications et justifications d’une même cause, des enregistrements pour les proches et les négociations en secret. Mais ces politiques étaient menées en coopération avec les anciens régimes depuis l’occu­pation anglaise, les hommes du palais royal, et aujourd’hui, la pré­sidence. La dualité Frères-ancien régime demeure contre la volonté nationale, qui aspire à la liberté de la pensée nationale, la justice sociale et la dignité. L’école de ver­satilité n’est pas consacrée seule­ment aux Frères, elle l’est aussi à l’ancien régime qui utilise les mêmes méthodes pour régner et qui essaie de reprendre le pouvoir l

Les Trahisons des Frères musulmans ... L'école de la versatilité, de Mohamad Téema. Editions Merit 2014.

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