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Faire des maux une poésie vivante

Dina Kabil , Dimanche, 04 juin 2023

Ex-enseignante de français, activiste dans le domaine social, la Marocaine Fatima Atoulid est aujourd’hui à sa troisième oeuvre littéraire. Al-Ahram Hebdo est allé à sa rencontre à l’occasion de son passage au Caire, sa ville de prédilection.

Faire des maux une poésie vivante
Pour Fatima Atoulid, le voyage et l’écriture constituent deux activités libératrices.

Elle a dépassé les soixante ans de quelques petites années, cependant, Fatima Atoulid est toute jeune dans l’univers de l’écriture littéraire. Avec à son compte deux recueils de poèmes, Voyage au-delà de mon coeur et Soulagement, ainsi qu’une autobiographie, L’enfant de L’Atlas, en voie d’impression. Une fois à la retraite, après une riche carrière en tant qu’enseignante de langue française, elle se sent aujourd’hui libre et libérée de tout engagement, et se consacre à l’écriture.

Son premier livre, Voyage au-delà de mon coeur, représente pour elle une voie salutaire. Une sorte de thérapie qui l’a aidée à surmonter la détresse. « Les mots interprètent les maux », avance-t-elle. Atteinte d’une crise cardiaque vers la fin de sa carrière, opérée et guérie, elle se fait un cadeau et voyage pour explorer des endroits nouveaux et dialoguer avec les lieux visités, puis écrire et écrire encore. « Les poèmes de mon premier recueil sont tous issus du vécu. J’ai visité plusieurs villes : Athènes, Venise, Le Caire, Amsterdam, Vienne, les villes de l’Europe de l’Est et des endroits envoûtants comme la cathédrale Notre-Dame de Paris », dit Fatima Atoulid.

Dans ce recueil, elle aborde Le Caire (voir le poème ci-dessous), notamment le souk de Khan Al-Khalili, mais aussi Venise et La Haye. Parlant de Khan Al-Khalili, endroit emblématique situé dans le vieux Caire fatimide et favorisé par Naguib Mahfouz dans son oeuvre, elle écrit dans l’un de ses poèmes, ayant comme titre Khan Al-Khalili : « Le clair de lune inonde nos soirées/Le rêve à d’autres horizons va éclater/Pour libérer nos âmes enchaînées/Comme les grains d’un chapelet enfilé ».

En réponse au pourquoi, à l’urgence du voyage, elle explique : « Je me sens épanouie en allant vers l’Autre, le voyage me console avec moi-même, je découvre des coutumes et habitudes nouvelles, des paysages, des richesses humaines, des âmes soeurs ».

Fille de l’Atlas

Le goût inné de l’errance provient probablement de ses origines nomades, puisqu’elle appartient aux berbères marocains, comme le révèle son nom Atoulid. Fatima est la fille de l’Atlas, née à Imouzzer, pas loin de la ville de Fès, qui est une commune rurale dans la région de Souss-Massa. Connue pour ses cascades, ses amandes et son miel légèrement poivré, le paysage d’Imouzzer a sans doute marqué Fatima dès l’enfance pour finir par écrire des vers. « Ma ville natale, c’est la beauté de la nature, les fermes, les pommiers, les cerisiers, les pêchers, la lavande, les lilas et les tulipes », s’exprime-t-elle, après un long soupir. Elle consacre d’ailleurs un poème au lilas qu’elle considère comme messager d’amour, guidant les jeunes filles à trouver leur amour et soulageant les solitaires par son coeur gai. « Dans mon jardin/un lilas a fleuri/Peut-être un oiseau/fera son nid et chantera/Jour et nuit/Pour toutes les belles filles qui/N’ont pas de petit ami ».

S’exercer à s’inspirer du paysage paradisiaque dans son écriture l’a rendue plus sensible aux atteintes de l’humain contre la nature. C’est ce qu’elle décrit dans ses vers, notamment dans son poème intitulé Le Cèdre : « Malheureusement, l’homme ne veut te protéger/Puisqu’il ne cesse de te graver et de te sculpter/Et il te saccage d’une manière inappropriée/Pour ta disparition, il n’est plus inquiété ».

Dans son deuxième recueil qui s’intitule Soulagement, elle écrit en guise d’introduction : « Même en sommeil, les douleurs que nous portons tombent, sur notre coeur, goutte à goutte ». Et plus loin, elle précise : « Ce recueil a été la meilleure thérapie pour gérer et soigner, avec efficacité, le stress récurrent qui a empoisonné ma vie pour une certaine période ».

Aujourd’hui, elle s’applique à terminer son nouvel ouvrage, Enfant de l’Atlas, dans lequel elle remémore son enfance lointaine, tout en se référant à ses travaux de bénévolat dans nombre d’organisations comme Femmes pour le développement ou l’association Imouzzer pour la créativité artistique. Car Fatima Atoulid s’intéresse surtout aux conditions des femmes autour d’elle, la question de la parité et celle de l’égalité. De retour à Marrakech, elle restera dans l’attente de faire de nouvelles escapades.

 

 Extrait de poème

Le Caire

Avant d’avoir compté les moments passés,

C’est toi qui me hantes et me laisses insensée.

Le Nil emporte très loin mes pensées …

Au sein de ses rives, je ne cesse de danser,

Tes spectacles m’obsèdent sans supplices

Des larmes que mes yeux ne peuvent retenir,

Quand je pense de te quitter dans l’avenir.

Le voilà, encore en ta présence,

Attirée par la grandeur de ta puissance

Dans ton Eden sous le regard céleste,

Du Grand Pharaon et du Sphinx.

Chaque jour le soleil se lève dans l’est

Je ne pense à ma demeure déserte.

Je vois renaître le désir et la lumière,

J’oublie toutes les peines et les misères.

Je plonge et je nage en plein nuage.

Comme un mirage, je vole et je voyage

Sous ton charme, ma joie se déroule,

Ton sol m’étreint et je coule.

CAIRO, ouvre tes portes j’arrive !

Accours, recueille mon âme méditative

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